Compte-rendu - 25/05/2010

Rencontre information-formation « Art, politique, action, … »

 
 
Avec
Martine Derain
Artiste, membre de CVPT
 
Mardi 30 mars 2010
à la Cité des Associations
 
 
Une rapide présentation permet de rappeler les étapes précédentes : Thierry Durousseau (histoire de la construction d’immeubles collectifs à Marseille), Alain Fourest et André Jolivet (sur la participation des habitants), Chantal Bourglan (sur les batailles judiciaires des dernières années sur le centre-ville concernant les droits des locataires), Daniel Carrière et Noureddine Abouakil (sur la démarche de Un Centre-Ville Pour Tous depuis 10 ans, et en particulier le mémorandum réalisé par l’association), l’exposé à deux voix de Jean-Louis Laurent et Eric Gastaldi (une démarche nouvelle en matière de réhabilitation est-elle possible ?), et enfin Philippe Foulquié (les artistes concernés par l’évolution de la ville). 
 
 
Martine Derain avait introduit son propos ainsi :
 
« D’un art qui se préoccupe de questions sociales ou politiques, on dit souvent qu’il est « engagé », un qualificatif qui charrie avec lui des pratiques et des formes qui se sont mises, dans un sombre passé, au service d’idéologies – ou, ce qui est égal, de contre-idéologies.
On lui oppose souvent un « art pour l’art », qui, de son côté, serait comme pur, épargné, des questions du temps…Loin de ces séparations, et sans pour autant prétendre à quelque solution, je montrerai quelques expériences qui m’ont amenée à arpenter territoires politiques et artistiques, de Belsunce à la Rue de la République. »
 
Martine Derain a présenté la construction de sa démarche depuis 2003 au travers de 2 projets :
 
1- D’un seuil à l’autre [Perspective sur une chambre avec ses habitants], Derain/Mahdjoub, 2003-2007.
 
• Une création
L’atelier d’artistes de La Compagnie, installé en 1997 sous Robert Vigouroux au 19 rue Francis de Pressensé dans le cadre de la réhabilitation du quartier, avait été fondé par trois photographes issus de l’Ecole d’Arles. Fin 2000 et au sein d’une nouvelle équipe, Martine s’engage dans la vie de cet espace dédié aux arts visuels. En 2003, elle initie avec Dalila Mahdjoub une création pour l’espace public, soutenue par la Direction de l’Architecture et du Patrimoine. Leur attention a été attirée par la construction d’une résidence sociale Sonacotra dans la même rue que la Compagnie, comme si cette construction contredisait les déclarations du Maire qui désirait faire « revenir » dans le centre-ville des gens « payant des impôts »… 
La création de cette installation s’appuie sur un travail documentaire et documenté. 1956, création de la SONACOTRA sous le double patronage des ministères de l’Intérieur et du Travail - en liaison avec les départements d’Algérie marqués par le sous-emploi - dans le but de donner aux travailleurs immigrés auxquels on avait fait appel un « chez soi » temporaire, hors des bidonvilles et près des centres de production.
C’est l’époque où arrivant à Marseille, les travailleurs immigrés doivent se faire enregistrer auprès d’un baraquement au Fort St Jean. L’ATOM (Aide aux travailleurs d’outre-mer, qui deviendra l’ADRIM) est un passage obligé, elle répertorie des entrées et les sorties des immigrés. (Quelques 50 000 fiches ont pu être établies jusqu’au début des années 80, mais elles ont été détruites depuis, Dalila avait eu accès à ce fonds lors d’une recherche précédente.)
A la suite de l’année de recherche qu’offrait cette bourse de la DAP, Martine et Dalila présente leur projet à la SONACOTRA, qui l’accepte mais sans aucun financement, démarche que Martine fera auprès des financeurs publics sur des lignes budgétaires « art contemporain ». Une convention est cependant établie avec la Sonacotra, devenue Adoma en 2007, pour que soient définis le respect et l’entretien de l’œuvre.
Le projet part de l’histoire des foyers d’immigrés, souvent gérés par des anciens militaires, aux chambres souvent exigües (de 9m2 puis de 4,5m2), sans possibilité de faire venir la famille. Rue de Pressensé, le foyer sera moderne mais sans espaces communs, il est présenté comme la « vitrine » de la Sonacotra désormais : des foyers en centre-ville, et confortables, mais des logements toujours temporaires… cette fois-ci ouverts à tous et non plus seulement aux Algériens…
L’installation établit un « pont » avec le 1er foyer construit en France, à Argenteuil en 1956, et celui de la rue Pressensé, une installation comme une petite balise temporelle… Ainsi, 2 portes de chambre de ce premier foyer sont enfouies dans le sas d’entrée du foyer. Elles émergent pourtant et sont visibles sous un plancher en verre, calées sur l’axe de la porte d’entrée d’aujourd’hui : la première forme un angle de 90°, comme grande ouverte, est symboliquement appelée « porte de 1956 », date de création de la Sonacotra : les portes sont alors réellement grandes ouvertes pour le travail. La seconde porte, toujours calée sur l’axe d’entrée, forme un angle aigu, comme se refermant, est appelée « porte de 1974 », date de l’arrêt de l’immigration et d’un retour souhaité des travailleurs dans leurs pays d’origine… Installée en 2007, cette création se veut être comme une petite question sur la maison, le chez-soi, qui sont proposés aujourd’hui à ces travailleurs qu’on dit « pauvres » ou à ceux que l’on appelle les « plus démunis ».
Au cours de ce travail, Martine a cherché des traces du passage des travailleurs en France, traces ou fonds documentaires souvent détruits par manque d’intérêt ou ignorance de leur valeur. Ainsi, après recherche, le seul registre du foyer d’Argenteuil a été retrouvé à la Sonacotra et dans le quartier, les photographies de nombreux travailleurs prises par M. Keussayan, photographe. Elle a souhaité faire connaitre ces documents : un livre édité à la Courte Echelle/transit garde la mémoire du registre d’Argenteuil, les Archives municipales, socllicitées par Martine ont acquis et préservé une partie du fonds de M. Keussayan. Le magazine GEO et la Cité de l’immigration, à Paris, se sont tour à tour intéressés aux photos.
 
