La Marseillaise - 2/02/2012

Le « petit bijou » mortel de la rue d’Aubagne

Un an ferme requis contre un logeur indigne. Un locataire était tombé du 5e étage.

Une peine de 22 mois de prison dont 10 avec sursis, 5 000 euros d’amende et interdiction de gérer a été requise hier à l’encontre de Manuel Saez, 55 ans, un marchand de sommeil de la rue d’Aubagne où son locataire a trouvé la mort en 2007. Le bailleur louait son taudis frappé d’arrêté de péril. 175 000 euros d’amende sont réclamés à la SCI de l’épouse avec confiscation de l’immeuble. « Ces faits prolifèrent sur la misère humaine », a décrit le vice-procureur Jean-Luc Blachon.
Ramadane Fekari, 55 ans, s’était fracassé le crâne en basculant, le 13 février 2007, dans la cage d’escalier branlante du 29, rue d’Aubagne. Alertée dès 2005, Action méditerranéenne pour l’insertion sociale par le logement avait dressé de façon prémonitoire l’état des 19 studettes de 9m² sans sanitaire louées entre 320 et 511 euros par mois. Elle pointait « l’absence de lumière dans la cage d’escalier vétuste aux marches cassées, au garde corps bien trop bas et dangereux car les locataires pourraient passer par dessus la rampe ».

« J’ai loué à des étudiants propres sur eux »

Accusé d’homicide involontaire, de soumission de personnes vulnérables à des conditions d’habitat indigne, mise en danger d’autrui, refus délibéré d’exécuter des travaux prescrits par un arrêté de péril, refus de reloger, le prévenu a nié en bloc : « J’ai acheté un taudis, j’en ai fait un petit bijou, j’ai pas honte de le dire. J’ai loué à des étudiants propres sur eux, des Comoriens du quartier, des Algériens, un gendarme, un juge des prud’hommes ! », explique, volubile, l’ingénieur EDF-GDF en invalidité qui avait acheté pour 450 000 francs en 1988 cet ancien hôtel meublé dont il tirait 6 000 euros par mois.
« Je vois surtout des immigrés en situation économique très précaire, au RMI ou fraîchement arrivé », le coupe le président de la 6e chambre. « Les Français, ils ont pas envie d’habiter rue d’Aubagne ! », glisse Colette, l’épouse. « On me fait passer pour un juif avide courant derrière ses locataires pour avoir son argent ! », proteste le bonhomme qui étale sa paperasse sur le pupitre et accuse ses locataires. Celle-ci aux « cheveux longs qui ont bouché les lavabos », l’autre qui a « brûlé sa porte » et qui a peut-être même poussé la victime dans les escaliers !

« Par manque de chance, M. Fekari était déjà mort »

« Ce monsieur n’a pas de cœur. Le corps de mon mari était encore à Saint-Pierre qu’il faisait déjà visiter l’appartement », intervient Bazira, la veuve aux 5 enfants. Rien n’y fait, le prévenu s’enfonce : « J’avais croisé M. Fekari, il m’avait dit "je vais mourir bientôt", je lui avais dit non prenez des vitamines ! Agression ou malaise, toutes les hypothèses sont possibles. » Les travaux prescrits ? « J’avais pris rendez-vous mais par manque de chance, M. Fekari était déjà mort. »
Se succèdent des parties civiles indignées par ce « manque absolu de remord ». « Il continue de louer ailleurs. La prison lui offrira des conditions largement meilleures que celles qu’il a imposées à ses locataires ! », demande Me Hajer Amri pour un chibani à la rue. « Ce drame a été rendu possible grâce à la lenteur et l’inaction des institutions qui auraient pu intervenir plus tôt », dénonce Me Chantal Bourglan pour sa cliente, la première à avoir donné l’alerte en 2005.

« Ce Thénardier des temps modernes »

« Un homme a perdu la vie à cause du souci d’économie de ce Thénardier des temps modernes » qui « se fout de tout le monde » et qui « a eu le temps d’organiser son insolvabilité », accuse Me Jeannine Verbois. « Il n’avait plus les moyens de sauver l’immeuble », contestait Me Aurélien Leroux pour demander la relaxe de son client. « Le débat sur la politique du logement se cristallise aujourd’hui autour d’un homme alors que la responsabilité des pouvoirs publics est énorme. » « La rue d’Aubagne ne devrait pas exister », surprenait Me Samira Korhili pour l’épouse. « Ils n’ont pas eux-mêmes de logement décent. » Comprendre qu’une belle villa à Gémenos est le dernier stade de la misère.
Délibéré au 14 mars.

DAVID COQUILLE

02-02-2012

C’est au 29, rue d’Aubagne (1er) que Ramadane Fekari s’était fracassé le crâne en basculant, le 13 février 2007, dans la cage d’escalier branlante.

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