Compte-rendu du rendez-vous de "un centre ville pour tous" - 5/11/2012

" Quelle éducation citoyenne pour appréhender une ville ou une agglomération ? "

 1er Rendez-vous d’Un Centre Ville Pour Tous pour 2012-2013

Mercredi 3 octobre 2012

Sur

" Quelle éducation citoyenne pour appréhender une ville ou une agglomération ? "

 

Avec :

Monique CORDIER, présidente de la Confédération des CIQ de Marseille

Jacques BOULESTEIX, président du Conseil de Développement de la Communauté Urbaine de Marseille Provence Métropole

Nouredine ABOUAKIL, de l’association un Centre Ville Pour Tous

Rappel du cadrage CVPT : Chaque habitant est d’abord attentif à l’espace le plus proche qu’il peut aisément appréhender : sa cité, son quartier, les espaces de nature proches, les services publics de proximité, les voies d’accès à son immeuble et les moyens de transport les plus accessibles.

Cela n’enlève rien à sa capacité de se projeter au niveau de la ville, de sa région, du pays ou de l’Europe lorsque des élections se présentent.

Sommes-nous pour autant des citoyens de nos villes ? Non pas des citoyens de la proximité, non pas des citoyens d’un jour, mais des citoyens capables d’appréhender la complexité des questions qui se posent au niveau d’une ville ou d’une agglomération.

En particulier sommes-nous attentifs à toutes les composantes (sociales, économiques, financières, environnementales, et celles de la mobilité et de l’emploi) ? Sommes-nous attentifs au fait que l’échelle d’une ville ou d’une agglomération n’est pas celle d’un quartier ou d’un arrondissement ? Et sommes-nous attentifs au futur, avons-nous le regard qui porte assez loin lorsqu’on nous interroge sur la ville ou l’agglomération que nous voulons dans 15 ans ? 

Nous vous proposons de confronter les approches de trois acteurs du débat démocratique sur ce qu’est pour chacun d’entre eux l’éducation à la citoyenneté.

Monique Cordier :

Grâce au Conseil de développement de la Communauté Urbaine, la société civile s’est davantage impliquée dans le débat public.

Les CIQ ont pour certains d’entre eux 125 ans. Nous défendons l’intérêt général plutôt que la somme des intérêts privés.

La démocratie s’exprime par la démocratie représentative, pour cela les élus ont été choisis lors d’un vote qui est un moment important.

La décision des politiques doit s’exprimer avec l’aide des deux vérités, celle du technicien et celle la société civile. La société civile exprime sa vérité de terrain et ses attentes. Les 3 partenaires sont complémentaires.

PLU, SCOT, PDU, seules les personnes averties savent transmettre, expliquer et s’approprier.

Si les propositions que nous faisons sont refusées, il faut savoir nous l’expliquer. Or trop souvent on nous dit "oui mais pas tout de suite" et du coup on laisse les gens espérer. Le dialogue n’est pas bon. Il faut instaurer un dialogue gagnant-gagnant, on fera alors un grand pas vers la démocratie.

Autre chose : le monde associatif est très riche, mais les élus montent une association contre une autre. Il y a des divergences mais à force de dialogue on peut avancer.

Notre confédération organise des coordinations autour des noyaux villageois, dans l’esprit de créer une ville plus fraternelle que favorise le noyau villageois, puis le regroupement se fait par arrondissement, et au niveau de la confédération sur un territoire qui va au-delà de la communauté urbaine.

Le citoyen habite tel ou tel endroit, mais il se déplace dans d’autres coins de l’agglomération.

Il y a une maturité de la population pour s’approprier un grand territoire. Regarder l’impact d’un projet permet de voir ce qui est d’intérêt général ou d’intérêt privé. Depuis 1924, on essaie de faire cela.

A Marseille, une part importante de la population est très passive. A Saint-Mauront lorsque, au début de ma prise de fonction à la tête de la confédération, je suis arrivée à l’AG du CIQ, la salle était pleine, mais ce n’était pas la population que je voyais dans les rues, ils ne se déplacent pas dans ce type de réunion.

Des décideurs nous regardent, mais ils n’ont qu’une vision partielle de notre travail.

Lors de la présentation du projet Korsec-Velten, on a dit aux personnes qui sont venues "vous n’êtes pas représentatifs, on va faire un référendum"…

L’exercice est difficile avec la démocratie représentative.

