Compte-rendu - 12/01/2007

Rencontre des habitants de la rue de la République du 18 novembre 2006

Bilan et actions à venir

Le samedi 18 novembre 2006, une cinquantaine de marseillais se sont retrouvés au CAL des Carmes à l’initiative de l’association « Un Centre ville pour Tous » pour présenter le bilan des actions menées sur la Rue de la république depuis deux ans - objet d’un numéro spécial largement diffusé -, écouter un certain nombre de témoignages d’habitants et réfléchir ensemble à des propositions d’actions pour les mois à venir.

Antoine Richard a d’abord présenté les résultats de l’enquête menée au printemps 2006 auprès d’une bonne partie des 222 locataires qui avaient signé deux ans auparavant un manifeste de résistance face aux premières intimidations émanant des « grands propriétaires » - cette enquête est disponible sur le site Internet de l’association -. L’enquête permet de montrer dans quel état d’esprit sont les locataires qui continuent encore aujourd’hui à résister :

Les habitants ressentent un sentiment d’abandon face à l’état général dégradé de beaucoup d’immeubles de la Rue de la République. Et quand des travaux sont engagés, ils subissent fréquemment des « violences de chantier » dues aux nuisances liées à ces travaux. Face au problème de non renouvellement de bail, les habitants sont plus ou moins en mesure de se défendre. Beaucoup d’entre eux ont très peu d’information sur la situation ; ils ont l’impression que la réhabilitation se fait sans eux, en tout cas pas pour eux. Enfin, si on a pu noter avec satisfaction une relative diminution des pressions, il faut rester vigilant car au cas par cas on relève encore des pratiques inacceptables à l’égard de locataires en situation de fragilité..
Il y donc plus que jamais nécessité d’alerter les pouvoirs publics pour qu’ils remédient au manque d’information, et qu’ils pèsent sur les bailleurs de manière forte pour que ceux ci soient obligés de diffuser de l’information. Il faut accentuer les informations envers les habitants et les aider à s’organiser collectivement.

Antoine Richard rappelle également qu’un document de 8 pages (« Numéro spécial rue de la République, novembre 2006 ») a été diffusé à 1000 exemplaires au cours de ces derniers jours. Ce document fait le point sur les grandes étapes de la réhabilitation de la rue de la République depuis 2002 et de la mobilisation des locataires face aux problèmes rencontrés. Y figurent également un certain nombre de témoignages et des conseils aux locataires qu’il est indispensable de faire connaître.

La réunion se poursuit avec un certain nombre de témoignages. Il est d’abord lu une lettre de Monique Roussel, une des premières habitantes qui a décidé de se battre dès 2004 pour obtenir un relogement. Monique a été relogée en mars 2006 dans la Rue de la République et s’interroge : « Si nous n’avions pas bougé, où serions-nous actuellement ….? »

Madame Ben Mohamed raconte également la situation de traumatisme qu’ont subi ses deux enfants lorsqu’un huissier et deux policiers ont pénétré dans son appartement en son absence, les considérant comme des squatters. Ayant assigné le propriétaire devant le tribunal, elle a fini par gagner.

Une habitante de la rue de la Rue de la République témoigne de la situation d’un immeuble dans lequel résident encore six locataires qui essaient de s’entraider. Les locataires ont reçu avant l’été une facture de retard d’eau de 1000 euros chacun. Ils sont parvenus à réaliser un historique des relevés d’eau qui a finalement montré que le propriétaire avait commis une grossière erreur, alors qu’il avait commencé par dire : « si vous avez cette facture, c’est que vous l’avez consommé ! ».

Une autre locataire fournit également son témoignage. Après avoir essayé de tenir le coup dans un immeuble de plus en plus dégradé, elle a finalement pris peur, et a finalement accepté de signer pour un appartement dans le 11e arrondissement, sans se rendre vraiment compte de l’éloignement par rapport au centre-ville, et avec un loyer passant de 272 euros à 500 euros. Au bout d’une semaine, elle a voulu annuler le déménagement, mais on le lui a refusé. Elle se trouve aujourd’hui dans une situation très difficile.

Remerciant les personnes ayant accepté de témoigner, Daniel Carrière et Nouredine Abouakil insistent sur la nécessité pour les locataires de prévenir le plus tôt possible l’association ou d’autres habitants quand ils se posent des questions et rencontrent des problèmes. C’est à cette condition que les conseils et les soutiens les plus appropriés peuvent leur être apportés.

Les deux personnes représentant respectivement le maire de Secteur, Madame Narducci, et le Président du Conseil Général, Monsieur Guérini, insistent pour leur part sur le fait que Monsieur Guérini et Madame Nadurcci siègent au comité de pilotage de la Rue de la République et essaient de limiter les débordements signalés par les locataires.

Nouredine Abouakil fait ensuite un bilan de l’évolution de la situation depuis deux ans. Il remarque d’abord qu’en 2004, beaucoup de gens avaient la peur au ventre. On ne parlait pas de relogement. On était devant des investisseurs qui venaient vider les immeubles pour les réhabiliter puis les vendre.
Deux ans après, le fait que les habitants se soient organisés, avec le soutien d’Un Centre Ville pour Tous, a eu un certain nombre d’effets : il y a maintenant un comité de pilotage officiel où Marseille République et Eurazéo doivent s’expliquer devant les pouvoirs publics. Par ailleurs, un certain nombre de locataires ont pu être relogés. Bon nombre de ces succès ont été obtenus grâce à des actions en justice qui se sont soldées positivement pour les locataires, et ont abouti à la condamnation de Marseille République.

Damien Brochier rappelle enfin que depuis un an, une permanence à destination des habitants de la Rue de la République est organisée le vendredi toutes les deux semaines dans les locaux de la CIMADE, 8 rue JM Cathala, de 17 à 19 heures. Cette permanence est bien sûr ouverte à tous, et permet d’apporter des conseils et un soutien aux habitants. Elle sera maintenue en 2007, comme lieu régulier d’échange et de construction collective de recherche de solutions.
 
En conclusion, Antoine Richard formule quelques pistes d’action pour l’avenir. Il propose en particulier qu’un suivi plus précis soit fait des personnes isolées, afin qu’elles puissent être accompagnées par des voisins ou des membres de l’association. Un effort doit être fait pour une organisation permettant la pris en charge collective des plus fragiles Il faut absolument continuer à être vigilants car bon nombre de locataires (au moins une centaine) sont encore sur la brèche et l’année 2007 ne sera pas de tout repos pour eux.

Daniel Carrière rappelle enfin que cette action menée sur la Rue de la République correspond tout à fait aux deux idées qui sont à l’origine de la création de l’association Un Centre Ville pour Tous : Ne pas nous en laisser compter avec le discours des politiques sur la qualité de la réhabilitation ; considérer comme inadmissible que les plus pauvres et les plus fragiles continuent à payer le prix fort pour la réhabilitation de Marseille.
L’action menée démontre que les citoyens sont disposés à livrer de véritables combats pour faire valoir leurs droits, et que cela peut amener à des résultats palpables. Il convient donc de continuer dans cette voie, en restant solidaires.
 

 

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