Compte-rendu - 14/12/2010

« La maîtrise d’ouvrage publique d’un projet partagé par les citoyens est-elle possible ? »

  
 
3ème Atelier Formation de l’année 2010-2011
Mardi 9 novembre 2010 (Cité des Associations) sur :


Avec :
  Jean Canton, urbaniste indépendant et Patrick Lacoste, économiste
Membres de un Centre Ville Pour Tous
 
 
Rappel cadrage CVPT : Nos villes s’engagent dans de vastes projets, rares sont celles où les citoyens sont partie prenante de l’avenir qu’on leur prépare.
Marseille n’est pas en reste, en témoignent : les nouveaux quartiers d’Euro méditerranée (de la Joliette à la Porte d’Aix), le Conseil Mondial de l’Eau (2012), les aménagements du Vieux-Port, les équipements liés à Marseille-Provence Capitale européenne de la culture (2013) ou encore l’extension du Grand Stade pour l’Euro 2016.
Ces projets mobilisent des crédits considérables en vue de rendre la ville « attractive », mais ils ne répondent pas toujours aux urgences sociales et urbaines, leurs priorités sont rarement celles des citoyens, ils ne font pas l’objet de véritables concertations.
Dans un contexte général de contrainte budgétaire et d’appauvrissement des collectivités publiques, les investisseurs privés en deviennent les partenaires principaux (comme aujourd’hui sur la rue de la République et sur Euroméditerranée) et ces collectivités perdent rapidement la maîtrise de ces programmes. Et les habitants sont peu à peu expulsés de ces quartiers au nom d’intérêts supérieurs définis en dehors d’eux.
Les citoyens ont-ils le droit à la parole ? Dans quelles conditions peuvent-ils prendre ce droit ? Dans quelles conditions pourraient-ils devenir co-constructeurs des projets d’urbanisme et de l’aménagement de leur ville ?
 
 
Jean Canton : Les urgences urbaines sont sociales, économiques, environnementales (énergie en particulier), nous avons la responsabilité de les mettre en œuvre sur les territoires. Les collectivités sont de plus en plus pauvres (fiscalité, transferts de compétences) alors on ouvre le chemin au privé. Faire intervenir le privé pourquoi pas ? à condition d’un urbanisme négocié.
Sur Euroméditerranée, on fait des opérations longues, mettre en concurrence 3 ou 4 équipes entraine des coûts très élevés, on pourrait faire plus court en gardant le pouvoir pour co-construire le meilleur projet, mais il faut des fonctionnaires vigilants, ne pas signer quoi que ce soit tant que tout n’est pas défini.
Si la maîtrise d’ouvrage publique est déliquescente, c’est dangereux. Sous prétexte de manque de personnel, etc. les collectivités locales ne savent pas payer les talents, en ingénieurs, ressources humaines, etc.
Il faut dire que la fonction publique territoriale manque cruellement de matière grise et refuse l’accès aux jeunes talents, l’accès par concours étant interdit aux titulaires d’un diplôme universitaire d’urbaniste.
Paul Chemetov dit : on ne commence pas par détruire des logements quand il y a de tels besoins. A Marseille pas mal de grands immeubles HLM étaient bien conçus. Or on veut faire table-rase pour « faire du droit commun du logement », l’ANRU c’est plus d’1 milliards € de dépenses sur Marseille, on voit la tristesse des habitants face à la démolition.
L’emploi est une urgence, le développement durable est dit-on une prise de conscience collective, tous les maires veulent faire de l’éco quelque chose, mais l’approche environnementale de l’urbanisme est très réduite, si l’on observe que le label ADEME est attribué après 3 jours de stage !
Euromediterranée ce sont des projets d’abord médiatiques, alors que ce qui compte ce sont les éléments de fond (cf. Alain Bourdin dans « L’urbanisme d’après crise ») avec un urbanisme régulé.
Une douzaine de grands projets urbains en France sont tenus par de grands architectes, mais ils veulent tous fabriquer de l’urbanisme de la même façon, pas beaucoup d’invention de concepts, il y a des architectes urbanistes, des paysagistes, mais où sont les sociologues, les géographes, les historiens, les experts en concertation ? A Nantes des contrats de 9 ans ont ainsi pu réussir.
Le SCOT qui privilégie l’attractivité est surtout sur un idéal de notoriété au lieu de travailler sur la capacité d’accueil du territoire et les gens qui le peuplent.
Michel Péraldi comparait les difficultés de gouvernance de Marseille avec celle de ses sœurs (Naples et Alger).
Pas loin d’ici Georges Frèche voulait concurrencer Marseille avec le port de Sète.
 
