Contribution à la réflexion et à l’action - 11/10/2013

Note sur le quartier Belsunce

Cette note a pour objectif d’inciter à la réflexion et au débat sur la situation du quartier Belsunce et les actions à entreprendre en faveur de ses habitants.

 

  1. La diversité et la particularité des habitants du quartier :

Depuis une vingtaine d’années, la population du quartier a quelque peu changé. Un sas d’immigrations diverses pendant longtemps, cette dimension s’est largement atténuée (sauf pour la dernière immigration, la chinoise). La présence commerçante est importante : commerces de gros (israélites souvent), commerces de détail (juifs, arabes, chinois), commerçants qui habitent hors du quartier. Beaucoup d’entre eux ont pu s’enrichir et ont acheté des appartements (ou des immeubles), ils ont alors accueilli divers types de locataires (devenant parfois à leur tour marchands de sommeil). De nombreuses mères d’origine algérienne (le plus souvent mères divorcées, familles monoparentales) et de nombreux enfants qui ont grandi dans le quartier depuis 20-30 ans (une époque où il n’y avait pratiquement pas d’enfants dans le quartier) vivent désormais dans le quartier. De nouveaux habitants attirés par les prix réduit de l’immobilier ou des loyers sont arrivés. Les uns se sont impliqués dans le quartier et la vie locale (créateurs culturels, nouveaux commerces), d’autres sont peu impliqués, ils sont dans le quartier, pour l’essentiel, à cause de ses avantages (bien placé à beaucoup de points de vue et proche de leur travail. D’autres sont de passage (le quartier pour eux aussi est un sas) à la recherche d’écoles pour leurs enfants et d’une ambiance (que le quartier offre peu : ni en termes de facilité pour les enfants de circuler dans le quartier, ni en termes de circulation et de stationnement, ni en termes de propreté, ni en termes de sécurité)

 

  1. La population âgée immigrée :

Depuis la fin des années 80 (guerre Iran-Irak et ses répercussions à la baisse sur le prix du pétrole, limitation des transferts de devises, restrictions à l’immigration, importation de produits chinois en Algérie directement, essor des ports concurrents comme Barcelone pour l’accueil des "touristes" algériens), la fonction hôtelière des meublés de Belsunce pour touristes de passage s’est muées en gestion d’hôtels meublés pour résidents permanents (vieux migrants), sous forme de marchands de sommeil.

Marseille Aménagement a été mandatée pour rénover le quartier (dans le cadre du PRI de 1995), elle a cherché à résorber les hôtels meublés, et au cours des années 2000 de façon parfois expéditive.

L’accompagnement des personnes âgées pour les problèmes divers qu’ils rencontrent - santé, démarches administratives, protection face aux marchands de sommeil, etc. - est essentielle. Le centre social a joué ce rôle jusqu’aux années 2000, relayé depuis par l’AMPIL (association méditerranéenne pour l’insertion par le logement). CVPT a joué un rôle important vis-à-vis des marchands de sommeil de 2000 à 2005.

 

  1. Ecoles maternelles et écoles élémentaires :

L’analyse présentée par Mme Mazzella (Annales de la recherche urbaine n°75) en 2005 est déjà ancienne, mais elle est éloquente. Pour la résumer, lorsque la ZEP a été mise en place, des moyens importants ont été donnés aux écoles élémentaires des Convalescents et Korsec. C’était une nécessité. Ces écoles ont répondu aux besoins des enfants déshérités et se sont, au cours du temps, en quelque sorte spécialisées dans les enfants déshérités, "pour" attirer ces crédits (liés à l’accompagnement parascolaire et à l’encouragement à la scolarité) ou au moins pour manifester le mieux possible cette situation d’accueil des déshérités. A l’inverse l’école élémentaire Notre-Dame qui n’a pas bénéficié des ces crédits supplémentaires, a joué un rôle d’accueil des enfants des familles qui fondaient leurs espoirs sur l’avenir de leurs enfants. Elle a joué un rôle de préservation (vis-à-vis de la pauvreté) et de promotion (par l’émulation et la qualité de l’enseignement).

Korsec et Convalescents sont en revanche, comme par le passé, marquées par la non-mixité sociale. Elles deviennent des ghettos complets, ce sont des écoles saturées, de plus elles ne peuvent pas accueillir dans leurs locaux les centres aérés (lorsqu’il n’y a pas classe). L’aide publique à l’école arrangeait tout le monde et l’inspecteur laissait faire.