Les déclarations des hommes politiques sont souvent de la langue de bois qui masque la réalité. On ne dit pas tout sur un problème. Or les gens si on leur dit un truc ils foncent, exemple sur les Roms.

On occulte souvent une partie des choses. On n’arrive pas à dire : "attention, il faut trouver une solution d’ensemble".

Il manque de la transparence, pour fournir les documents disponibles par exemple.

Et le monde économique fonctionne à part depuis longtemps, ex. sur Château-Gombert.

 

 Jacques Boulesteix :

Ce débat est bienvenu à l’heure où se conjuguent la crise et des besoins d’expression nouveaux.

Il n’y a pas de réponse politique et sociétale pour relancer la machine.

Nous avons accumulé du retard depuis 40 ans. Nous ne sommes pas parmi les bons élèves. Les mobilisations citoyennes sont au cœur du débat.

Déjà à l’époque de la Révolution, il a fallu en sortir, grâce au Tiers Etat (cf. la déclaration de Sieyès : Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? Tout. Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien. Que demande-t-il ? A être quelque chose.)

Les conseils de développement existent depuis 10 ans peu ou prou, mais il y a de vives discussions et des difficultés pour faire entendre cette voix.

L’université d’été récente de l’UNADEL sur le développement économique des territoires était importante.

Il y a aussi la question des transports-déplacements, pas seulement sous l’angle des bus et des trains, mais aussi sous l’angle des changements de comportements.

Et bien sûr les questions liées à l’environnement.

Lors de la Révolution, il y avait les "oratores", les "bellatores", les "laboratores", et maintenant il y a aussi les "financiatores".

Pour sortir de l’ornière, il faut toujours plus de démocratie, les élus mais aussi la démocratie participative.

Il y a un retard métropolitain, un malaise de la ville centre, un écart considérable entre le quartier le plus riche et le plus pauvre. Des disparités au niveau des diplômes, de l’habitat et des conditions de vie.

Philipe Langevin a dit récemment "Marseille n’existe plus".

Sur les transports à Marseille, les bus de la RTM concernent 96 lignes diurnes, mais 4 d’entre elles sont des lignes "imaginaires" comme la liaison Canebière-Aubagne.

Nous avons des débats fumeux sur la question des 20% de logements sociaux mais il faut déjà en faire un peu.

Les conseils de développement ont été créés il y a 10-12 ans, au début les avis donnés étaient des avis de caution, maintenant nos avis sont plus larges mais ce n’est qu’un petit aspect des choses, il faudrait pouvoir faire des évaluations, une évaluation comptable par exemple. Le conseil de développement pourrait faire un travail d’audit des comptes (cf. la Cour des comptes).

Le conseil de développement ne peut pas évaluer car il n’y avait pas d’objectifs affichés : par exemple pour le tram sur le nombre de passagers attendus, ou sur les emplois prévus sur une ZAC ou les objectifs de retour sur investissement.

Dans toutes les délibérations il faudrait des objectifs.

Il y a besoin de mobiliser la société civile aussi sur l’éducatif, la culture, etc.

On ne pourra avoir un vrai développement que s’il y a participation citoyenne.

D’autant qu’il y a le problème financier.

Les collectivités locales ont leurs projets d’investissements, elles s’y tiennent, mais il faut changer d’approche, car il y a des projets nécessaires sous peine de déclin.

Un investissement productif peut avoir un effet levier.

Les milieux économiques, universitaires et citoyens seront un relais et une amplification.

Dans l’approche d’une métropole tout cela joue beaucoup. N’ayons pas la même façon de fonctionner qu’auparavant pour les investissements publics, il faut changer la participation citoyenne en même temps.

La société civile n’est jamais "représentative" comme le sont les élus, mais elle représente la diversité, c’est une autre légitimité. A Marseille, une partie importante de la population n’est pas représentée.

Les gens demandent un mécanisme de co-construction et pas seulement de la participation.

Il faut pour cela une vision du futur et une vision transversale, pour sortir de la segmentation transports- université- habitat. Il n’y a pas de vision générale.

C’est exigeant pour les personnes et les organisations.

Eugène Caselli a mis des moyens pour le Conseil de développement. C’était pour moi déterminant. Nous avons pu mettre en place une bibliothèque citoyenne très riche sur le site du Conseil de développement.

