Billet d’humeur ! … et de (pré) campagne. - 21/02/2011

Marseille, son centre, les pauvres et les autres.

Par Michel Guillon

Commençons par une leçon d’anglais.
 
Curieux phénomène à Londres[1] : les maires s’y succèdent, de travailliste (Ken Livingston) à conservateur (Boris Johnson), et s’obstinent à dénoncer rien moins qu’une « épuration sociale  ».
Le premier nommé s’emporte : « Ça va être une tragédie humaine d’une ampleur extraordinaire ». Diable !
Son successeur évoque le Kosovo (!) en croisant le fer avec le gouvernement - du même bord que lui - parce que celui-ci a décidé de réduire le budget du logement social. Et il explique :
« Quel est le génie de notre grande ville ? Pourquoi est-ce si fantastique de vivre à Londres ? Parce que c’est une ville d’une grande diversité, où des gens de différents milieux sociaux vivent côte à côte./…/ Je résisterai avec force à toute tentative de recréer une ville où riches et pauvres ne peuvent pas vivre ensemble. »
Et il ajoute, le “perfide“ : « La dernière chose que nous voulons, c’est une situation comme à Paris, où les plus démunis sont relégués dans les “banlieues”  »
Aux prochaines élections en 2012, où ils vont l’un et l’autre s’affronter, ce thème sera au centre du débat.
 
De Londres à Marseille…
 
Au vu de ce que sont les prix du m2 à Londres, je doute qu’il y ait encore beaucoup de pauvres qui y habitent en centre ville.
Et à Marseille ? Nous sommes quelques-uns, et peut-être nombreux, à soutenir que ce qui fait l’une des originalités de la ville et qu’il est si intéressant d’y vivre, c’est que non seulement la ville dans son ensemble mais singulièrement son centre ville est « d’une grande diversité, et que des gens de différents milieux sociaux y vivent côte à côte. ».
 
Mais peut-on imaginer qu’ici les responsables politiques, tous bords confondus, pourraient concourir dans un challenge du meilleur défenseur de la possibilité pour les pauvres de continuer à habiter en centre ville  ?
 
À première vue le compte n’y est pas. A preuve ce qu’on a pu entendre au Conseil municipal et dont on peut trouver l’écho sur le site de la ville[2], à propos des conventions signées avec l’ANRU en 2010.
 
Extraits, sous le titre « Convention atypique pour le centre ancien » :
 
"...Parmi les cinq nouvelles conventions à la signature le 28 juin 2010, il en est une très atypique. Elle ne concerne pas, en effet, un quartier d’habitat social, ce qu’on appelle encore quelquefois les cités, mais le centre ancien de la ville, le centre nord, un périmètre qui regroupe Noailles, Châpitre, Belsunce, Grands Carmes et Joliette et qui a été classé en Zone urbaine sensible (ZUS). /…/ L’intervention de l’Anru, outre certaines démolitions d’immeubles en trop mauvais état, sera de permettre l’intervention d’organismes HLM dans la gestion des logements et d’ouvrir cette ville ancienne repliée sur elle-même aux autres quartiers du centre ville et de la faire participer à la dynamique commerciale, touristique et culturelle de l’ensemble de la cité phocéenne." 
 
Il y a des idées fixes qui ont la vie dure.
 
Quand va-t’on arriver, dans les dîners en ville comme dans les bureaux de l’administration, les estrades, les conclaves ou les tink tank[3] politiques de cette ville, à quitter les discours misérabilistes sur son centre ?
 
Certes il y a dans le centre ville de Marseille (outre des chômeurs, comme ailleurs), des taudis, un peu plus qu’ailleurs. Nous connaissons les moyens de les supprimer, si on le veut.
 
Mais est-ce tout ce qu’il y a à dire sur ce centre-là ?
 
Que faut-il faire pour qu’on voit enfin aussi tous ses atouts, son dynamisme, ses richesses ?
Simplement une ballade urbaine, les yeux grand ouverts et l’esprit libre, pour « voir » :
La vitalité de Bon Pasteur-Pelletan, du Marché du Soleil à la place J. Guesde
L’animation du bd Dugommier et des allées de Meilhan.
La résistance à la crise du « sentier » de Belzunce.
Les commerces des Cours St Louis et Belzunce qui, entre autres mérites, offrent des terrasses de café qu’on chercherait en vain sur la Canebière
La dynamique commerciale, associative, démographique de Noailles depuis 15 ans.
Etc…
 
Quelle bêtise au front de taureau peut voir là des quartiers repliés sur eux-mêmes, alors qu’il y a 25 ans qu’Alain Tarrius ou Michel Pérarldi ont expliqué comment, à deux pas de la CCI et sans elle, ils commerçaient avec le monde ?
 
Serait-ce parce que les « Institutions » et les politiques publiques ne sont pas pour grand-chose dans ces richesses ; ou même parce que ce centre ville résiste à leur méchanceté : elles ont “réussi“ à chasser quelques familles fragiles et de vieux immigrés (tristes exploits !) mais les pauvres sont toujours là et de nouveaux immigrés ; et des classes moyennes qui aiment ce centre continuent d’y venir.
Sans compter une autre « bizarrerie » marseillaise : le tramvay était aussi programmé dans l’espoir de faire monter les valeurs foncières, comme cela se produit partout ailleurs ; et là, notamment entre Longchamp et Sadi Carnot, il semblerait qu’elles n’aient guère bougées. Marseille n’en fait décidément qu’à sa tête !
 
Aussi je suggère quelques sujets de préparation pour futurs candidats aux conseils municipal et communautaire en 2014 :
 
 - La population du centre ville, dans sa diversité, n’est pas un obstacle mais un atout pour Marseille. Développez.
 
- L’inconfort de vie de la population actuelle est une contre-publicité pour la ville, son bonheur d’y vivre serait son premier facteur d’attractivité. Argumentez.
 
- Les logements sociaux sont un atout pour le centre de Marseille, c’est les taudis qui sont insupportables. Actualisez.
 
- Tous les résidents du centre ville paient des impôts, même le SDF dés qu’il achète un litre de rouge ; le marchand de sommeil (qui peut encaisser des Aides au Logement) est dans l’illégalité. Instruisez.
 
- Une politique urbaine contre les habitants coûte (de l’argent, du temps, des échecs), la concertation est un gain de temps. Essayer.
 
On peut s’entraîner à l’occasion des cantonales.
 
Michel Guillon
18/2/2011
 

[1] Je prends ces informations dans Rue 89 - 29/10/ 2010 : http://www.rue89.com/blog-londres/2010/10/29/londres-menace-
 

depuration-sociale-selon-son-maire-173692

 
[3] Je m’emporte. S’il en existait ça se saurait.
 

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