Aujourd’hui, l’école maternelle Parmentier joue un rôle exceptionnel d’accueil des diverses populations, à un âge où les familles ne rechignent pas à accepter le mélange. Un effort est fait aussi, avec l’accord exceptionnel de l’inspection académique pour recevoir les parents et dialoguer avec eux sur leurs rapports avec les enfants (avec interprétariat dans les réunions, etc.). Le centre social en son temps a aidé la crèche à mettre en place une maison parentale.

 

  1. Mères, enfants, jeunes, vieux, les questions soulevées  :
  • Mères-familles monoparentales : Elles sont caractérisées par le grand isolement des femmes, certaines restent cloitrées chez elles. De nombreuses femmes sont venues à cause du terrorisme en Algérie, prêtes à faire un peu n’importe quoi pour avoir des papiers. Les enfants à la fois sources de revenu (2 à 3 enfants c’est 2 000 € d’allocations familiales) et microcosme social. Leur situation leur procure aussi, peu ou prou, la liberté de ne pas s’encombrer d’un homme. Elle s’accommodent plus ou moins au fait que, même si elles vivent mal ici, lorsqu’elles ramènent quelques euros là-bas, elles ont un pouvoir d’achat intéressant. La rencontre entre elles ne se fait pas naturellement car l’insécurité administrative et les immigrations successives sont facteur de méfiance, chacune s’isole (la confiance était plus grande dans les années 1980-1990). Il est nécessaire de développer des lieux de rencontre qui leur permettre d’échanger entre elle, d’avoir le minimum de convivialité. L’alphabétisation avec l’AFEV (association d’étudiants engagée dans l’alphabétisation) joue un rôle utile, mais victime de son succès.
  • Enfants : Dans ce contexte livrés à eux-mêmes les enfants sont encore plus perdus, les mamans réduites à la solitude ne sont pas ouvertes au dialogue avec leurs enfants. Les problèmes rencontrés développent l’agressivité des mères, des enfants et des jeunes (yc la violence des filles). Il est important de développer des lieux d’activité de loisir et sportive.
  • Jeunes et enfants, les réponses d’aujourd’hui : Un assez bon travail se fait avec le Contact club (enfants, ados) et le comité d’animation de Velten - en direction des familles et de l’enfance (centre aéré) et des activités sportives - a un rôle utile pour "normaliser" l’espace Velten qui s’était beaucoup dégradé après la disparition du centre social en 2007-2008 (incivilité, propreté, hygiène, drogue dure). L’ADDAP (association départementale pour le développement des actions de prévention 13) avec ses travailleurs de rue joue un rôle important, mais il faut mettre ensemble beaucoup d’acteurs différents. La mise en place d’un nouveau centre social se fait attendre celui-ci devrait être géré par le CCO (centre de culture ouvrière) qui agira en direction des 12-18 ans mais le CCO sera-t-il capable de prendre la mesure des problèmes qui se posent ?

Il est utile de se souvenir que le centre social a existé pendant de nombreuses années dans un contexte politique hostile, avant 1995 Loïc Fauchon, en charge de la mission centre ville (à l’époque de Vigouroux), considérait que le CS "fixait" la population pauvre dans le centre ville, et M. Chenoz, élu délégué au Centre Ville (lors des 2 premiers mandats de Jean-Claude Gaudin) appuyé par M. Roatta, maire de secteur, avait une position voisine mais plus radicale, il fallait pour lui abandonner le public suivi par la centre social et le faire disparaître peu à peu.

  • Vieux : L’AMPIL a pris le relais de l’ancien centre social (accueil, domiciliation, café, accompagnement santé), mais il faut plus et mieux. Lors de son élection comme maire de secteur, M. Mennucci a donné une place prééminente à l’Union des familles musulmanes, or la dimension confessionnelle de cette association comme son incapacité à offrir une écoute réelle aux vieux habitants du quartier est problématique. L’AMPIL qui n’a pas de financement de la ville, remplit cette fonction d’écoute autant qu’elle le peut.

 

  1. Logements  :

(nous avons beaucoup dit de choses là-dessus au titre de CVPT, développé ailleurs)

  • Trop de logements insalubres : marchands de sommeil ; absence de suivi des familles dans leurs logement ; absence de suivi auprès des propriétaires.
  • Il y a une véritable mafia des propriétaires privés  : ceux-ci sont toujours les premiers informés lorsqu’il y a vente aux enchères d’immeubles, ils les achètent à un prix "intéressant" pour poursuivre leur fonction de marchand de sommeil.
  • La rénovation des logements (d’hôtels meublés ou d’appartements anciens) a conduit à la prolifération des petits logements pour des familles de petite taille.
  • L’ANRU joue un rôle important désormais : mais travaille trop de son côté. Les autres opérateurs du logement agissent chacun de leur côté.

