ANRU - 14/12/2008

Rénovation urbaine 2004-2008 - Quels moyens pour quels résultats ?

 Préambule

Les inégalités cumulées et transgénérationnelles – pour l’accès à la réussite scolaire, aux transports, à l’emploi, à la formation, à la culture, ou encore à la santé – se cristallisent sur des territoires urbains bien délimités. La ségrégation dans les quartiers défavorisés et le déterminisme social qui y règne risquent ainsi de condamner à l’échec et au chômage une part croissante de la population, majoritairement issue de l’immigration. Le seul fait de résider en ZUS, toutes choses égales par ailleurs, accroît de près de 10 % la durée moyenne du chômage 1. Plus largement, la distance physique aux emplois et les effets de la ségrégation résidentielle expliquent les écarts locaux signi/catifs de taux de chômage 2.
Les effets de territoires affectent singulièrement la réussite scolaire :
20 % des retards scolaires à l’école primaire et au collège seraient le résultat d’iné-galités de voisinage social 3. De surcroît, l’iniquité de l’offre scolaire détermine d’emblée les parcours éducatifs et professionnels des jeunes qui résident en ZUS. À titre d’exemple, Paris accueille quarante-cinq lycées généraux, contre douze lycées dont un unique lycée public strictement général en Seine-Saint-Denis. En dépit des différences de population scolarisable entre les deux départements, cet écart reste inexplicable, dans la mesure où la population de Paris rassemble moins de 20 % de moins de 19 ans, contre près de 30 % en Seine-Saint-Denis ! Une telle persistance de la polarisation des territoires traduit une calci/cation croissante de la société, qui alimente déjà des con7its sociaux majeurs, dont les violences urbaines chroniques en sont les manifestations les plus évidentes.
Certains reprochent – à contre raison – à la politique de la Ville de « déverser des milliards » d’euros dans les banlieues, sans résultat. Mais les crédits de paiement de l’ANRU ne représentent que 230 millions d’euros 4 en 2008, contre 385 millions d’euros en 2007, sur un budget global Ville et Logement de près de 7 milliards d’euros. On peut d’ailleurs regretter qu’il soit envisagé que ce budget global soit amputé de 560 millions d’euros au titre du projet de loi de finance 2009.

L’annonce d’un Programme national de requali/cation des centres anciens dégradés (PNRCAD), le financement d’un plan « Espoir Banlieues » par redéploiement budgétaire, la réforme de la dotation urbaine de solidarité (DSU) – instrument essentiel pour la péréquation des richesses entre villes riches et villes pauvres et pour finir la réduction annoncée du nombre de quartiers « bénéficiaires » de la politique de la Ville, sont autant de signaux préoccupants. Le financement d’une prolongation du PNRU après 2013, incontournable pour atteindre ses objectifs, pourrait en effet se voir compromis. C’est pourquoi il me paraît primordial que soit réaffirmée sans ambiguïté la priorité à la politique de réduction des inégalités territoriales inscrite dans la loi dite « Borloo » du 1er août 2003. Tout particulièrement, l’action en faveur des centres-villes devrait être complémentaire de la politique en faveur des quartiers et non pas s’y substituer.
L’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) est une opportunité majeure et le socle minimal pour agir sur les causes de la ségrégation des quartiers. Cet effort devrait être renforcé.
Lors de l’annonce du plan « Espoir Banlieues », le président de la République a appelé les « ministres responsables de politiques touchant la vie des habitants des quartiers » à lui présenter un « programme sur trois ans de mobilisa-tion de leurs services sur les quartiers […] vraiment en difficulté ».
Notre comité ne peut donc que réitérer ses voeux pour une mobili-sation de l’État en faveur de la rénovation urbaine et de la mise en oeuvre par l’éducation nationale, le service public de l’emploi et de la formation, les minis-tères des Transports, de la Santé ou encore de la Culture de politiques spéci-/ques pour compléter le renouvellement urbain et corriger les inégalités dans notre pays.

Yazid Sabeg

1.  Phillipe Chaufel et Éric Delattre, cités par Renaud Epstein, Les opérations de rénovation urbaine : système d’action et logiques d’acteurs, Centre d’analyse des politiques territoriales, février 2007, p. 31.
2.  Yannick L’Horty et Florent Sari, Les zones urbaines sensibles en Île-de-France : typologie des tensions territoriales, Centre d’études de l’emploi, mai 2008, p. 6.
3.  Éric Maurin, Le Ghetto français, enquête sur le séparatisme social, collection « La République des idées », Paris, éditions du Seuil, 2004, p. 55.
4.  Auxquels s’ajoutent 100 millions d’euros de ressources extrabudgétaires.
8 Rénovation urbaine 2004-2008 – Quels moyens pour quels résultats ?
Le contexte économique déprimé – qui réduit fortement les rentrées fiscales – ainsi que le contexte institutionnel et politique – et en particulier la longue période de vacance de la direction générale de l’ANRU en 2008, heureu-sement achevée – suscitent de nouvelles interrogations quant à la poursuite de l’engagement de l’État en faveur des quartiers.
 

> Rapport ANRU 2008

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