Communauté Urbaine de Marseille - 6/09/2011

Avis sur le Projet d’Aménagement de Développement Durable (PADD) du PLU de la Ville de Marseille


Le 13 juillet 2011 notre association a fait parvenir à Monsieur Eugène Caselli, Président de la Communauté Urbaine de Marseille et aux services concernés l’avis ci-dessous en tant qu’Association Locale d’Usagers Agréée :


AVIS SUR LE PADD


DU


PLAN LOCAL D’URBANISME


DE LA VILLE DE MARSEILLE


 


Remarques liminaires

 


Les affirmations et les choix stratégiques : pourquoi de grandes orientations sont-elles affichées en introduction sous forme d’affirmations alors que ce sont des choix stratégiques ?


L’ambition ville et l’ambition métropolitaine : afficher l’ambition métropolitaine en premier serait nécessaire pour mieux comprendre en quoi les objectifs de Marseille s’inscrivent dans le projet de la CUM (l’affichage d’un avertissement ne nous paraît pas suffisant)


L’échéancier des choix d’aménagement : le PADD cherche à éclairer l’avenir sur un horizon de 15-20 ans, mais il ne permet pas d’inscrire le PLU dans l’échéance de moyen terme qui va le concerner ; pourquoi n’y a-t-il pas, par exemple, une cartographie permettant de comparer le passé, le présent et le futur pour chaque grande thématique ?


Le lien entre PADD et densités : si le PADD doit guider le règlement des densités, il est très insuffisant (cartes grossières qui ne permettent pas de localiser précisément les orientations, texte imprécis qui permettra des interprétations très variables en terme de densité des sols)


 


REMARQUES PRINCIPALES :


 


1- Le PADD devrait fortement prendre acte que le cœur de la ville est habité, populaire c’est à dire diversifié, et confronté à la pauvreté d’une partie de sa population.


La logique des stratégies affichées par le PADD est quelque peu délégitimée par l’impasse faites de la crise sociale et urbaine, donnée marseillaise incontournable dont il aurait fallu partir pour dérouler les actions à entreprendre : le renouvellement urbain doit se comprendre certes en fonction du développement économique, portuaire, scientifique, et des choix de préservation de l’agriculture résiduelle et de gestion de l’environnement, mais il doit se voir aussi et peut-être prioritairement - compte tenu de l’état du la ville et des conditions de logement, tant des plus pauvres que des classes moyennes jeunes – par rapport aux besoins des ménages.


2- Les objectifs en matière d’offre de logements doivent être réévalués pour permettre le desserrement des habitants actuels, condition première pour accueillir de nouveaux habitants et emplois.


L’affichage d’un objectif de 60 000 emplois supplémentaires en 20 ans (p.6) (et consécutivement 60 000 habitants et 60 000 logements) a quelque chose de « joli » dans la forme, mais d’inadéquat dans les objectifs. Cela nous paraît contradictoire. Réaliser 3 000 logements/ansur Marseille est non seulement très en-deçà des besoins au regard des objectifs d’emploi, mais aussi très insuffisant pour répondre réellement aux besoins en logement qui vont cumuler le desserrement des ménages, la rotation du parc de logements et le vieillissement de la population, ainsi que pour faciliter les parcours résidentiels, les besoins considérables liés au logement (en particulier accessibles au revenus faibles, et le logement des nouveaux habitants attirés par les emplois nouveaux). Pour maintenir la population marseillaise à son niveau - le « point mort » - il est nécessaire d’offrir environ 3 000 logements neufs (ou vides et réhabilités) par an, afin de ne pas prendre le risque d’une récession démographique.. Si l’on veut, en plus, accueillir 3 000 emplois et 3 000 habitants supplémentaires par an, il est en effet nécessaire de fixer entre 5 et 6 000 logements/an l’offre nouvelle annuelle de logements.


3- Le PLU devrait offrir la perspective d’un grand plan de rénovation urbaine du centre ville tenant compte des besoins de la population.