 

  1. Propositions glanées et réflexions personnelles :
  • Questions centrales
  • Combler les manques d’aujourd’hui sur le plan social : les habitants (femmes, enfants, scolarisés, jeunes,…) ont des problèmes essentiels à résoudre, dans le domaine du logement (logements chers, petits, peu salubres, etc.), de l’accès à des crèches et à une scolarisation de qualité, d’ouverture à la vie sociale pour les femmes, d’ouverture à la société, à la culture, à la formation et à l’emploi pour les jeunes
  • Avoir une approche sociale de ce quartier (qui est trop regardé en termes techniques : commerces, immeubles dégradés, voies de passage, espace de stationnement, etc.). Cette approche nouvelle doit être abordée à travers le regard des familles qui habitent ce quartier : circuler à pied et avec les poussettes dans ce quartier (bannir des trottoirs les voitures et les poubelles qui les encombrent), soigner tout particulièrement les écoles et les lieux d’accueils femmes-enfants, organiser et coordonner les réponses sociales aux besoins de habitants 
  • Considérer le quartier comme un quartier normal : places et squares, déambulations des personnes, lieux de jeux petits enfants et enfants, espaces d’activités sportives pour les jeunes ; sur la question de la propreté et des déchets faire un travail en profondeur ; sur le plan culturel. Entre les petits lieux (socioculturels, communautaires, peu connus ou de proximité) et les grands lieux localisés en centre ville (Criée, Alcazar, etc.), il manque un échelon d’équipements adapté aux habitants et à leur diversité. Il n’y a plus de toilettes publiques (souvent réclamées). Pour tout dire, il est temps de requalifier le quartier sans le "gentrifier", ce n’est pas parce que les habitants sont pauvres qu’ils ont droit à un quartier de pauvres (avec des services de pauvres et une absence totale de confiance dans leur capacité à respecter leur quartier)
  • Remettre en place des règles  : si la propreté n’est apparemment pas une urgence, remettre en place des règles sur cette question sera un signal concernant l’application de la règlementation, mais les règles doivent s’appliquer aussi aux éboueurs qui ne font pas tout leur travail et aux cantonniers qui ne passent pratiquement pas dans le quartier (dans le 9ème /10ème il y a 3 passages de bennes / jour et à Bonneveine il y a 3 passages de cantonniers / jour) 

 

