Adresses au préfet chargé du projet de métropolisation - 12/01/2013

L’association « Un centre ville pour tous » donne son avis sur la métropolisation de Marseille

Monsieur
Laurent THERY

Préfet
chargé du projet métropolitain

Préfecture
de la Région PACA et des Bouches du Rhône

Boulevard
Paul Peytral

13 282 –
MARSEILLE CEDEX 2


Le 22
novembre 2012

 

 Monsieur
le Préfet,

 L’Association un Centre Ville Pour Tous est née en l’an
2000.

Constituée d’usagers et de militants du « droit à la
ville », elle s’est donnée comme mission de veiller activement à la
qualité des politiques publiques sur l’hyper-centre de la ville et à soutenir
les résidents dans la défense de leurs droits à un logement digne.

 Centre Ville Pour Tous a été agréée par arrêté préfectoral
en date du 19 octobre 2009 en tant qu’association locale d’usagers. À ce titre,
elle est consultée par les collectivités pour l’élaboration de leurs documents
de planification. C’est ainsi que nous avons émis ces derniers mois des avis
sur le SCoT et le PLH de Marseille Provence Métropole (que vous trouverez en
annexe à la présente) et que nous mettons actuellement au point notre position
sur le PLU de la Ville de Marseille actuellement soumis à enquête publique.

Nos interventions sont centrées sur plusieurs sujets fondamentaux qui sont :

· 
Qu’il
faut reconnaître le centre de la ville capitale de Région dans sa diversité
sociale, héritée de sa position de ville – port du pourtour
méditerranéen : un centre habité est une richesse incontestable pour une
grande ville, Marseille étant atypique dans le concert des grandes villes
européennes.

· 
Qu’il
est indispensable d’adapter à cette particularité les politiques publiques,
lesquelles ont tenté ces dernières décennies de mettre en place ou de laisser
s’installer à l’initiative de sociétés privées des
stratégies inadaptées de gentrification forcenée, voire sous l’égide de
concessionnaires publics, autant de pratiques néfastes à l’égard des
populations fragiles.

Citons notamment à ce propos les
Périmètres de Restauration Immobilière du Panier et de Noailles dont la mise en
œuvre il y a une douzaine d’années fait actuellement l’objet de l’attention de
la Chambre Régionale des Comptes et la rue de la République où la rénovation
« au pas de course » des nombreux logements vacants a donné lieu à de
nombreuses attitudes très contestables à l’adresse des locataires formées par le
fonds de pension Lone Star, commanditaire de Marseille République – ATEMI et  de EURAZEO - ANF.

Centre Ville Pour Tous a développé
l’énergie nécessaire pour soutenir les locataires maltraités et obtenir, très
souvent, le respect de leurs droits.

· 
Qu’il
est indispensable de lutter implacablement contre l’habitat indigne et les
marchands de sommeil qui continuent à nuire. La justice a mis en place un
« Groupe Opérationnel de Lutte contre l’Habitat Indigne », auquel
CVPT est convié, qui commence à exposer des résultats, mais qui reconnaît
également que la tâche est rude et ne donnera des résultats tangibles qu’à long
terme.

· 
Qu’à
coté du logement, les sujets de l’espace public, des services publics et privés
sont négligés et qu’il nous paraît absolument nécessaire de construire un
véritable projet qui apporte des solutions efficaces. De ce point de vue, il
faut que le logement insalubre et/ou dangereux fasse l’objet d’une expertise en
« porte à porte » qui fournisse des informations nécessaires qui
devraient remplacer les études réalisées sur la base des simples informations
de l’INSEE.

· 
Que
parallèlement, une étude sérieuse
soit entreprise sur la précarité de certaines populations pour évaluer les
solutions de soutien indispensables à la satisfaction des principes de base de
la justice sociale.

· 
Que
les modes de financement du logement social prennent en compte la nécessité
d’installer de « l’hôtellerie » sociale nécessaire à la satisfaction
de besoins visibles ou, selon une formule que nous pratiquons, « fabriquer
une offre qui soit concurrentielle à celle des marchands de sommeil ».

Notre exposé est destiné à vous
informer sur cette situation qui a forcément un impact sur la mise en place de
la métropole idoine qui devra se développer avec la prospérité de son centre
historique, lequel est un territoire urbain complexe et, selon nous, appelle un
ensemble d’orientations d’aménagement qui, assez loin d’un Euroméditerranée
III, prenne en compte son histoire, sa riche diversité et ses dynamiques autant
que ses dérives et ses fragilités.

Au moment où vous mettez en œuvre
des expertises destinées à révéler les grands enjeux, nous savons notre
intervention bienvenue. Nous tenons à votre disposition les connaissances acquises
de notre expérience militante et resterons vigilants sur la transparence des
politiques publiques et prioritairement sur le sort fait aux populations les
plus fragiles au centre de Marseille, à leur droit à la ville, à un logement
décent et un habitat épanouissant.

Espérant avoir porté à votre
connaissance des éléments utiles à l’exercice de votre mission, nous vous
prions d’accepter nos salutations les plus respectueuses.

