Compte-rendu - 2/03/2010

« Culture – cadre de vie – participation des habitants »

Avec
 
Philippe Foulquié, directeur de la friche de la Belle de Mai
  
Mardi 23 février 2010
à la Cité des Associations
 
 
Une rapide présentation permet de rappeler les étapes précédentes : Louis Durousseau (histoire de la construction d’immeubles collectifs à Marseille), Alain Fourest et André Jolivet (sur la participation des habitants), Chantal Bourglan (sur les batailles judiciaires des dernières années sur le centre ville concernant les droits des locataires), Daniel Carrière et Nouredine Abouakil (sur la démarche de un Centre Ville Pour Tous depuis 10 ans, et en particulier le mémorandum réalisé par l’association) et l’exposé à deux voix de Jean-Louis Laurent et Eric Castaldi (une démarche nouvelle en matière de réhabilitation est-elle possible ?).
 
Philippe Foulquié explique ses convictions et parle de son expérience récente de théâtre arabe/français avec des professionnels syriens et de la qualité d’écoute qu’il a rencontré à cette occasion. Cela lui rappelle la venu du directeur de théâtre algérien Cherif Arab Ziani qui était venu il n’y a pas si longtemps. Il en tire la leçon qu’il est possible de faire travailler des gens avec la mise en question de la langue, il faut pour cela que les artistes aient le droit de s’exprimer sans contraintes.
 
La Friche Belle de Mai est l’une des plus grosses friches de Marseille (sur 12 ha) en position stratégique entre chemin de fer et Arenc (épicentre de l’industrie traditionnelle), entre port et collines.
Au début des années 90, la SEITA, en surplomb des usines (et des 600 ha de friches), occupe encore une centaine de salariés. Pour nous, à cette époque, le « rapport au quartiers » ce n’est pas avec la Belle de Mai, mais avec les quartiers nord dans leur ensemble. Nous mettons alors en place un accès à coût réduit (30 F pour l’accès à tous les concert).
On a multiplié les initiatives pour accueillir les gens en ateliers (participatifs) et de plus en plus d’artistes travaillent avec des gens dans des ateliers de toutes sortes.
Sous la municipalité Vigouroux, Dominique Vallon (directeur de la Culture) et Christian Poitevin (adjoint à la Culture) nous soutiennent.
En 1995, JC Gaudin intègre le projet de la Friche dans son programme électoral, puis une synthèse se fait entre JC Gaudin et Jean Nouvel (président de la Friche), la ville achète la Friche (qui est alors intégrée dans le cadre d’Euroméditerranée).
Arrive le moment où avec 40 structures reçues, les déficits s’accumulent et on ne pouvait plus gérer en tant qu’association. Les constructions immobilières autour de la friche se multiplient, menaçant le patrimoine foncier que représente la Friche.
Nous avons pris la solution de la coopérative (dans le cadre d’un statut nouveau mis en place sous le gouvernement Jospin), dans un contexte où les associations sont très fragilisées (dès 2002, et plus encore à partir de 2007, du fait de la diminution des aides de l’Etat), la Ville a accepté cette tentative nouvelle de gérer autrement l’économie marchande et la Région nous soutient.
Chacun des membres de la coopérative accepte de prendre en, charge davantage que la cotisation associative (on passe de 5 à 6 €/m² à 40 €/m²) les artistes installés réorganisent leurs budgets et ce qui est totalement nouveau, la coopérative – qui a signé avec a ville un bail emphytéotique de 45 ans – gère le site et engage les travaux elle-même.
La société culturelle d’aujourd’hui est moins dépendante et plus adulte, outre les coopérateurs d’aujourd’hui, plusieurs acteurs important nous ont aidé à en arriver là : Fabrice Lextrait, Jean Nouvel, Armand Gatti et d’autres.
 
Qu’est-ce que tout cela peut « signifier » pour le centre ville ?
Le film de Gheerbrant sur la rue de la République est une grande réussite, il renforce les gens dans leur légitimité à parler de leur habitat. La Friche veut combattre le risque de la citadelle fermée sur elle-même (quand la SEITA était là c’était la fermeture, mais une friche a tendance à prolonger cela, c’est encore plus difficile d’accès), les projets peuvent explorer cela. Et si on travaille aujourd’hui sur la gentryfication c’est parce qu’il est important que la culture se mette en jeu sur ces questions, la gentryfication ne marche pas si bien : les habitants bloquent les choses et il y a des contradictions internes entre ceux qui la promeuvent.
Introduire un processus de résistance par le biais de la culture ?
Il y a surtout un processus qui est là, qui met en scène des hommes et des femmes, les gens deviennent des symboles grâce aux artistes, il y a prise en charge des gens par eux-mêmes : tu existes alors de façon différente, tu vas voir des spectacles qui après éclairent les choses. Il peut y avoir un choc épistémologique provoqué par l’art.
 