Il n’est pas acceptable que le centre ville n’occupe que quelques lignes dans un tel PADD : car il faut un grand projet urbain de réhabilitation du centre ville  ; faute d’en disposer, le PLU devrait au moins en prescrire la mise en chantier. Les opérations ANRU n’ont de sens que si elles prennent place dans cette vision du centre ville élaborée et clairement affichée.


Une politique de logement diversifiés (p.7), nous resterons là dans de la langue de bois si n’est pas décliné. Qquelle réelle réponse est faite aux besoins des habitants d’aujourd’hui pour leur proposer des logements de meilleurs qualitéou pour les reloger en cas de logement indigne ? Tant qu’il ne sera pas clairement affiché que les revenus des habitants sont en inadéquation complète avec leslogements qui sont proposés aujourd’hui, on pourra faire de la diversification mais on ne se donnera pas les moyens de répondre aux besoins qui s’expriment réellement dans le domaine du logement ; de plus contrairement à ce qui est affichél’amélioration de la qualité de vie etla solidariténe pourront être au cœur du projet.


- La réhabilitation des quartiersdu centre ville (p.13) : la question de la semi-piétonisation du Vieux-Port n’aborde pas de front la question des répercussions que cette opération d’ampleur (Vieux-Port et flux automobiles périphériques) va avoir sur le processus de revalorisation des prix fonciers et ses répercussions sur le logement des habitants des quartiers les plus proches (prix du foncier, prix des loyers) afin de les prendre en compte dès aujourd’hui ; et les propos qui sont tenus sont porteurs des mêmes ambigüités que celles qui ont été véhiculées au cours des dernières années. « nouvelles populations porteuses de redynamisation »(pourquoi de telles périphrases pour afficher des choix d’ouverture - nécessaire et compréhensible - à de nouvelles populations, laissant entendre ainsi la poursuite de la cécité sur les besoins réels des habitants d’aujourd’hui ?), « réelle mixité sociale »(la mixité est utile et nécessaire pour ce centre ville mais pas au prix de la chasse aux habitants vivant dans du logement qualifié pudiquement de « social de fait », la mixité sera le choix raisonné et transparentde la juxtaposition de logements sociaux « réels » nouveaux – pour revenus faibles et très faibles - et de logements accessibles à d’autres catégories sociales, pour cela il est nécessaire d’afficher dès le PADD l’équilibre proposé pour les nouveaux logements entre PO (propriétaires occupants) qui pourrait être financés par l’accession sociale à la propriété (le PSLA), PB (propriétaires bailleurs), logement sociaux ordinaires, logements très sociaux, et offres de logements temporaires, de foyers d’accueil, d’hôtellerie sociale contrôlée, etc. 


Enfin affirmer vouloir augmenter le taux de propriétaires occupants par l’accession à la propriété sans renforcer le poids du logement social est un parti pris sans rapport avec la réalité sociale du centre ville, notamment sur Belsunce et Noailles, mais aussi sur la Belle de Mai. Un objectif général sur ces quartiers de 30 % de logements sociaux et 20 % d’accession socialeà la propriété (en stock) répondrait mieux aux besoins de la population. Ceci devrait se traduire en flux (en objectifs de construction nouvelle dans le PADD) par des taux très supérieurs, de l’ordre respectivement de 50 % et 30%.


4- Pour réduire la fracture Nord-Sud dans Marseille, les objectifs du PADD en termes de type d’offre de logement devraient être différenciés par arrondissements et quartiers. Faute d’une telle répartition, le discours optimiste favoriser les parcours résidentiels (p.15 & p.21) restera un vœu pieux : tant que les habitants des cités HLM assignés à résidenceaujourd’hui ne sont pas concernés de façon significative, cet objectif restera un peu - ou totalement - illusoire ; et la volonté affichée de «  lutter contre l’habitat indigne » (p.15) une pétition de principe.