Dans la co-construction, il faut un changement de comportement. Chacun a son rôle, du dialogue mais aussi de la démarcation, voire de la confrontation.
On pourrait aussi arriver à plusieurs conclusions contradictoires.

Cela n’exonère pas de la responsabilité politique.

Certains conseils de développement ont été sollicités pour défendre le point de vue de leur agglomération sur la question de la métropole.

Un conseil de développement permet de faire sortir tous les problèmes.

Sur la question de la métropole : les conseils de développements (CUM, Pays d’Aix et Pays d’Aubagne) ont été au cœur de la façon dont les débats ont été posés sur Marseille.

On nous demandait à chacun de travailler sur un territoire non pertinent.

M. Caselli nous a autorisé à travailler sur l’au-delà de la CUM. A Aix et à Aubagne, ils ont fait le même constat. A partir de là on a développé ensemble une façon de concevoir la métropole.

On est arrivé à la conclusion suivante : faire ensemble ce qu’on ne peut faire tout seul.

L’objet métropolitain ce n’est pas les projets de chaque communauté d’agglomération.

On est une seule aire métropolitaine qui n’a ni schéma de développement ni projet concret de la part du patronat.

La loi de décembre 2010 était supposée changer les choses mais ça a accouché d’un pôle métropolitain qui a vidé la métropole de son contenu, puisque seuls le transport scolaire et la voirie municipale devait en relever.

M. Estrosi a fait une métropole à Nice, mais sans Sophia Antipolis et sans Cannes-Grasse-Antibes.

Et la proposition pour Marseille était de transformer la CUM en métropole !!!

Diverses pressions (acteurs économiques, université, syndicats) ont poussé pour un pôle métropolitain.

On a travaillé dessus lors du forum de février 2012, mais le syndicat mixte des transports n’a pas marché, il n’y a eu qu’une concertation.

A l’été, suite à l’élection présidentielle, il y a eu une relance en faveur d’un acte de décentralisation (avec Marylise Lebranchu) avec l’idée d’introduire le suffrage universel direct pour la désignation de son assemblée, avec 60% de suffrage direct et 40% de suffrage sur listes communales.

Si l’intercommunalité fonctionne mal c’est du au manque de représentativité politique.

Le 1er ministre a saisi l’occasion des événements de Marseille. Il y a eu l’annonce d’un rattrapage sur les infrastructures.

Il y a une spécificité de marseille liée au fait que le coche de la loi sur les communautés urbaines qui remonte aux années 1960, a été ratée. Et les avantages liés à la loi ont été perdus pour la ville pendant de nombreuses années, on estime le manque à recevoir à 3 à 4 milliards d’euros. Il faut un rattrapage sur Aix-Marseille.

Il y a eu depuis Fos et la sidérurgie, les zones franches de Gémenos et la Ciotat, les zones franches urbaines, puis Euroméditerranée (242 millions sur 18 ans), mais avec tout cela on ne rattrape pas le manque à gagner.

Il faut mettre le paquet sur les transports. Une action de l’Etat oui, mais dans un cadre métropolitain.

Le préfet Théry en charge de ce projet, vient d’arriver.

Mais il y a encore un problème législatif, il faut créer la communauté métropolitaine, qui doit permettre un vrai changement d’échelle, comme à Lyon, Nancy-Metz ou Nantes.

Marseille pourra alors peut-être être appréhendé au sens le plus large, incluant Avignon et Toulon.

Il y a deux débats : celui qui portera sur un transfert de compétence qui n’affaiblisse pas la démocratie de proximité et celui sur la question du maintien ou non des intercommunalité existantes.

Les conseils de développement des trois agglomérations (Marseille, Aix et Aubagne) sont concernés par les différents sujets de la future métropole. Ils ont pris des positions communes sur les grands sujets qui pourraient nourrir le projet de grande métropole porté par l’État et prochainement animé par le nouveau préfet, Laurent Théry, bien connu par les urbanistes pour sa compétence et ses capacités à être « l’homme de la situation ».

 

Nouredine Abouakil :

Il faut retrouver la dimension humaine la plus simple.

Rénover oui, mais sans évincer la population.

Comment faire pour que les victimes potentielles puissent participer ? Les vieux en hôtels meublés n’ont jamais participé. Il ne faut par faire à la place des autres sinon on perd un citoyen.

