Compte-rendu - 5/02/2013

" Une valorisation humaine et patrimoniale - partagée - du centre ville est-elle possible ? "

 

Le 5ème débat organisé dans le cadre des

"Rendez-vous d’Un Centre Ville Pour Tous"

pour l’année 2012-2013 porte sur le thème :

 

 

" Une valorisation humaine et patrimoniale - partagée - du centre ville est-elle possible ? "

 

Avec :

Christine BRETON, Conservateur honoraire du patrimoine

Sociétaire de la coopérative Hôtel du Nord http://hoteldunord.coop/

 

Rappel du cadrage CVPT :

L’état de dégradation urbaine du centre ville provoque souvent chez les responsables publics des réactions extrêmes, et le plus souvent extrêmement simplificatrices.

Il est temps de poser sur ce centre ville un regard posé, attentif aux habitants qui y résident, aux réseaux de sociabilité complexes et riches qu’ils y ont peu à peu tissés, et attentif aux richesses patrimoniales qui sont celles d’un cœur de ville ancien, imprégné d’une histoire et d’une culture exceptionnelle.

Aucun avenir de ce centre ville ne pourra être construit sans prendre en compte les habitants, leur appréhension de leurs différents quartiers, leurs projets et leurs visions d’avenir.

Forte de son long compagnonnage avec les habitants des quartiers nord et des nombreux projets qu’elle a pu construire avec eux, Christine Breton nous propose de mettre en commun les réflexions que lui inspire ce centre ville.

Le renouveau du centre devra prendre en compte toutes ses richesses sociales, humaines, culturelles, patrimoniales, etc. mais il devra surtout se construire avec ses habitants.

Pour cela il ne peut être question de réponses toutes faites, il est au contraire nécessaire de mettre en place une méthode de travail, un processus d’échange et de dialogue dans lequel tous les partenaires devront trouver leur place, qu’ils soient responsables politiques et techniques, qu’ils soient des associations, qu’ils soient surtout des habitants.

Nous vous proposions de donner la parole à une praticienne de cette méthode.

Il était par ailleurs recommandé de consulter auparavant la synthèse de la Convention de Faro du Conseil de l’Europe (2005) qui aborde la question du pourquoi et du pour qui transmettre le patrimoine, sur le site HYPERLINK : http://conventions.coe.int/Treaty/FR/Treaties/Html/199.htm www.coe.int/t/dg4/cultureheritage/heritage/.../SyntheseFaro_fr.pdf

 

Christine Breton :

Engageons aujourd’hui un processus de travail collectif pour les 1er et 7ème arr.

Dans le 15ème et 16ème arr. Mme Samia Ghali a créé la commission du patrimoine. Et nous avons organisé une journée du patrimoine où il y avait d’abord 20 personnes, puis on est passé à 100, puis à 1 000… (à noter qu’à Oran, il font aussi des ballades patrimoniales, ils ont eu au total près de 10 000 personnes !)

En 2009, on a choisi le mot hospitalité, il y a eu de nombreuses personnes extérieures au 15ème-16ème.

L’objectif central est d’appliquer la Convention de Faro de 2005 qui n’est pas encore ratifiée par la France, le principe que défend cette convention, c’est que les citoyens eux-mêmes désignent, étudient et protègent leur patrimoine.

En 2011, les 2ème-3ème arr. ont pris le relais, la mairie de secteur a signé à son tour.

En 2012, les 13ème et 14ème à leur tour.

En 2013, le maire du 1er-7ème a proposé de signer lui aussi son engagement sur les principes de Faro à l’occasion des journées européennes du patrimoine en septembre. Tout est donc possible :

 

 1 - inventaire rapide de nos potentiels habitants/patrimoine :

Dans la revue V un article sur le comité de quartier de Noailles et le livre de Marie D’Hombres (socio-anthropologue, auteur de HYPERLINK "http://recits.hautetfort.com/archiv..." Le Ventre de Marseille). Dans l’Hebdo de ce jour plusieurs pages consacrées à Belsunce ; mais en même temps fermeture du magasin situé à côté du Grain de sel pour raison de sécurité et jardin de la rue du Baignoir sans suite. Un conflit entre les habitants des 4 tours Labourdette permet l’obtention du label patrimoine du XXème. En 2006-2007 CVPT en conflit dans la rue de la république a fait la jonction avec "les Labourdettes" et l’association Voisins et Citoyens sur les Réformés. Enfin dans le 7ème il y a eu aussi la bataille contre les horodateurs et aujourd’hui il y a celle contre les projets sur la friche Giraudon,. Depuis quelques années l’association des habitants l’Arlequin d’Endoume organise des visites pour les JEP.

Tout cela est notre richesse et ce sont autant de communautés patrimoniales.

Quel sens patrimonial donner à la centralité habitée ?

Le 1er arr. serait en fin de vie et le grand marché du Maghreb fini ? alors quels seraient les institutions patrimoniales symbolisant la centralité dans les 1/7 ?