  • Prendre en charge chaque sujet séparément
  • Un appui conséquent aux jeunes : Certes une observation toute particulière des circuits de vente illicites doit être conduite (en particulier pour la drogue), certes les travailleurs sociaux de la rue doivent être coordonnés (ADDAP, etc.), certes des loisirs et des occupations intelligentes pour le temps libre doivent être assurés par un centre social. Plus sérieusement pour responsabiliser les jeunes et les aider à construire leur confiance en eux-mêmes, à "se" prendre en charge, à l’accompagnement à la vie d’adulte, à la santé, au suivi personnalisé pour la formation et l’emploi, ces actions doivent être coordonnés et organisées par les différents partenaires de terrain.
  • Traiter les questions de logement au service des besoins des habitants  : Il y a aujourd’hui une divergence dangereuse entre la politique du bâti (ouverte en direction de nouveaux habitants) et l’action sociale (en direction des habitants en place). Le choix n’est pas fait de résoudre en priorité les besoins en logement des habitants actuels, si bien que personne n’y trouve son compte. Il faut refaire une OPAH (opération programmée d’amélioration de l’habitat) et rendre public le bilan de l’OAHD (opération d’amélioration de l’habitat dégradé) qui est en cours pour avoir un état des lieux.
  • S’attaquer plus résolument à la question des marchands de sommeil  : Ils ont des moyens importants car ils s’épaulent les uns les autres. L’AMPIL n’est pas consultée par le GOLHI (groupe opérationnel de lutte contre l’habitat insalubre, mis en place par l’Etat), c’est par le biais de la FAPIL (la fédération nationale des associations pour l’insertion par le logement), de SOS Taudis et de la Fondation Abbé Pierre que les actions sont menées.
  • Travailler la question des déplacements et du stationnement automobile  : Les automobiles sont reines. Elles ont aujourd’hui partout la priorité, elles doivent céder le pas aux piétons, à la qualité des trottoirs et au respect de ces trottoirs. Le service et le ravitaillement des commerces doit être sérieusement traités, sans bloquer les places publiques, sans entraver la circulation des piétons, sans arrêter la circulation à toute heure, en dégageant (de façon continue) les portes de sortie du quartier
  • Ouvrir les dents creuses et les espaces libres : Ces espaces ne doivent pas être des espaces pour les véhicules mais pour offrir toutes les occasions aux habitants de "respirer" (avec partage entre espaces de jeux et espaces de flânerie) ou créer des espaces jardins dans les délaissés ; pour commencer re-densifier Providence n’a pas de sens
  • Aborder la question de l’implication des commerçants dans la vie du quartier : Les commerçants ne sont pas inattentifs à la vie du quartier, en son temps M. Chenoz a tenté de les "impliquer" par le biais de l’Amicale des Algériens sur la question des poubelles… et ils apportent de loin en loin des financements pour des activités sportives, des animations sociales, des activités cultuelles (ex. un commerçant est financeur de la mosquée de Préssensé) ou pour la célébration de la place "Louise Michel". Mais il faut un travail de long terme avec eux sur leurs heures et lieux de livraison, leurs façons de se défaire des déchets (en finir avec le versement des produits alimentaires directement dans les conteneurs urbain) et de stocker leurs poubelles et cartons, de stationner leurs véhicules, de préserver les emplacements des conteneurs, de préserver les trottoirs, etc.. Il y a un échec économique total sur la Halle Puget, la question doit être reprise (librairie, services, photocopie pour les étudiants, etc.), et la rénovation économique doit mêler sécurité active et sécurité passive
  • Traiter la récupération des déchets et la propreté  : Un travail très approfondi doit être conduit sur la question de la récupération des déchets (les restaurants qui vident leurs poubelles de nourritures non consommées directement dans les conteneurs sont encore nombreux). L’accès aux conteneurs est très difficile (et les véhicules en stationnement anarchique amplifie le problème) et ces conteneurs bloquent trop souvent les déplacements des piétons ; le travail sur le tri des déchets est possible mais seulement si le travail pédagogique, basique, sur la mise en place des conteneurs et leur utilisation des organisé
  • Les nœuds de vie sociale doivent être identifiés et protégés : L’espace Velten souffre de l’enjeu stratégique et politique dont il est l’objet, il doit devenir le lieu de vie et d’animation - protégé - dont les habitants ont besoin : base de travail pour le contact Club, le centre d’animation jeunesse, le gymnase, les activités femmes (art floral, atelier couture, café algérien), association sportive pour les tout petits, UFOLEP, Belsunce foot, mini-stade, base d’activité jeunes à partir de la 6ème (soutien scolaire, sorties culturelles et sportives). Il y a eu une perte de savoir-faire en ce qui concerne l’animation, il faut mettre en place une animation permanente, avec les mamans, et avec les écoles ; un atelier culture avec un artiste aurait du être mis en place dans le cadre de MP 2013…

 

  • Puis, prendre en charge tous les sujets globalement
  • Un projet pour le quartier Belsunce qui prenne en compte globalement le quartier et construise les cohérences ; l’accompagnement social doit être géré en relation étroite avec la politique de l’habitat ; une équipe pluridisciplinaire - pilotée par le politique - qui gère l’ensemble
  • Le projet pour ce quartier doit s’intégrer dans le projet centre-ville : la réussite du projet centre-ville est conditionnée par un travail "au petit point" sur chaque quartier qui le compose ; en même temps les projets de chaque quartiers doivent être complémentaires (chaque porte d’entrée ou de sortie débouche sur un axe important et sur un autre quartier).

 

  1. Une politique ?
  • Il y a besoin d’un véritable courage politique qui tranche résolument avec l’abandon de ce quartier qui remonte à plusieurs décennies. Ce courage doit s’inscrire dans une politique plus globale pour la ville, qui mette un terme aux clientélismes politiques, renouvelle le personnel municipal.
  • Un outil de gestion générale coordonnée devrait être mis en place pour ce quartier, un tableau de bord qui analyse les différents publics et leurs besoins, et mette en évidence les manques flagrants ou non.
  • Une action publique qui mette en œuvre en multi-partenariat les besoins qui seront analysés collectivement. 

Christian (septembre 2013)

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