Patrick Lacoste :  Comment cette ville peut-elle ne pas s’effondrer en niant comme elle le fait la réalité sociale ? Ici on promène la population par le refus du dialogue. L’appareil financier rend incompatible la participation.
L’Etablissement public foncier régional (EPFR), grand outil de maîtrise d’ouvrage public, n’est pas utilisé par la collectivité. Euromed était un tournant positif.
La défiscalisation en centre ville a été surtout pour les « riches » (avec un transfert qui s’est opéré en faveur des rentiers et non pas des propriétaires), incompatible avec la démocratie comme avec la planification urbaine.
Une régulation Euroméditerranée – EPFR aurait permis à la puissance publique de diriger les choses.
La bulle immobilière de 2002-2007 : le privé a dit j’ai les moyens de faire, ça ne vous coûtera rien, cela a donné lieu à un accord Lone-Star-Ville pour expulser les gens, aucune transparence n’a été possible parce qu’il y a « des choses que l’on ne peut pas dire », le coup de génie de l’investisseur (Lone Star) a été de vendre beaucoup plus cher (à Lehman Brothers) après avoir profité d’une rentabilisation annuelle au taux de + 18 %, et maintenant c’est l’effondrement.
Les 4 tours qui étaient imaginées sur « les Quais d’Arenc » avant la crise n’étaient même pas sur les plans d’Euroméditerranée, de telles tours on les fait là où c’est très dense, mais ici alors qu’il y avait 1 000 à 2 000 ha disponibles, c’était nécessairement très ségrégatif, avec sécurité très forte et loyers hors de prix, c’était un ghetto de riche qui s’annonçait, la tour c’est l’anti-ville (cf. Thierry Paquot « La Folie des Tours »), anti-fonctionnel et anti-développement durable (voitures pour accéder et parkings souterrains énormes), on faisait semblant de dire que c’est du développement durable .
En même temps qu’on portait tous les regards sur ces « Quais d’Arenc », on abandonnait le centre et tout projet urbain.
 
En réponse aux questions :
Patrick Lacoste : Marseille-Provence 2013 c’est largement une opération tape à l’œil à partir du moment où la puissance publique ne met que 100 M€, tout le reste sera entre les mains du privé. Et en ce qui concerne le grand Stade avec ses 300 M€ ce n’était pas dans les programmes électoraux, est-ce une priorité ?
La concertation c’est long certes mais il faut prendre ce temps, pour le stade de l’Estaque elle a pris 2 ans et on y est parvenu.
Jean Canton : Le stade c’est à temps plein 10 à 15 emplois municipaux pour utiliser ce stade 10 fois/an, n’est-ce pas du sport de luxe ? On va y faire - comme ailleurs - des morceaux de quartier pas finis, avec des parkings à ciel ouvert. Le système du PPP (partenariat public privé) utilisé pour faire ce stade, c’est une opération de crédit-bail en fait.
Les projets urbains partenariaux, c’est-à-dire avec une concertation citoyenne, sont de plus en plus difficiles.
La ville a 30 ans de retard sur les flux de circulation. L’usage par les riverains de la L2 sera nul. Pour le BUS (Bd Urbain Sud), des immeubles sont installés tout près. 
Michel Guillon : Ici on ne sait pas faire de la concertation avec les habitants, on ne sait plus faire, on la craint. Or en 50 ans on était passé d’une absence de culture partagée à une culture partagée, une diffusion des savoirs, on a acquis une disponibilité de la compétence citoyenne mais on la méprise.
 
 

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