A part la BMVR, il n’y a pas de grands bâtiments culturels publics mais une sur-représentation de monuments historiques classés ou inscrits A l’inverse sur le 2ème-3ème les institutions patrimoniales sont multiples mais ont abandonné le tissu social et citoyen. Il y aurait un basculement de la ville sur le front de port, le boulevard du littoral ?

 

2 - les communautés patrimoniales

Entrons dans le détail. J’ai fait partie des fonctionnaires qui "désignaient" ce qui fait patrimoine. Or depuis la Convention de Faro c’est chacun qui peut désigner ce qui fait patrimoine (comme ça a été le cas pour les tours Labourdettes). A partir de là les habitants créent des communautés patrimoniales. Celles-ci "se composent de personnes qui attachent de la valeur à des aspects spécifiques du patrimoine", à nous de décider la responsabilité publique concerné, les partenaires concernés. Ces communautés peuvent être intra-nationales ou trans-nationales, et aller de l’un à l’autre, et la valeur conflictuelle du patrimoine est à prendre en compte.

Comment je peux faire ? Pourquoi ne pas se mettre ensemble pour évaluer la dimension partagée du patrimoine. Dans la gratuité, mais cette gratuité peut avoir sa dimension économique (et profitable aux personnes concernées comme dans la scop Hôtel du Nord).

 Questions et avis soulevés par la salle : 

- Les actions qui se déroulent à Noailles (Feuillants, rue de l’Arc) ne sont elles pas déjà dans l’esprit de la Convention de Faro ?

- La patrimonialisation qui se déroule à Belsunce, doublée du vidage du quartier, correspond au rêve d’un quartier épuré ; puisqu’il y a des gens qui peuvent payer plus cher, on augmente les taxes et on enlève la population ; la Convention de Faro s’attache au patrimoine mais au sens où les formes, les habitants et les manières d’être sont du patrimoine, mais les financements ne désignent que le bâti et sa mise au normes ; pour la Ville, pour la Métropole, le centre est un vide ; on s’intéresse plutôt au phare de la métropole qui est du côté de la tour CMA-CGM ; or les patrimoines éteints sont les patrimoines de l’avenir ; il y a un patrimoine dont l’évolution pose problème, c’est la grande Poste dont on a appris qu’elle a été vendue à un marchand de vêtements

- Ces quartiers sont encombrés de monuments, mais on ne voit pas ce qui fait centralité ; or Noailles depuis 15 ans c’est une vie dynamique

- Comment faire muter un espace public à partager ? Qui participe ? Intégrer des gens de quartiers différents ?

- Dans le 2ème arr. il n’y a plus de traces de verdure, on remet de la verdure dans des espaces fermés, et des gens s’approprient des morceaux d’espaces publics

- Comment mettre en marche l’échange et la mairie de secteur et les communautés patrimoniales ?

- Dans le cadre de la Convention de Faro, il y a des rencontres entre mairie de secteur du 2ème-3ème et habitants, un petit groupe s’est créé, un atelier s’est constitué qui fait un travail important de capitalisation d’images et de photos - ex. sur les Cies de navigation au Panier et sur l’enrochement de la digue du large - , on se mobilise sur ce qui est confisqué en particulier ; on a créé une commission patrimoine et création pour le 2ème-3ème 

- On se met en lien avec d’autres habitants et des institutions, nous sommes ouverts aux idées, nous agissons pour sauver des emplacements et là où on a supprimé tous les bancs publics (pour éviter les clochards) nous mettons des canapés

- Tout est à construire dans les 1er-7ème arr. ; le patrimoine humain n’est-il pas au nombre des 1ers monuments de Marseille ; le Pr Témime aimait Noailles parc qu’il y rencontrait le patrimoine alimentaire de la ville : si l’on voit de près la place Delacroix comme les boulangeries de la rue d’Aubagne offrent une variété incroyables de légumes pour l’une et de pains pour l’autre

- La dynamique du 2ème-3ème vient de la multiplicité des interdictions ; les actions peuvent faire tâche d’huile, les petites choses s’agrègent à d’autres ; pour 2013 on va rappeler les rafles de 1943, c’est le projet Quartier Libre mené avec le MUCEM

- A Saint Antoine il y a de plus en plus de gens qui sont prêt à faire des balades, c’est le côté ouvert et humain des gens à l’écoute des habitants qui intéresse, il y a une véritable attente, les gens s’impliquent ; on a même fait une balade nocturne

- Sur Noailles, une association a été crée autour de l’Atelier Feuillants, elle fera des propositions de gestion sous forme coopérative, il y a une démarche de verdissement des rues (Chateauredon, de l’Arc, Jean Roques) sans l’aide des collectivités publiques, il faut noter toutefois que c’est la réfection de la rue Chateauredon qui a permis ce changement d’ambiance

- A noter que sur Belsunce, c’est la commission patrimoine du CICA qui a permis de réaliser l’exposition sur Marseille 1938-1948 qui se déroule actuellement au centre municipal Dugommier

 

