La Marseillaise - 6/01/2011

29, rue d’Aubagne : un taudis, une manne

La chute mortelle d’un locataire accable le couple propriétaire d’un immeuble insalubre et indigne.
 
Attendu hier devant le tribunal correctionnel de Marseille, le procès d’un présumé marchand de sommeil accusé d’exploitation d’un habitat indigne et de la mort subséquente d’un locataire, tombé des escaliers branlants, a été renvoyé au 6 juillet 2011.
 
Manuel Saez, 55 ans, pourra, d’ici l’été, étoffer ses arguments face à la cohorte de délits dont il est accusé dans la gestion effarante de son immeuble, sis 29, rue d’Aubagne. 5 étages, 19 logements de misère, pas de boîte aux lettres, un taudis, une manne.
 
A la tête de fait de la « SCI Kaufman et Co » contrôlée en droit par Colette son épouse et pompeusement dévolue à l’« administration d’immeubles résidentiels », l’homme répond d’homicide involontaire, habitat insalubre, soumission de personnes vulnérables et dépendantes à des conditions d’hébergement indigne, mise en danger d’autrui, refus délibéré d’exécuter des travaux prescrits par un arrêté de péril, refus de mauvaise foi de reloger. N’en jetons plus.
 
Un immeuble frappé de « péril irrémédiable »
 
Le 13 février 2007, un locataire, Ramadame Fekari, travailleur handicapé de 56 ans, était retrouvé, 5 étages plus bas, au pied de la cage d’escaliers, le crâne fracassé. Les marches cassées, inégales et glissantes d’un escalier sans éclairage - « par souci d’économies », précisera M. Saez au juge – à la rampe mal fixée, au garde corps bien trop bas et branlant, avaient eu raison de lui. Se déplaçant lentement, avec des lunettes à verres épais, le père a basculé. Sa veuve Bazira, présente à l’audience avec ses 5 enfants, se rappelle encore l’instance du bailleur l’houspillant avant l’enterrement pour empocher le loyer. « Des gens tellement humbles qu’ils ont presque honte de se retrouver devant des juges, même comme victimes », commente leur avocate Jeannine Verbois.
 
Le drame était survenu alors qu’un arrêté municipal avait constaté, après bien des plaintes, l’insalubrité générale de l’édifice. Le propriétaire ignorait les mises en demeure le sommant de remédier aux infiltrations, aux moisissures, à la plomberie défaillante, aux inondations répétées, à l’absence de séparation entre les toilettes et la pièce principale, au système électrique vétuste.
 
Pour les toilettes, c’est au bistrot voisin
 
En dépit même des enquêtes en cours et d’un nouvel arrêté de « péril irrémédiable » (sic), les époux Saez s’obstinaient à percevoir des loyers culminant à 511 euros par mois. 19 logements très dégradés, avec douche parfois mais sans lavabo, des toilettes communes sur le pallier réservé à un seul locataire. Des loyers que la justice suspecte d’avoir été ajustés aux allocations versées par la CAF. L’information judiciaire a même établi qu’une pièce de 10m2 louée 250 euros par mois en 1998 avait été par la suite divisée en 2 chambrettes louées séparément. Privés de toilettes, ses occupants devaient se rendre au bistrot voisin ou chez des amis pour soulager leurs besoins.
 
On vivait assurément mieux chez les Saez à l’ombre des oliviers d’une luxueuse villa des hameaux de Gémenos. Les locations procuraient au couple autour de 5 000 euros de revenus par mois. Entendus en garde-à-vue, ils rejetaient la plupart des accusations, dénonçant de fausses constatations quand ce n’est pas de faux témoignages. Ainsi, aux yeux du mari qui avait la gestion quotidienne et n’hésitait pas à faire irruption dans les appartements, la victime des escaliers était un « toxicomane qui marchait comme un zombie » ! Et s’il avait persisté à laisser des occupants faisant fi de l’arrêté d’interdiction d’habiter et de l’obligation de relogement, c’était bien sûr pour rendre service à des sans domicile fixe. Soyez charitable...
 
Précarité, vulnérabilité, dépendance totale
 
Pour le juge d’instruction, Luc Fontaine, Manuel Saez a sans équivoque loué « des logements fortement dégradés, sans pièces d’eau, insalubres, d’une superficie insuffisante et dangereuse », cela à « des personnes en situation de précarité, de vulnérabilité et de dépendance intellectuelle, économique et sociale ».
 
Hier, voulant affûter leur défense, nos bienfaiteurs de l’humanité présumés ont obtenu le report du procès. Rendez-vous donc le 6 juillet prochain.
 
David COQUILLE
 
 
 06-01-2011
 
 

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