Compte-rendu - 1er/09/2013

« Un vrai projet pour le centre ville ? »

Association "un centre ville pour tous"

Le 9ème Rendez-vous d’Un Centre Ville Pour Tous 2012-2013

 

Mercredi 22 mai 2013 

sur le thème :

 

 « Un vrai projet pour le centre ville ? »

 

Avec :

 

Domnin RAUSCHER

Directeur de l’Urbanisme de la Ville de Marseille

 

Laurent MERIC

Directeur Adjoint de l’Urbanisme de la Ville de Marseille

 

 

 

 

 

Rappel du cadrage CVPT :

 

L’association Un Centre Ville Pour Tous milite depuis 2010 pour la mise en œuvre d’un projet global pour le centre ville, rendu nécessaire par la situation de l’habitat et des services publics par rapport aux besoins et aspirations de la population qui l’habite.

 

Des diagnostics précis s’imposent nécessitant une concertation devant conduire à l’expression de la "maîtrise d’usage" apte à accompagner la maîtrise d’ouvrage.

 

La ville a engagé avec le support technique de la SOLEAM le "projet grand centre ville" portant sur une trentaine de sites présélectionnés.

 

La conduite du projet, la sectorisation qu’il propose et le temps qui sera nécessaire est-il compatible avec les urgences qui existent au quotidien qui résultent, pour une grande part, du retard pris ces dernières décennies par les politiques publiques ?

 

Telles sont les questions que nous nous proposons d’aborder avec l’un des responsables les mieux placés, à la ville de Marseille

 

Jean CANTON introduit la séance

Vous aviez invité l’association CVPT à assister à la présentation des études sur l’ilot Velten Korsec, à la SOLEAM l’année dernière. Je rappelle que, dans le cadre du SCOT, l’association a beaucoup regretté que les habitants du centre-ville aient été oubliés. Notre souci est d’être certains que la réalité du centre-ville ne soit pas bousculée, mise à mal, par les interventions publiques. Lors du débat sur l’Eradication de l’Habitat Indigne (EHI), nous n’avons aps obtenu de réponse sur ce que sont devenus les habitants. Par ailleurs, le bilan des Périmètres de Restauration Immobilière (PRI) est en attente, notamment des conclusions de la Chambre Régionale des Comptes (CRC). M. RAUSCHER, vous êtes présent depuis 2004, dites-nous ce que vous pensez de ceci, et essayez de répondre à la question : peut-on faire un vrai projet de centre-ville pour Marseille ?

Domnin RAUSCHER :

Aujourd’hui, il y a le projet Grand Centre Ville (GCV), la planification urbaine au travers du PLU, et des projets.

Dans le cadre du chantier « métropole », plusieurs pistes de réflexions :

Un questionnement : c’est quoi la centralité ?

Marseille est une ville-port, un lieu d’accueil et de transit. Le centre-ville s’est développé autour du Vieux Port, quels que soient les périmètres qu’on tente de définir.

La population est très mobile et précaire. Elle se renouvelle. Elle est caractérisée par un certain isolement.

L’offre immobilière ne permet pas de stabiliser les ménages, car le patrimoine est en mauvais état.

Le centre-ville reste le premier secteur économique de la ville (y compris le périmètre d’Euroméditerranée), dynamique, qui résiste bien à la crise malgré un tissu social en difficulté.

De gros investissements publics ont été décidés pour la requalification urbaine, pour les espaces publics comme la semi-piétonisation du Vieux Port, et un maillage des transports en commun à développer encore.

Le poids de l’université n’est pas neutre dans le centre-ville ; la volonté de ramener les étudiants en centre-ville afin d’optimiser cette dynamique (internat du lycée Thiers rue Sénac / Université St Charles / construction de logements étudiants).

Un travail très intéressant a été fait par l’AGAM sur les « armatures urbaines »

Depuis 2009, les élus ont voté plusieurs actions publiques : l’engagement municipal pour le Logement (2009), la requalification du centre-ville (2010 avec l’opération GCV), les Projets de Rénovation Urbaine (avec l’ANRU), l’EHI et les Opérations d’Amélioration de l’Habitat Dégradé (OAHD), le partenariat avec l’Etablissement Public Foncier (EPF, convention sur la veille foncière sur le quartier de la Belle de Mai, etc.). Nous veillons à ce que l’emboîtement de ces différentes politiques publiques ne les oppose pas l’une à l’autre.