Christine Breton : à nous d’inventer ; poser la question de la centralité, ce n’est pas pour arriver forcément à ce qu’on a désigné auparavant par centralité ; on peut faire des balades à l’occasion des Journées du Patrimoine ; on peut sortir aisément des ghettos, sur la cité Saint-Louis par exemple, ils ont pris le parti de se faire labelliser patrimoine du XXème siècle et à Campagne Lévêque ils ont créé des jardins en pied d’immeuble pour contrecarrer le commerce illicite (à noter qu’ils ont par la même occasion découvert des restes de la maison de Mgr de Mazenod, qui a donné son nom à cette campagne) ; à Saint-Antoine on a entrepris tout un processus de travail avec les commerçants ; on a trouvé un blockhaus sous un temple des Témoins de Jéhovah, à partir de là les gens se sont rencontrés ; la plus-value symbolique peut devenir une valeur ; à travers la démarche Hôtel du Nord, les habitants des 15ème et 16ème arr. reçoivent chez eux, les chambres d’hôte et certaines balades créent de la vie économique et on a fait 8 récits d’hospitalité qui sont mis en vente ; il faut réapprendre à écrire l’histoire avec les habitants ; on a créé une coopérative dans laquelle il y a 2/3 d’habitants des 15ème et 16ème arr. ; il y a 450 balades dans l’année, une économie patrimoniale s’est créée et la valeur patrimoniale revient avec les habitants eux-mêmes ; si l’ion note qu’on a mis 9 ans pour exister sur les 15ème et 16ème arr., cela donne confiance aux acteurs des autres arrondissements sur leur capacité à aller de l’avant.

 

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Annexe

Convention-cadre du Conseil de l’Europe sur la valeur du patrimoine culturel pour la société Faro, 27 novembre 2005 (extraits)

Préambule

Les Etats membres du Conseil de l’Europe, signataires de la présente Convention,

Considérant que l’un des buts du Conseil de l’Europe est de réaliser une union plus étroite entre ses membres, afin de sauvegarder et de promouvoir les idéaux et les principes fondés sur le respect des droits de l’homme, de la démocratie et de l’Etat de droit, qui sont leur patrimoine commun ;

Reconnaissant la nécessité de placer la personne et les valeurs humaines au centre d’un concept élargi et transversal du patrimoine culturel ;

Mettant en exergue la valeur et le potentiel du patrimoine culturel bien géré en tant que ressource de développement durable et de qualité de la vie dans une société en constante évolution ;

Reconnaissant que toute personne a le droit, tout en respectant les droits et libertés d’autrui, de s’impliquer dans le patrimoine culturel de son choix comme un aspect du droit de prendre librement part à la vie culturelle consacré par la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies (1948) et garanti par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (1966) ;

Convaincus du besoin d’impliquer chacun dans le processus continu de définition et de gestion du patrimoine culturel ;

Convaincus du bien-fondé des politiques du patrimoine et des initiatives pédagogiques qui traitent équitablement tous les patrimoines culturels et promeuvent ainsi le dialogue entre les cultures et entre les religions ;

Se référant aux divers instruments du Conseil de l’Europe, en particulier la Convention culturelle européenne (1954), la Convention pour la sauvegarde du patrimoine architectural de l’Europe (1985), la Convention européenne pour la protection du patrimoine archéologique (1992, révisée) et la Convention européenne du paysage (2000) ;

Certains de l’intérêt existant à créer un cadre paneuropéen de coopération qui vienne favoriser le processus dynamique de mise en application effective de ces principes ;

Sont convenus de ce qui suit :

Titre I – Objectifs, définitions et principes

Article 1 – Objectifs de la Convention

Les Parties à la présente Convention conviennent :

a de reconnaître que le droit au patrimoine culturel est inhérent au droit de participer à la vie culturelle, tel que défini dans la Déclaration universelle des droits de l’homme ;

b de reconnaître une responsabilité individuelle et collective envers ce patrimoine culturel ;

c de faire ressortir que la conservation du patrimoine culturel et son utilisation durable ont comme but le développement humain et la qualité de la vie ;

d de prendre les mesures nécessaires pour l’application des dispositions de la présente Convention en ce qui concerne :

– l’apport du patrimoine culturel dans l’édification d’une société pacifique et démocratique ainsi que dans le processus de développement durable et de promotion de la diversité culturelle ;

– la meilleure synergie des compétences entre tous les acteurs publics, institutionnels et privés concernés.

Article 2 – Définitions

Aux fins de la présente Convention,

a le patrimoine culturel constitue un ensemble de ressources héritées du passé que des personnes considèrent, par-delà le régime de propriété des biens, comme un reflet et une expression de leurs valeurs, croyances, savoirs et traditions en continuelle évolution. Cela inclut tous les aspects de l’environnement résultant de l’interaction dans le temps entre les personnes et les lieux ;

b une communauté patrimoniale se compose de personnes qui attachent de la valeur à des aspects spécifiques du patrimoine culturel qu’elles souhaitent, dans le cadre de l’action publique, maintenir et transmettre aux générations futures.

(etc.)

 

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Mise à jour : lundi 10 juillet 2017 | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0