Compte-rendu - 12/07/2004

RENCONTRE AVEC LE SOUS-PREFET À LA VILLE

Déclaration d’utilité publique, réhabilitation, éradication de l’habitat indigne

"Il y a de la politique parce qu’il y a une cause de l’autre, une différence de la citoyenneté à elle-même" (1). Cette cause de l’autre, ici, c’est celle de ceux qu’on appelle les plus démunis, les plus fragiles - les plus fragilisés, les plus exploités ? - ceux à qui sont déniés les droits fondamentaux, le droit à se loger dignement, à travailler dignement, à vivre dignement. Cette différence de la citoyenneté à elle-même, ici, c’est celle qui me fait ne pas me reconnaître dans un ordre où nombre de ceux qui nous gouvernent, nombre de ceux qui ont voulu assumer le commandement de la cité et les charges de la chose commune cessent de vouloir que l’égalité inscrite au fronton de la République soit mise en œuvre et vérifiée dans chaque acte de la vie de la cité. Et c’est parce qu’être gouverné, ce n’est pas subir, qu’il faut aujourd’hui réinvestir le sens du mot citoyen - les mots sont importants - et aller exiger de nos représentants qu’ils n’oublient pas ce pour quoi nous les avons choisis : notre désir de justice, la réalisation de l’égalité de tous avec tous.

Un rendez-vous avec M. Ballaguy, sous-préfet à la Ville.

Martine Derain, Nouredine Abouakil et Daniel Carrière sont ainsi allés le 7 juin travailler avec M. le sous-préfet à la création continuée de l’égalité.

Premier point évoqué, la Déclaration d’Utilité Publique sur le périmètre Noailles.
Le mémoire en réplique de Centre Ville Pour Tous ne doit pas être perçu par M. le préfet comme une attaque mais comme une interrogation ou une mise en garde sur le bien-fondé de la concession et l’objectif public de ce dispositif. Le mémoire a permis d’exiger de Marseille Aménagement qu’il fournisse des informations sur sa méthode et sur ses résultats. Marseille Aménagement abuse le préfet comme les élus, en fournissant des données faussées, la mise en œuvre des actions menées n’étant jamais explicitée ! Et comme notre association ne travaille que sur des faits avérés, en voici quelques-uns, sur l’une des missions essentielles du concessionnaire, le relogement. Sont comptabilisés comme relogés : ceux qui sont rentrés au pays ! ceux qui ont placé leurs biens dans des garde-meubles ! ceux qui ont été déplacés alors que rien ne l’exigeait, mais qui habitaient dans des immeubles qui intéressent Marseille Aménagement ! On peut noter que malgré les obligations des dispositifs publics, dans les immeubles ne présentant pas d’intérêt pour le concessionnaire, les travaux ne sont pas réalisés ! Comment croire en l’honnêteté de Marseille Aménagement qui déclare avoir acheté 15 070 m2 représentant 44 immeubles entiers ainsi que 9 501 m2 de 28 hôtels meublés alors que seuls...154 relogements ont été effectués depuis le début de l’opération de réhabilitation ! Exigeons de Marseille Aménagement une information claire !

Second point, les pressions.
Il est désormais avéré - des témoignages sont recueillis - que des pressions sont effectuées sur des petits propriétaires pour qu’ils vendent et sur des locataires afin qu’ils quittent leurs logements. L’un d’entre eux qui vit depuis 30 ans rue Bernard du Bois ne peut acheter son appartement, qu’il a pourtant entretenu et rénové à ses frais ! Concernant les meublés, Nouredine utilise le terme de « partenariat » ou « sous-traitance » pour qualifier les pratiques qui « lient » Marseille Aménagement et certains propriétaires d’hôtels : en effet, les immeubles valent plus cher vides qu’habités - la jurisprudence du 6 rue de la Fare le prouve - et le « sale boulot », l’expulsion sans relogement est alors exécutée par les propriétaires et les marchands de sommeil. On peut bien parler de partenariat puisque les deux parties sont gagnantes ! Un autre élément sera souligné à propos de ces meublés, l’Hôtel Achille a été fermé pour péril imminent et non pour péril simple, et de simple à imminent, on passe de la responsabilité de la Ville à celle de l’Etat : la Ville se décharge ainsi de ses responsabilités vis-à-vis des habitants comme de l’Etat, c’est une « bombe à retardement » pour l’Etat, prévient Daniel. Le code de l’urbanisme et de l’expropriation est contourné, exigeons son respect, exigeons le respect de la loi et du droit !

Troisième point, l’affiche sur les portes des immeubles vacants, l’exigence de logement social.
L’affiche rappelle la déclaration de politique générale du conseil municipal du 24 juin 1996, qui promet : « les besoins en logements sociaux seront assurés plutôt par la réhabilitation de l’habitat ancien traditionnel, cette mesure étant dictée par le fait qu’il existe sur les premier et deuxième arrondissements de nombreux appartements vacants ». Sur cette affiche sont ainsi confrontés cette déclaration, la liste des immeubles vacants aujourd’hui, le nombre de demandes insatisfaites - 15 000 sur tout Marseille en 2003 ! et le nombre des logements sociaux livrés en centre-ville dans le même temps : seulement 70 ! Le directeur de Marseille Aménagement Charles Boumendil confirme : il s’agit bien d’une question de volonté politique. Regardant l’affiche apportée par la journaliste de M6, il déclare dans le journal du soir du 4 juin : « Ces immeubles sont mis en travaux par les gens qui nous les rachètent. Est-ce que les immeubles quand ils ont été réhabilités, doivent être affectés au logement social, c’est une question de politique publique à laquelle il ne m’appartient pas de répondre. La vocation, la destination de ces immeubles, ce n’est pas notre responsabilité. » Il serait possible, dans certains d’entre eux, de faire des logements sociaux, que la ville tienne sa promesse ! L’affiche sera collée sur ces portes qui ne s’ouvrent pas pendant tout le mois de juin, au Panier, à Belsunce, à Noailles et rue de la République.

Quatrième point, la spéculation et l’argent public.
Ce qui se passe rue de la République nous y amène franchement : la spéculation doit cesser, les investisseurs privés - qui bien souvent n’ont jamais vu Marseille et dont l’intérêt est purement financier, maximum de profit, minimum d’investissement et d’entretien - bénéficient de la défiscalisation prévue dans ces dispositifs et reçoivent des subventions publiques pour rénover les façades et réhabiliter les appartements, ils doivent respecter leurs engagements ! Exigeons un suivi de ces réhabilitations, exigeons qu’elles soient de qualité, exigeons enfin un contrôle de l’argent public !

Seront ensuite évoqués les moyens humains et économiques de l’association et... sa "mauvaise réputation". Pour terminer cet entretien, M. Ballaguy, très attentif à tout ce qui a été dit, nous précise qu’il rendra compte au préfet et nous convenons ensemble du fait qu’il est possible et souhaitable d’utiliser nos analyses pour les faire valoir auprès de la Ville et de son concessionnaire afin que la loi soit respectée ! La réhabilitation est nécessaire, indispensable, nous la voulons comme M. le préfet et M. Ballaguy la veulent : exigeons qu’elle ne se fasse pas au détriment des habitants actuels et souhaitons la bienvenue aux nouveaux !

(1) Jacques Rancière, Aux bords du politique, La fabrique-éditions, 1998

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