Invitation à signer - 6/10/2010

Marseille Provence 2013 et la gentrification

Un texte proposé par le groupe de réflexion "Pensons le matin"

Marseille Provence 2013 et la gentrification dans la ville
Agir, créer et mieux vivre ensemble
 
Depuis quelques mois, des créateurs, des acteurs, des structures culturelles et des militants du « droit à la ville » ont ouvert un groupe de travail, sur le principe des universités populaires, pour réfléchir aux impacts urbains de Marseille Provence 2013 et aux conditions de sa réalisation. Ces réunions ont été initiées conjointement par des animateurs de l’association Un Centre-Ville pour Tous et par la Friche La Belle de Mai. Ils ont été rapidement rejoints par d’autres acteurs de la société civile.
Un Centre-Ville Pour Tous est une association militante qui intervient aux côtés des habitants afin qu’ils ne soient pas victimes des politiques de réhabilitation et des transformations urbaines.
Quant à la Friche La Belle de Mai, elle a toujours envisagé son développement artistique et culturel comme partie prenante et intégrante d’un projet de ville.
L’interrogation posée par le groupe est : « Y a-t-il une fatalité à ce qu’un projet culturel provoque ou accompagne les processus de gentrification ? » Cette question se pose avec acuité dans le cadre de Marseille Provence 2013 Capitale européenne de la culture, avec ses événements majeurs, les nouveaux équipements structurants qui l’accompagnent, risquant d’accélérer l’exclusion des habitants les plus exposés à la précarité économique, pour les remplacer par des populations plus aisées.
 
Gentrification, politiques publiques et culture
 
Le processus de « gentrification » qui se développe dans d’autres centres-villes est le résultat du fonctionnement libre du marché foncier, mais il peut être stimulé par les opérations d’urbanisme. Il est alors, aussi, le fruit des politiques publiques.
Ces projets de réhabilitation et de rénovation « incitatifs » peuvent être préjudiciables à l’équilibre social si la puissance publique abandonne son rôle d’opérateur et de régulateur. Alors, la revalorisation du territoire et l’arrivée de nouvelles populations – en général plus aisées - entraînent forcément le départ des couches les plus populaires. Et ces migrations forcées concernent autant les artistes et les créateurs que les autres couches de la population.
A l’inverse, si la puissance publique exerce ses responsabilités, elle peut contribuer à une re-dynamisation urbaine et, sans exclure, donner aux uns comme aux autres toute leur place dans la vie sociale, économique et urbaine. Aujourd’hui l’accueil de grands événements culturels et la course à la « ville créative » semblent devenir des piliers centraux des politiques urbaines locales : il nous parait nécessaire que le projet Marseille Provence 2013 s’interroge sur les implications sociales et urbaines de sa mise en œuvre.
 
Le cas marseillais
 
Marseille est l’une des dernières métropoles européennes populaires en Europe. La ville se trouve confrontée à des situations aiguës de ségrégation sociale, et il est à craindre que les transformations urbaines en cours accentuent les clivages entre territoires. Depuis longtemps, la politique municipale ne cache pas sa volonté de « reconquérir le centre-ville », mais si cette politique a d’ores et déjà entrainé de nombreuses exclusions, les processus de « gentrification » ont plutôt globalement échoué. 
Cependant, la pression foncière est continue, ce qui fragilise toujours davantage les populations les plus démunies. L’« exclusion par le marché » crée des déplacements de populations vers des quartiers qui deviennent ainsi des poches de pauvreté. Si à ce jour, cette « gentrification », rêvée par certains, n’a abouti que partiellement, c’est bien sûr lié à la capacité de résistance inhérente au tissu social marseillais, mais aussi à la pauvreté et de la situation de crise économique endémique de cette ville. Toutefois, nombre de ses effets se manifestent déjà.
 
Marseille Provence 2013 et les enjeux urbains
 
Concernant la politique d’aménagement urbain de Marseille et le nécessaire renforcement des solidarités territoriales, il ne relève certes pas de la compétence de MP 2013 de se substituer à la Mairie ou à la Communauté Urbaine. Pour autant, l’un des objectifs affichés par la Capitale européenne de la culture consiste, à l’instar de celui de la Chambre de Commerce, à faire entrer ce territoire dans le « Top 20 » du classement des métropoles européennes. 
Dans sa nature même, ce projet s’inscrit dans une stratégie politique concertée pour rendre ce territoire plus « attractif » pour les investisseurs (dont l’expérience de la rue de la République a montré les limites), stratégie dont témoigne le « marketing urbain » de l’Opération d’Intérêt National Euroméditerranée, caractérisée par la valorisation de l’immobilier, le gigantisme projeté d’un immobilier luxe de tours de grande hauteur profilant un front de mer idéalisé. 
S’il est illusoire de penser qu’un grand événement culturel pourrait, à lui seul, palier les déficits de ces politiques économiques, il serait dangereux de le laisser de remodeler la ville.
Dès lors, la question centrale est : les initiateurs du projet de Capitale culturelle ne doivent-ils pas s’interroger sur ces questions et comment peuvent-il s’en emparer et initier et soutenir des productions susceptibles d’endiguer les phénomènes de ségrégation spatiale, sociale et économique ?
 