Quant à l’opération GCV conduite par la SOLEAM : elle concerne 33 pôles, avec 127 ilots. Les projets sur ces pôles font l’objet d’études qui sont validées par le Comité de Pilotage (composé d’élus, notamment des mairies de secteur 1er/7ème, 2ème/3ème, 6ème/8ème et 4ème/5ème, et présidée par Solange Biaggi). Une politique de concertation est mise en œuvre (notamment sur la rue de la Fare, où l’on mettra en œuvre ce que la population a justement suggéré). Elle est prévue sur 20 ans. Actuellement est en cours une grosse étude sur le quartier de la Plaine (état du bâti et sociologie du secteur). Les objectifs sont : la réhabilitation pérenne et lourde des immeubles, la remise de logements vacants sur le marché et le traitement des façades sur les axes majeurs.

Je ne vous décris pas les difficultés importantes que nous rencontrons en matière de procédure : pour la récupération de biens vacants sans maître, l’expropriation de marchands de sommeil, le relogement des populations après un long travail d’identification par 12 assistantes sociales. Ces procédures sont longues et compliquées à mener. Nous sommes une des villes de France qui dispose d’un parc relais pour le relogement parmi les plus importants (130 logements gérés par le CCAS ; le 13 Belle de Mai n’est pas encore réhabilité). Concernant la copropriété Kallisté, si je n’arrive pas à obtenir dans les temps le PV de carence de la part des institutions, je perds la subvention de l’ANRU après 2013. Cette complexité rend les choses difficiles à gérer. Nous avons mis 2 ans pour obtenir un CODERST (Comité Départemental compétent en matière de Risques Sanitaires et Technologiques) spécialisé en logements ; idem pour le GOLHI (Groupement Opérationnel de Lutte contre l’Habitat Indigne – cf CR du débat du 20/02/2013 avec Arlette Fructus).

 

Questions et avis soulevés par la salle : 

