Compte-rendu - 12/07/2004

Dans un désert...l’appel aux élus de la Ville de Marseille

Débat public du 14 juin 2004

Dans un désert ... un appel aux élus, le 14 juin 2004

Présente : Anne-Marie Valenza, PS. conseillère d’arrondissement 1/7e,
Excusés : Guy Tessier (UMP), Philippe Sanmarco (Convention citoyenne), Claude Grillet (Convention citoyenne) conseillère d’arrondissement 1/7e, Joëlle Boulet (Vert)
Absents : tous les autres
Est parvenue une lettre du 18 juin de Dominique Tian (UMP) qui évoque surtout la ZAC du Rouet

Depuis septembre 2001, l’association n’a pas cessé d’interpeller nos élus : Jean-Claude Gaudin, qui n’a jamais voulu nous recevoir - les représentants des groupes politiques - voir sur le site l’appel aux élus et aux pouvoirs publics, l’historique et les comptes-rendus de ces rencontres - les élus du Conseil Municipal et de la Communauté urbaine - tous ont reçu notre lettre d’invitation à un débat public sur la réhabilitation du centre-ville, dans laquelle nous ne cachions ni notre détermination à défendre les habitants les plus menacés ni notre volonté d’exposer publiquement des faits, nos analyses et nos propositions.

Daniel Carrière : Nous savons que les élus ont beaucoup de charges et nous pouvons comprendre qu’ils ne soient pas disponibles pour toutes les invitations qu’on leur fait. Ce que je n’arrive pas à comprendre... il y a quand même un principe républicain, et de politesse ! quand on ne peut venir, on peut dire « excusez-moi » ! Pourquoi si peu de réponses ? Quelle erreur avons-nous commise ? Erreur de date, de casting ou de langage ? Le sujet est-il si difficile qu’il ne fait pas recette ? Est-ce que tout le monde est mal à l’aise et préfère s’abstenir ?

Nouredine Abouakil : Moi j’avais beaucoup d’espoir dans le fait que des élus de tous bords viennent échanger avec nous, mais je suis profondément déçu. Ma déception est immense : le concessionnaire, tout le travail qu’il fait, il le fait sous le contrôle des élus. Un élu quand il se présente au suffrage universel, c’est pour assurer ses responsabilités correctement, or nous sommes pour la réhabilitation - quelqu’un qui a vu les logements indignes ne peut être que pour la réhabilitation ! - mais nous voulons une réhabilitation qui profite à tous. Il y a une différence entre les documents présentés au préfet et aux élus et la réalité des faits. L’intérêt des élus, c’est de venir rencontrer les habitants pour vérifier ou non ce décalage entre ce qui est dit et ce qui est pratiqué, une proximité oui, qui ne serait pas une proximité d’obligés, une proximité de citoyens libres (...). Il y a un mécanisme technique derrière lequel il y a des experts et les élus se sentent dépossédés de leur devoir de contrôle de ces experts. Nous ne parlons que de choses avérées, il y a une volonté de changer la cartographie des habitants, locataires ou petits propriétaires : l’intérêt des élus à nous rencontrer, ce n’est pas que nous avons la parole révélée, loin de là ! c’est simplement d’entendre une autre version des faits. Je suis loin de penser que tous les élus sont d’accord avec ce qui se passe ! Mais ceux qui peuvent prendre la parole pendant une heure sur l’augmentation de la prime de Noël ne font pas leur travail : parce que ce serait bien que ceux qui ont la prime de Noël la touchent dans leur logement ! C’est contradictoire, je ne comprends pas ! (...) Les élus ont voté une déclaration d’utilité publique, « clean » telle qu’elle est écrite, mais si vous faites une confiance aveugle à M. Gaudin, qui déclare à la Tribune le 5 décembre 2001 que le centre-ville est envahi par des gens d’origine étrangère et des gens qui ne payent pas d’impôts... comment faire confiance à quelqu’un qui présente ce texte « clean » et dans le même temps fait une telle déclaration publique ? Je ne peux répondre à la place des élus ! (...)

C’est encore d’égalité dont il s’agit : Nouredine dit de nos élus qu’ils se sentent dépossédés de leur devoir de contrôle des experts - mais ne l’ont-ils pas abandonné, ce pouvoir de contrôle ? N’ont-ils pas oublié leur propre puissance en se soumettant à celle des experts ? Il y a des experts en nombre de matières, en matière de droit comme en matière d’immobilier ou de réhabilitation - mais il n’y en a pas en matière d’égalité - ou plus exactement l’égalité n’existe que là où cesse le pouvoir des experts, nous rappelle Rancière. Et dans ce recours aux experts, c’est la démocratie qui se trouve ramenée à sa caricature, le gouvernement des savants. Alors, quel espace nous reste-il pour créer de la démocratie, questionnait Christian de Leusse ce même jour ? Comment exercer notre pouvoir de simples citoyens - expert en rien, spécialiste en rien, je parle encore une fois en mon nom - comment continuer à faire de la démocratie ce pouvoir paradoxal de ceux qui n’ont pas de pouvoir ?

Nouredine : Nous essaierons de rencontrer des élus plus tard, s’ils veulent connaître les éléments dont nous disposons.

Daniel : Nous ne faisons rien d’extraordinaire, nous voulons seulement être aux côtés des plus pauvres quand ils sont menacés, parfois physiquement, d’éviction ou d’expulsion, être à leurs côtés pour introduire des recours, dont certains ont été gagnés et font jurisprudence. Aujourd’hui, les expulsions formelles ou informelles continuent, la violence est toujours là, nous ne baisserons pas les bras.

Pour conclure et avancer - nous sommes bien au tout début d’une crise majeure du logement, et qui touchera presque tout le monde d’ici peu ! - une proposition de Lionel de Coninck :

Lionel : Il faudrait revoir la politique immobilière depuis la réforme Barre de1977. Je cite M. Gaudin dans la Provence de ce samedi, qui donne l’objectif à atteindre. Ce qu’il veut construire coûte 2100 euros le m2, faites la multiplication pour un couple avec deux enfants, sur la surface nécessaire, 100m2. Comparez au pouvoir d’achat des marseillais, vous avez la solution à notre problème, ou plutôt la nature du problème à résoudre ! Même avec les aides au logement, le FSL... tout ça ne servira à rien. La résidence Abbé Pierre a coûté les yeux de la tête en subventions, ça permet de loger dix familles, ce n’est pas à la mesure du problème ! Ne faudrait-il pas articuler la question du logement des plus fragiles avec le logement des actifs salariés ? Travailler ensemble avec les associations et les habitants, bâtir un projet ?

Une amie disait hier : il ne faut pas non plus oublier le principe d’espérance. Et continuer la critique - qui n’est pas une passion de la tête, mais la tête de la passion (1)- être vigilants, les expulsions se produisent souvent l’été, comme passent souvent l’été les lois les plus répressives - préparer les actions à venir.

Ne pas baisser les bras !

(1) Karl Marx, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, 1844

Consultez aussi Agir dans le désert ? ...Ne pas baisser les bras !

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