5- Afficher l’ambition de lutter contre l’habitat indigne pose plusieurs problèmes : 1/ la « lutte » qui est proposée est soit révoltée et brouillonne, soit dérisoire dans son affirmation de principe ostentatoire, à moins qu’elle ne soit langue de bois ; 2/ depuis le temps qu’elle a été mise en place cette lutte contre l’habitat indigneest inopérante, il faut une analyse beaucoup plus précise des obstacles et des difficultés rencontrées  : moyens de pression des marchands de sommeil, méconnaissance réelle des marchands de sommeils, moyens dérisoires mis à disposition des pouvoirs publics, absence de solutions de relogement, manque de courage politique, etc.


6 - Les propositions de« favoriser le maillage des modes doux et adapter le stationnement aux objectifs de diminution de la voiture » (p.21) relèvent de l’incantation : si nous sommes beaucoup moins compétents dans ce domaine, nous ne pouvons pas ne pas souligner qu’il s’agit-là d’une véritable révolution et qu’employer le mot « favoriser » n’a guère de sens, l’exemple du tramway, fraîchement réalisé sans qu’aient été aménagées à ses cotés des pistes cyclables, en témoigne.


Adapter le stationnement aux objectifs de diminution de la voiture (p.21) : là non plus nous ne sommes pas les meilleurs pour proposer, mais en tant qu’usagers nous sommes consternés par des propos aussi lénifiants


7- La question de la densification mérite l’intérêt, mais tel qu’elle est envisagée, elle suscite plusieurs questions 


- Densifier c’est : 1/ prendre acte d’une occupation extensive liée à la période précédente, sans porter la critique sur cette « extensification » débridée favorisée par le POS précédant ; 2/ faire le choix justifié de la densité mais à tout le moins le PADD devrait préciser et afficher les densités minimales recherchées ; 3/ c’est souligner l’existence d’un potentiel de densification, mais en n’annonçant pas les modalités de ces densifications, les citoyens ne sont pas en capacité de comprendre où elle va se faire et pourquoi. La PADD pourrait fixer des objectifs chiffrés de densités minimales différenciées à l’hectare avec une cartographie précise.


- Le projet proposé présente plusieurs incohérences, car l’objectif d’intensifier l’espace occupé(p.6) n’est pas spatialisé.


Densifier encore le centre ville ou le rendre respirable ? Le centre ville historique de Marseille a davantage besoin de respirations que de densification. A l’inverse, certaines périphéries ont des densités extrêmement faibles, en particulier dans le Sud et l’Est de la ville, ainsi que dans d’anciennes friches industrielles qui sont parfois proches de TC en site propre. C’est dans ces secteurs que le PADD peut proposer des densités minimales et des formes urbaines raisonnables permettant de densifier tout en gardant de larges espaces publics de circulation et de loisirs.


- L’objectif de « densifier la ville » doit-il prendre la forme sur le site d’Euroméditerranée, d’autoriser des immeubles de grande hauteur (p.25) ? On peut penser qu’un tel projet d’étendre le centre ville vers le nord doit être motiver globalement dans son rapport à la ville historique telle qu’elle est aujourd’hui et s’il veut éviter le risque d’accentuer les ségrégations urbaines et sociales dans la ville (avec des prix de vente des logements supérieur à 6 000 €/m²) doit en analyser finement les effets structurants en termes de transports, de véhicules, de commerce et de ségrégations spatiales, à l’encontre d’une mixité sociale apaisée.


8- Enfin, nous rappelons un de nos plus constant soucis,qu’au-delà des remarques que nous formulons aujourd’hui, le débat citoyen se développe. Si ce n’est dans le texte même du PLU, au moins dans ses attendus, nous demandons que soient formulées les modalités concrètes d’un dialogue entre citoyens et institutions, notamment par l’organisation de l’évaluation démocratique des politiques publiques et en l’occurrence ici les méthodes et les moyens du suivi de la mise en œuvre du PLU.


 


Marseille le 13 juillet 2011


Association "un centre ville pour tous "


 

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