• Des actions
 
Affiches sur les immeubles vides du centre-ville :
Martine et Dalila ont repéré la plupart des immeubles vides du quartier, elles ont réalisé une affiche destinée à être apposée sur les portes d’entrée closes afin de poser la question de l’abandon de ces immeubles, à l’heure où tant de problèmes de logement se posent. En liaison avec Centre-Ville pour tous, ces affiches ont été collées sur de nombreuses portes.
 
Avec les travailleurs isolés de Belsunce :
Les actions menées avec un Centre Ville pour Tous sur les refus de l’administration des Impôts de délivrer des certificats de non imposition ont été l’occasion de montrer le combat des travailleurs immigrés chassés des hôtels meublés. Martine présente des photogrammes tirés d’une vidéo réalisée le jour de la manifestation de mars 2006, où les vieux travailleurs sont « apparus » publiquement pour dénoncer l’injustice qui leur était faite. Cette vidéo est également part d’une installation visible jusqu’au 12 juin à la Galerie Vol de nuit.
 
2- Attention à la fermeture des portes ! Citoyens et habitants au cœur des transformations urbaine : l’expérience de la rue de la République à Marseille, avec Jean-Stéphane Borja et Véronique Manry.
 
• Création d’un fonds photographique et d’une publication
 
Un financement du PUCA (Ministère de l’Equipement) et de la Région a permis de faire appel à des chercheurs locaux pour suivre le programme de rénovation de la rue, dans le cadre d’une recherche-action (qui permet d’observer et d’être dans l’action en même temps), avec 2 sociologues, Véronique Manry et Stéphane Borja. Ces 2 ans de recherche ont été très riches : interventions de cinéastes, débats publics…. Martine a proposé d’intégrer dans cette recherche la réalisation d’un fonds photographique, où elle a observé en parallèle la transformation de la rue elle-même (par les appartements aujourd’hui vides de leurs habitants, une histoire riche et sensible) et la construction de nouveaux ensembles immobiliers, tout au bas de la rue, dans le périmètre Euroméditerranée, poursuivant ainsi un questionnement sur la maison et le chez-soi de tout un chacun.
Un ouvrage (titre ci-dessus) a été réalisé à partir de la recherche PUCA. Paru aux « éditions commune » en février 2010, il retrace les 5 années de la mobilisation des habitants et des militants et interroge la façon dont ils ont ensemble pu tenir tête face aux investisseurs qui souhaitaient leur éviction et aux pouvoirs publics, peu intéressés par le sort de ces habitants-là. Rappelons que le diagnostic préalable à l’Opération programmée d’Amélioration de l’Habitat note 33% d’entre eux sous le seuil de pauvreté – 553 familles habitent encore la rue au moment où moment du rachat par l’investisseur Lone Star et du début de la mobilisation : plus d’informations et dans le livre et sur notre site bien sûr !
 
Des actions
 
La posture de recherche et l’engagement de Jean-Stéphane, Véronique et Martine au sein tout à la fois de cette recherche et dans les actions de CVPT sont interrogés et décrit dans le livre…
 
Le débat qui suit permettra à Martine de préciser sa démarche…
 
 
 
 
 

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