Sur Belsunce, on a fait des heures et des heures de discussion et de pédagogie, c’est à partir de là qu’on a réussi à souder les habitants d’un immeuble. Ils regardaient le résultat "si vous nous respectez, on pourra faire un bout de chemin ensemble". Il ne faut pas instrumentaliser, mais au contraire respecter le contrat moral.

Le citoyen dans l’abstrait n’existe pas. Ce qui compte c’est les militants. Une centaine de personnes se sont mobilisées pour dire "vous pouvez faire confiance en ces gens".

Ils ont eu le courage d’aller devant les tribunaux, on a réussi à intéresser des journalistes et des jeunes à travers ces actions.

Beaucoup de gens sont passifs parce qu’ils ne pensent pas que ce soit possible.

Nous ne sommes pas représentatifs par le seul fait qu’on est une association, la représentativité s’acquière.

De plus, ce n’est pas vrai que les gens ne savent pas s’exprimer. Car selon le travail que les forces politiques font ou ne font pas, il y a des disponibilités à répondre (rappelons-nous les mobilisations en faveur de l’école libre en 1982, contre le CPE en 2006 ou pour les présidentielles de 2007 et 2012). Il y a une maturité et une disponibilité, mais aussi une incapacité à créer un lien entre maturité et générosité.

Le système de délégation des pouvoirs est pervers, car on déresponsabilise entre 2 élections.

C’est pareil pour les animateurs d’associations : "je te délègue pendant que je fais autre chose".

Dans cette région, le discrédit de la classe politique et l’absence de participation est gravissime (il n’y a qu’à voir le fait qu’il y ait eu 3 000 manifestants contre les Roms dans le 15ème arr.).

Procède-t-on de la bonne manière ? On a mangé notre pain blanc, on s’est discrédité.

Il y a trop d’associations spécialisées, il faut réfléchir sur nos méthodes.

Je suis favorable à des démarches "clivantes". Si on entre dans une spirale de concertation-rencontres qui fait comme s’il n’y avait pas de différences.

Il y a des élus fermés à toute proposition de la population. Il faut 2 fers au feu, l’un pour le dialogue, l’autre pour la distance. Si on est dans le même bateau que les élus, on ne nous fera pas confiance.

Nous avons saisi les tribunaux pour obtenir des documents administratifs. Il faut coupler le juridique qui donne une légitimité aussi. C’est là que l’on conquiert une représentativité.

 

Questions et avis soulevés par la salle : 

- Les concertations engagées sont purement formelles ; les avis qui sortent des rapports d’enquête sont toujours favorables !

- On est dans un archaïsme de la concertation si on compare avec ce qui se passe dans des endroits exemplaires : l’Andalousie et l’Islande par exemple

- Il faut créer des lieux de concertation et utiliser des outils nouveaux (à la Cayole on est passé à 2 000 consultations du blog du CIQ)

- Les élus n’ont pas envie d’avoir à faire à nous, ça leur fait un peu peur

- Le diagnostic du PLU pêche par son incapacité à prendre en compte ce que les habitants souhaitent pour leur quartier. Alors que cela pourrait être une base utile.

- Il ne faut pas se tromper de rôle. Les citoyens sont légitimes à ne pas s’intéresser à tout, mais il faut trouver des outils pour les entendre.

- Beaucoup d’élus et de techniciens nous disent "ne vous occupez pas de cela, on a déjà beaucoup discuté", comme par exemple sur les dossiers ANRU ; et lorsque des citoyens ont beaucoup réfléchi à un aménagement concernant leur quartier, ils sont si mal accueillis qu’ils sont rapidement dégoûtés. Il faut relancer l’éducation populaire.

- Il y a parfois de l’enfumage, les Etats généraux du logement, pour l’élaboration du PLH, ont permis de soulever de nombreux besoins, mais lorsque vient la hase d’application via le PLU, il n’y a pas non plus de spatialisation et on ne voit pas les réservations nécessaires pour le logement social. L’enquête publique ce sera une régression puisque les avis rendus pas les habitants seront des avis personnels, et non par une action collective pour en revenir aux objectifs initiaux.

- Nous avons besoin d’un atelier d’urbanisme ouvert sur la vie (exemples en Italie, à Perpignan, ou à Aix en Provence très récemment), ce sont autant d’occasions de vrais débats.

- Le projet des Feuillants est présenté comme un espoir en matière de démocratie participative et de réponse aux besoins sociaux des quartiers centraux de la ville.

 

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