 

Jean CANTON, Président de l’association « UN CENTRE VILLE POUR TOUS »

Voir la lettre au Préfet du 22 novembre en pdf

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Marseille, 20 décembre 2012

 

Monsieur le Préfet,

 

En prolongement du courrier que nous vous avons adressé le 22 novembre dernier et alors que s’achève une première phase du travail que vous avez impulsé, tout en vous confirmant l’intérêt que nous y portons, nous tenons à insister sur un point décisif à nos yeux, qui touche à l’approche du centre de la métropole et à sa population ( et qui est sans doute valable pour d’autres parties de ce territoire).

Rappelons que notre association est indépendante et libre d’opinion, ses seules ressources proviennent des cotisations de ses membres. Notre compétence vient de la qualité de nos membres et de notre soif de justice sociale. Elle nous permet d’impulser des résultats tangibles dans l’accompagnement des plus fragiles quand est porté à notre connaissance un cas d’injustice manifeste provoqué par l’attitude d’un propriétaire à l’encontre d’un locataire ou, plus gravement, face à l’action des collectivités et de leurs opérateurs.

Ce qui motive notre nouvelle intervention est qu’il est indispensable de prendre conscience de l’ignorance et/ou de la mauvaise foi des commentateurs et intervenants traditionnels quand il s’agit d’évoquer la réalité sociale et urbaine du centre de la métropole : le poids de la pauvreté est une réalité flagrante. Il faut bien la mesurer et ne pas se tromper sur la vision et la place qu’on assigne à ceux qui la vivent.

Les statistiques concernant la population « résidente » exposées, par exemple, par l’Agence d’Urbanisme de l’Agglomération Marseillaise, sont tirées des comptages et estimations de l’INSEE qui ne suffisent plus à qualifier la situation réelle. S’il fallait évoquer une donnée signifiante ce serait celle-ci, issue de travaux de recherche : plus de la moitié des ménages vivant dans les trois premiers arrondissements de Marseille ont des revenus inférieurs au « seuil de pauvreté ».

Un constat du même genre peut être évoqué : il concerne l’état du « mal logement » qui, lui aussi, demanderait une analyse en « porte à porte » pour qualifier précisément l’insalubrité ou la dangerosité des immeubles et les conditions de leur exploitation : les marchands de sommeil existent toujours, les propriétaires négligents aussi, sans qu’un état des lieux exhaustif existe.

En complément de cette question essentielle du logement, se pose celle des espaces et services publics profondément déficients : absence de réels lieux de rencontre apaisés (l’avenir de la place de la Providence nous inquiète, des cœurs d’îlots qui pourraient s’ouvrir à des pratiques publiques mériteraient une réflexion…), le soutien des familles dans l’éducation des enfants exige des services adaptés.

Puis la tenue de l’espace public laisse à désirer : la saleté, les rats, les ordures, l’absence d’entretien, les travaux sans fin, les odeurs, l’encombrement et l’indiscipline automobile qualifient le quotidien des ambiances des quartiers centraux.
Heureusement des citoyens s’emparent de leurs rues, les fleurissent, les balayent, mais, attention, au-delà d’une impression poétique se cache, probablement, des attentes ou des révoltes qui pourraient prendre d’autres formes face à l’indigence de l’action publique .

D’ou la nécessité absolue de disposer d’un diagnostic approfondi qui pourra servir de base à un VRAI PROJET initiant de VRAIES SOLUTIONS.

Les acteurs publics ont eu tendance à fermer les yeux et à provoquer des interventions plus ou moins discrètes et opportunes visant la gentrification forcée.
il s’agit là d’une autre négation face au « mélange » des populations qui est déjà une réalité et depuis longtemps.

Nous portons la conviction – et ce que nous avons pu entendre ou lire des travaux préparatoires que vous avez suscités nous amène à y insister – que si la pauvreté est un fléau à éradiquer, il ne saurait en être de même des « pauvres » eux-mêmes et de leurs « quartiers ». Nous le disons tout net : notre regard sur les populations de la métropole marseillaise touchées par les différentes formes de pauvreté doit opérer une sorte de révolution copernicienne.

Cette part importante de notre collectivité, ce sont des acteurs de notre histoire locale et depuis longtemps, des contributeurs à notre démographie (notamment la plus grande part de notre jeunesse), des animateurs de dynamiques économiques et territoriales, des questionneurs de nos valeurs (notamment de nos capacités au « vivre ensemble »), des contributeurs à notre culture. 

C’est pourquoi, à nos yeux, à l’inverse des argumentaires de répulsion, le fait que Marseille ait gardé les pauvres à l’intérieur de son territoire et jusque dans son centre est un défi, une exigence, une charge, mais aussi une fierté pas une honte, un atout pas une menace. Ce serait une faute que le défi ne soit pas relevé, mais d’abord une erreur dans l’intelligence de ce territoire que de ne pas voir que ses habitants « pauvres » sont aussi un de ses atouts et des acteurs avec qui relever ce défi. 

Nous serons attentifs à ce que le projet métropolitain fasse sienne cette « manière de voir » et en porte l’énoncé dans ses orientations majeures.

Veuillez croire, Monsieur le Préfet, …

Jean Canton, président de l’association « Un centre ville pour tous »

Voir la lettre au Préfet du 20 décembre 2012 (pdf)

Lettre d'information

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BP n° 241
93, la Canebière
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