Ateliers d’expression citoyenne - 18/07/2006

Le blog du quartier Noailles

(Association Transverscité)

Dans le premier arrondissement marseillais, à trois pas du port, le quartier Noailles, depuis quelques années et pour la première fois, est l’objet d’un processus de réhabilitation urbaine. Quels sont les véritables enjeux et les modalités de cette rénovation ? A quelles conditions va s’opérer le Périmètre de Restauration Immobilière (PRI) tracé dans le quartier ? Alors qu’aucune enquête sociale n’a été réalisée, alors que les structures impliquées dans le quartier disent : " oui à la réhabilitation, non aux explusions " (Association CVPT et collectif Noailles Ombre et Lumière), les ateliers citoyens proposent des pages destinées à recevoir la parole et l’expression de ses habitants. Cela, afin de témoigner des diversités de profils, de conditions de vie et de logement mais aussi des positionnements très différents qui existent - ou coexistent - vis-à-vis de ce quartier. . .

Les ateliers citoyens – soutenus par le Fasild, la Région, le Conseil Général et la Politique de la Ville, menés par l’association Transverscité et hébergés à l’Antenne du centre social Julien situé à Noailles– se proposent d’accueillir et de soutenir les témoignages des habitants de Noailles. Ces témoignages sont publiés en ligne sur le blog du quartier Noailles que vous pouvez consulter en ligne et sur lequel vous pouvez envoyer vos commentaires.

Parce que la réalité de ce quartier est complexe et ne peut se satisfaire d’un diagnostic hâtif, il a paru important de laisser s’exprimer les habitants sur leur histoire, leur quotidien, leur logement, leur mode d’ancrage dans la ville, leur souci de la famille et des enfants du quartier. Il a semblé aussi que d’écouter les habitants, les laisser prendre la parole, était un moyen de les informer en retour sur leurs droits, ce à quoi visent les ateliers d’expression citoyenne que l’association Transverscité mène à Noailles.

Dans les pages du blog, vous trouverez ces textes, ces photos, ces dessins réalisés par ou avec les habitants Si ces productions sont surtout axées sur le thème du logement, elles donnent à lire une parcelle de réalité de ce quartier.

Le quotidien à Noailles

« C’est quoi Noailles pour les gens !  », apostrophe une habitante qui ne comprend pas pourquoi on se montre exclamatif quand elle dit qu’elle habite rue d’Aubagne. « Noailles, c’est un quartier normal, les gens y vivent, y travaillent, alors pourquoi toujours « Noailles », « Noailles ! Ça fait honte ! On ne peut pas dire que je suis contente à 100 % d’habiter Noailles, il y a des choses bien et des choses qui ne sont pas bien. Mais si on s’y met ensemble, on peut améliorer  ». Ce point de vue est partagé par certains qui, comme Gérard ou Renée pensent pouvoir « changer son petit monde » ou simplement « résister aux pressions » que certaines propriétaires, privés ou non, font subir aux locataires du quartier.

En effet, si l’opération de réhabilitation en cours depuis 2001 a entraîné la réfection de certains immeubles, elle a aussi conduit à des logiques spéculatives et laisse, par ailleurs, grand nombre d’habitats, et d’habitants, hors du jeu. Que penser en effet lorsque les propriétaires semblent tout tenter, parfois même une passivité qui les mène hors la loi, pour faire fuir leurs locataires, faute d’entretien ? Que penser de logements vétustes qui, même inclus dans la zone du PRI, ne sont pas intégrés à son programme. Et que dire de ceux qui - pourtant à touche-touche et relevant de problématiques similaires - ne sont pas inclus dans ce périmètre. C’est le cas par exemple de Lila qui habite un logement dégradé juste en deçà du périmètre de restauration. Comme d’autres, lasse de réclamer « avec diplomatie » des travaux à son bailleur, elle finit par attendre que le plafond ou le plancher s’écroule. Et parfois, trop souvent, effectivement, des escaliers s’effondrent, des habitants passent au travers des étages, des parties communes prennent feu, et l’on peut mirer le bac à douche de l’étage au-dessus. Cela entraîne des formes de solidarité, comme dans ces immeubles où les résidents se regroupent pour évacuer l’eau les jours de pluie.
Dans certains immeubles, des locataires dont les toilettes sont inutilisables depuis belle lurette s’arrangent avec leurs voisins. On retrouve des formes d’entraides « dans la rue », quand des familles sont en quête de logement ou d’emploi. Mais les logiques solidaires qui imprègnent le quotidien du quartier semblent laisser de côté l’accès à l’information et au droit. En effet, rares sont les locataires qui portent plainte ou sont informés des démarches à accomplir. « Moi je ne veux pas écrire au propriétaire. Je veux partir d’ici. Mon successeur n’aura qu’à faire la paperasse ». Certains, alors, décident de faire justice eux-mêmes, cessent de régler leur loyer ou même leur assurance ce qui empêchera ou compliquera par la suite les recours possibles.

« On se sent abandonné » disent nombre de locataires. « On n’a pas confiance », continuent les autres, ou les mêmes. « À quoi ça sert ? » interroge Cléo qui avait suivi le parcours « institutionnel » lorsque le sol de sa salle de bain s’était effondré il y a neuf ans Cinq ans plus tard, lorsque cela se reproduit, elle préfère se débrouiller seule. « On n’ose pas se plaindre, on est pas chez nous », disent des chefs de famille d’origine nationale étrangère.
Pourtant, les modalités juridiques de la présence sur le sol français ne déterminent pas systématiquement la capacité à se faire entendre, comme l’atteste le récit de Jean Baptiste ou au contraire la victoire exemplaire de Monsieur Anana. On peut se demander ce qui décide alors de la légitimité à habiter ce quartier, où à bien y habiter et à bien y vivre.

Car l’ordinaire du quartier Noailles ne peut, en aucun cas, se résumer à une misère résidentielle. D’une part parce que nombre de logements, habités par des propriétaires comme par des locataires, sont non seulement corrects mais parfaitement entretenus et aménagés avec soin (sinon avec art) : « on trouve à Noailles des appartements de toute splendeur  », assure un habitant alors que Michel explique que la satisfaction procurée par son logement lui a fourni une assise lui permettant d’apprécier et de s’inscrire dans la vie du quartier. D’autre part parce que la rue, l’espace public, la place marchande, les échanges commerciaux et humains habitent pleinement le quotidien de cet espace. Mais là encore, le PRI semble faire défaut en négligeant cette part importante mais là encore clivée - entre ombres et lumières - de la vie du quartier et de ses usagers.

Pour tout contact : http://quartiernoailles.over-blog.com/contact.php

Ce projet et les ateliers sont animés par Marie Sengel (association Transverscité).

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