  • L’exemple du pôle Velten Korsec : nous avons pris en compte les desiderata émis lors du référendum sur l’aménagement de la place de la Fare. Qu’en est-il de la démocratie participative ? Il est important de constituer un groupe référent, qui ne soit pas composé uniquement d’élus
  • Cette ville souffre de la multiplication des procédures. Existe-il des politiques ? Je me souviens de cette déclaration du Maire : « Cette ville est envahie de populations étrangères ». Le contre-exemple des PRI nous oblige à douter de ces intentions déclarées. Il y a eu la fermeture des 67 hôtels meublés, certes, mais aucune alternative proposée à la fonction que remplissaient ces hôtels meublés. Certes il y a eu un changement qualitatif depuis 2009, mais une caractéristique importante perdure : il n’y a pas de vérification avant la remise des logements sur le marché, ni sur les effets pervers des politiques publiques ; quand il y a expulsion à 6 heures du matin, vos 12 assistantes sociales ne sont pas présentes !
  • Domnin Rauscher et Laurent Méric : On ne peut pas réfléchir sur le fond quand il y a urgence. Nous n’intervenons qu’à J + 2, suite au traumatisme que génère l’expulsion, pour des solutions à court, moyen ou long termes. Mais, vous savez, même si les assistantes sociales ne sont pas là à 6 heures du matin, on a mis au point un marché avec les déménageurs qui nous permet de préserver les biens des personnes expulsées pour leur restituer, c’est le type d’actions invisibles mais nécessaires.
    La semaine prochaine, nous sortons le bilan de l’ensemble du protocole d’Eradication de l’Habitat Indigne, j’ai apporté les éléments ce soir pour pouvoir répondre à vos questions mais je ne peux pas dévoiler avant l’heure les conclusions. Vous trouverez tout ceci dans les jours qui viennent. Je prends note de remettre sur le site de la Ville de Marseille (www.mairie-marseille.fr) les arrêtés de péril.
  • Jean-Luc Duriez (Confédération Syndicale des Familles ; aussi Conseil de Développement de M.P.M.) : je comprends que vous teniez un discours de technocrate, que vous revendiquez. Mais je pense qu’il y a une politique derrière tout ceci. Comment faites-vous pour prendre en compte le devenir des habitants ? Je trouve qu’il y a un certain manque de transparence : où peut-on trouver la liste des immeubles concernés par l’OAHD ?
  • Vous parlez d’un centre-ville d’immeubles, mais il y a d’autres composantes que les seuls immeubles. L’opération GCV devait s’atteler à une échelle différente, l’ilot, dont quelques uns très larges. La délibération proposait une procédure. Mais depuis 2009, comment avance la pensée urbaine et politique sur le centre-ville ? Il est habité, avec une grande densité de population, ce qui représente autant un atout qu’une complexité. Les secteurs de la Plaine et de Noailles, qui sont parmi les études en cours, que vous apprennent-ils ? quelles idées ? quelles approches ? Et quid du référendum sur l’ilot Velten. Il y a lieu d’organiser la démarche collective et le rattrapage du retard de connaissances. Il faut rendre accessible les données urbaines. Où en est-on de l’open data ?
  • Domnin Rauscher et Laurent Méric : Nous n’avons aucune volonté d’opacité. Je pose demain la question aux élus.
  • Je constate également un changement à partir de 2009. Mais les efforts sont perfectibles : nous attendons le bilan de l’EHI, ainsi que du type de logement produit au travers de ces procédures. Avez-vous un diagnostic fin de peuplement du centre-ville ?
  • Domnin Rauscher et Laurent Méric : Nous disposons de l’étude sur les résidences fermées (PUCA)
  • La population de Belsunce semble méconnue, ce qui donne le sentiment d’un projet plutôt idéologique.
  • Domnin Rauscher et Laurent Méric : l’opération GCV ressemble à une opération d’aménagement, avec le traitement plus global tant des logements et de l’habitat que des espaces publics et des équipements publics. Un plan guide des espaces publics est actuellement en cours de constitution, qui accompagne le travail déjà fait sur le Vieux Port. Il y a aussi, ce qui peut retarder le déroulé des procédures, la différence des compétences qui relèvent de la Ville ou de la Communauté Urbaine. Le centre-ville est aussi celui d’une métropole qui rayonne.
  • Quelle est la relation entre tous ces outils ? Lors de la concertation sur l’ilot Velten, nous avons constaté qu’il n’y avait aucun logement social prévu ; et la revente des logements est envisagée uniquement au privé, tant sur la brochure qu’Arlette Fructus avait apportée concernant l’EHI, que l’ilot des Feuillants. Quelles sont les orientations ? Quelle est la relation avec le PLU (sur Korsec il y a la servitude, ancienne, de mixité sociale avec 50% de logements sociaux, mais elle est transformée en logements au financement PLS pour des étudiants, rien pour la population déjà existante et qui a besoin de logements sociaux !
  • Domnin Rauscher et Laurent Méric : vous verrez la réponse dans le rapport du PLU qui sera voté au Conseil Municipal du 17/06/13 et du Conseil Communautaire du 28/06/13. Nous sommes dans la fabrication de plusieurs types de logements. Nous favorisons également l’accession sociale avec le chèque 1er logement (qui représente 35% de sortie du logement social), nous sommes une des rares villes en France qui mène cette politique, avec une Maison du Logement qui a reçu 45 000 personnes depuis sa création en 2007. Nous avons un quota de 360 logements / an dont la moitié s’inscrit dans le cadre de l’ANRU.
  • Philippe Méjean : Nous terminons une longue recherche universitaire ayant pour thème les fragilités dans le centre-ville ; je n’ai pas le temps de vous en parler ici, et je m’en excuse. Il s’avère qu’il y a un vrai problème d’illisibilité des actions publiques sur le centre-ville tant elles sont complexes. C’est un problème politique. Pour ma part, je ne suis pas convaincu qu’il y ait eu changement. La question se pose : à quel point ce système a du mal avec son centre ? Comment le transformer en atout ? J’ai pris le temps d’analyser finement les délibérations notamment celles de février 2009 (EML) et d’ octobre 2010 (opération GCV) : dans le préambule sont constatés les graves problèmes de précarité, paradoxalement par rapport au dynamisme économique ; mais rien dans le contenu, dans le projet, ne laisse penser qu’on va faire quelque chose … il y a l’énoncé d’un enjeu, puis plus rien ! Je pense que l’action publique a des difficultés à donner du sens à ses interventions. Il y a déni à considérer le centre-ville dans sa complexité et sa richesse. On a les moyens d’avoir une connaissance fine, mais on ne se les donne pas !
  • Tout ce que nous entendons concerne l’habitat, mais le centre ville c’est cela et bien d’autres choses. Il nous manque une étape de réflexion, une vision d’ensemble, concernant le centre ville en tant que tel.
  • Domnin Rauscher et Laurent Méric : c’est aux élus de répondre sur leur vision du centre-ville. Nous avons tout lieu de penser que l’EHI va être reconduite. Quant à l’objectif de lancement des études (Korsec / Velten ; Feuillants ; La Plaine ; Noailles), il est aussi orienté selon un pragmatisme liée à des opportunités de maîtrise foncière, par exemple, ou des suites de l’OPAH de la Plaine pour autre exemple, ou selon des moyens financiers ou humains.
    Je suis content de ce débat, et suis tout à fait d’accord pour revenir après l’été discuter du protocole d’Eradication de l’Habitat Indigne après validation par les élus, ou d’autres aspects.

 

 

L’association Un Centre Ville Pour Tous remercie les intervenants.

 

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