Quelle méthode, quelles priorités ?
 
Les objectifs des capitales européennes de la culture peuvent paraître contradictoires. Le projet doit offrir à la ville une vitrine de dimension internationale tout en s’appuyant sur le potentiel artistique du territoire et une très forte participation des acteurs culturels et de la population locale. La programmation hautement événementielle qui s’annonce a aussi vocation à renforcer la structuration à long terme du champ culturel.
Cette restructuration ne doit pas prendre la forme d’un reformatage du tissu culturel, au nom de la rentabilité économique, plus ou moins imposé d’en haut, rabotant la diversité et la créativité foisonnante de la ville.
Il faut construire un projet de territoire partagé et avec des obligations de résultats, en respectant les acteurs culturels et toutes les composantes de la création culturelle, en intégrant l’ensemble des relations et échanges artistiques en jeu à l’intérieur de la société.
 
La responsabilité des opérateurs locaux et la co-construction du projet
 
Il revient à MP 2013, conformément à sa volonté fréquemment réitérée, de construire des projets artistiques avec ces forces vives, dans une véritable logique de territoire, en lien avec la réalité quotidienne des populations. L’enjeu démocratique qui conditionne la réussite de MP 2013 ne peut opérer, selon nous, qu’à travers un processus visant à agir et créer ensemble, à dépasser les freins sociaux, communautaires, culturels et institutionnels qui marquent le territoire. Cela implique de passer d’une logique d’ « expertise éclairée » à une co-construction ou chaque acteur puisse tenir sa place non pas en concurrence, mais en complémentarité et cohérence.
 
L’enjeu métropolitain et la polycentralité
 
Un des enjeux de la capitale européenne de la culture consiste à renforcer la métropolisation de l’aire urbaine marseillaise. A ce jour, la capitale régionale est relativement isolée au sein d’un vaste territoire régional et sans jouer son rôle de ville centre, elle doit néanmoins assumer les charges de la centralité.
Le périmètre de la capitale européenne de la culture correspond à une assiette territoriale pertinente car toutes les problématiques - économie, déplacements, habitat, aménagement du territoire - doivent s’envisager à cette échelle.
Reste à définir les conditions et les formes de cette « centralité ». L’idée même de capitale sous-entend souvent une posture hégémonique, surtout en France. Pourtant une approche plus dynamique du rapport à la centralité territoriale est possible, construite sur la réalité d’une métropole polycentrique, et proposant des agencements territoriaux, non pas concurrents, mais complémentaires et solidaires.
Assumer pleinement la « polycentralité » de cette ambition territoriale tout en affirmant sa volonté de rendre visibles les forces de création et en soutenant les résistances à l’exclusion et la gentrification devrait être l’un des principes d’action de MP 2013.
 
Un levier pour une politique culturelle populaire ambitieuse
 
MP 2013 devrait générer une véritable prise de conscience quant à la nécessité d’une politique culturelle ouverte à toutes les créations, qui avec les artistes et les opérateurs culturels associe l’ensemble de la population, renforce le lien social et réponde à l’aspiration du plus grand nombre à participer au projet collectif.
Et ces acteurs doivent être confortés dans la durée, bien au-delà de l’échéance de 2013.
 
Un projet culturel au service d’un projet urbain et social
 
MP 2013 n’aura de sens que si le projet culturel se met - pour ce qui concerne Marseille, mais aussi ailleurs - au service d’un projet d’ensemble, en termes d’aménagement urbain, mais surtout dans sa dimension sociale. Toutes les composantes sociales doivent être associées à l’événement culturel de 2013, mais le plus important sera que les habitants de nos quartiers n’en fassent pas les frais.
 
Il est urgent de concevoir en même temps qu’un projet culturel, un projet d’intégration sociale urbaine.
Signature à renvoyer à http://www.pensonslematin.org/
 
L’intégralité du texte sera à consulter bientôt sur le blog du groupe de travail, avec l’intégralité des comptes-rendus de Fred Kahn…

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