La coopérative une solution, y compris pour le logement ?
Nous avons été poussés par la nécessité, mais il faut que la coopérative gagne de l’argent pour équilibrer les coûts, et mieux encore pour être capable de réinvestir. L’expérience de Patrick Bouchain, actuel président de la Friche, (cf. usine LU de Nantes, Roubaix, Dunkerque, le Grand Palais à Paris) nous est précieuse, il a proposé de créer dans l’espace de la Fiche des logements sociaux.
 
Art, culture, politique…
Martine Derain : Les gens ont déjà, chacun d’entre eux, des pratiques culturelles, supposer qu’ils n’en ont pas, c’est vraiment méprisant… on parle beaucoup de culture, et pas souvent d’art, rien d’étonnant : la culture vise le consensus par l’art, qui lui, provoque (parfois) le conflit ; alors on met de la culture partout en espérant faire tenir les choses, mais il y a des ennemis à certains moments. Et lorsque la question se pose en termes politiques, justice, combat, comme sur la rue de la République, alors les réponses ne peuvent être que politique, et ça tout le monde peut le faire !
 
Les artistes peuvent-ils s’extraire de la ville ?
La Friche était un lieu qui n’était pas fait pour être ouvert à la vie de la ville, pour sublimer ces handicap ont a développer des arts populaires (les marionnettes, le cirque…), les artistes n’ont pas le droit de s’exprimer a priori, on a voulu que les artistes aient le droit au chapitre.
 
De nombreuses interventions suivent :
- Le projet culturel aujourd’hui ne s’interroge pas sur les habitants.
- Les artistes sont plus présents à Marseille qu’il y a 35 ans et l’extraterritorialité des lieux de culture est quelque chose de positif.
- Les artistes vivent très mal à Marseille, des lieux ont disparu.
- Il faut remettre de l’artisanat et de la création.
- Il y a eu une destruction culturelle majeure rue de la République.
- En tant qu’artiste, il y a danger à avoir du « rapport au prince », à réclamer notre dû à dialoguer avec les ministres, on n’y est pas obligé, le quartier est en lui-même un lieu de culture énorme si l’on y fait attention, le Polygone étoilé a appris à vivre avec les gens et lorsqu’on a projet les 12 h de film de « Babel », il y a eu en permanence des gens (40 à 50 personnes) pour le voir
- C’est compliqué de mettre en place des événements car il y a toujours des gens pour dire que ça fait du bruit.
- On voit un peu trop la culture comme une solution à tous les problèmes de la ville.
 
Philippe Foulquié : Il n’y a pas de recettes, on est dans l’expérimental ; il n’y a pas de fatalité à la gentryfication ; la décision politique est là nous dépendons d’elle, mais si elle ne sert pas à grand-chose ; il y a un peu un côté nouveau riche à ce qui se passe à Marseille, on refait les façades ; face au non fini de la rue de la République, la rue s’invente une poétique qui ouvre un nouvel espace.
 
Un Centre Ville Pour Tous remercie Philippe Foulquié et souligne que ce débat avait un peu pour ambition d’ouvrir un espace de réflexion et de travail qui sorte un peu de la démarche trop militante et trop rationnelle, ou qui se situe trop dans le tête à tête avec les autorités qui (mal)traitent l’espace urbain et ses habitants, ce débat a réussi à poser pas mal de questions en ce sens.
 
 
 

Et aussi

13/04/2017
Qualité de vie en PACA : Logement, emploi, revenus et cadre de vie différencient les territoires partager sur facebook partager sur twitter(DREAL Provence-Alpes-Côte d’Azur)

31/03/2017
Un Centre Ville Pour Tous a besoin de vous !(Invitation aux adhérents, sympathisants et partenaires)

10/07/2017
Quelle concertation à La Plaine ?()

3/12/2015
"Rue de la République : où en est-on ?"(Compte-rendu de réunion du RV CVPT)

Lettre d'information

Vous pouvez vous abonner gratuitement ici à la liste de diffusion de Centre Ville Pour Tous.


Association "Centre ville pour tous"
Cité des Associations
BP n° 241
93, la Canebière
13001 Marseille

Contact

Mise à jour : lundi 10 juillet 2017 | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0