Compte-rendu - 22/01/2014

" Un projet pour le centre ville est-il possible ? "


 

Le 3ème "Rendez-vous de Un centre ville pour tous

Pour l’année 2013-2014

Mercredi 11 décembre 2013

sur le thème :

 

" Un projet pour le centre ville est-il possible ? "

 

Avec :

Philippe MEJEAN

Urbaniste et enseignant-chercheur

 

 

Rappel du cadrage CVPT :

 

Appréhender le centre ville et lui donner toute sa place dans un véritable projet de développement social et urbain de la ville est-il à ce point difficile ?

Depuis des décennies, les municipalités interviennent sur le centre ville par des opérations diverses, souvent ponctuelles, sans être capables de prendre en compte toute sa diversité et sa complexité.

S’occuper tour à tour de la Canebière, du métro, du bâti, de la gare Saint-Charles, du tramway, d’Euroméditerranée, du Vieux-Port ou de la Porte d’Aix, cela fait-il une politique cohérente ?

Choisir de donner la priorité aux nouveaux habitants à Belsunce ou rue de la République cela construit-il une société nouvelle ?

Le centre ville n’est-ce pas plutôt un ensemble indissociable d’espaces publics, de circulations, de logements, d’équipements, d’habitants anciens et nouveaux, qui doivent être pris simultanément en compte ?

Dans le cadre d’une recherche nationale sur les « fragilités urbaines », menée en partenariat avec Marseille Provence Métropole, le LIEU/CIRTA, laboratoire de recherche de l’Institut d’Urbanisme et d’Aménagement Régional (Aix-Marseille Université), s’est penché sur la difficulté récurrente des pouvoirs publics à concevoir et à mettre en œuvre un projet global pour le centre ville, et a tenté d’en comprendre les raisons et les implications.

Cette incapacité tient sans doute à des options politiques ou idéologiques, pas toujours explicitées (donner une nouvelle image de la ville, "nettoyer" le centre ville, etc.), mais également à des choix technico-administratifs : en particulier celui qui a été fait de dissocier l’action publique en matière d’habitat de celle mise en œuvre dans le cadre des contrats de développement social et urbain.

Dans quelle mesure ce récit analytique qui traite de quarante années d’interventions sur le centre ville peut-il contribuer aujourd’hui à renouveler notre regard et à concevoir une alternative originale pour un territoire aux enjeux multiples et souvent contradictoires ?

Pour en parler, nous vous proposons de rencontrer un des membres de l’équipe de recherche.

 

Philippe Méjean

Mon exposé concerne une recherche pour le ministère de la Ville (PUCA-recherche urbaine) réalisée récemment par le CIRTA en coordination avec la communauté Urbaine MPM, par une équipe (Brigitte Bertoncello, Frédérique Hernandez, Angelo Bertoni et Philippe Méjean).

L’étude découle de la double délibération semblable adoptée par la ville de Marseille et la CUM en février 2009 sur le projet Centre Ville-Vieux Port, l’objectif des 2 partenaires était alors de se doter d’un projet pour le centre ville.

L’enjeu était pour moi de voir comment les élus géraient (ou pas) la contradiction classique entre un quartier à l’identité populaire marquée et la valorisation des fonctions de centralité pour un cœur de capitale ; en menant une enquête historique et en repérant l’éventuelle nouveauté du projet de requalification globale qui s’affiche à la fin des années 2000.

L’historique concerne la généalogie croisée des « projets urbains pour le centre », des « démarches contractuelles de la politique de la ville, et des procédures de requalification des logements, depuis la fin des années 1970 où le 5ème mandat de Gaston Defferre marque la fin du modèle de "rénovation urbaine"(raser le centre ville au profit d’un centre directionnel) dans un contexte où les maires aspirent à la décentralisation.

On peut découper ces 30 années en 3 séquences, liées notamment aux maires successifs.

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  1. 1977-1989 : 5ème mandat de Gaston Defferre complété par le 6ème mandat écourté

Le pouvoir politique, contraint de construire une réponse inédite, ouvre une réflexion globale.

L’AGAM (avec Ariella Masboungi en particulier) et le secrétariat général à l’Expansion (avec à sa tête Philippe Sanmarco) interpellent clairement les politiques sur les risques d’une reconquête du centre ville par les marseillais aisés et sur la question du respect de sa vocation populaire. La question sociale est dès lors liée à la question du bâti.

Les élus ont eu de la peine à se décider. Il a fallu attendre 1986 pour avoir une délibération "Rapport d’orientation Centre Ville", courageuse dans son principe mais peu dans la déclinaison de l’action à engager. C’est la 1ère fois qu’apparaît un périmètre dans le cadre d’un projet. Il y a un jeu d’interpellation réciproque intéressante entre la technostructure (AGAM, SG à l’Expansion) et les élus.

C’est le début de la programmation incitative les OPAH (opération programmée d’amélioration de l’habitat) de 1983-1989, mais sans lien avec un projet stratégique pour le centre ville ; la procédure d’OPAH semble se justifie par elle-même, ce qui est évidemment problématique.

La mise en place en 1984 des premiers programmes DSQ (développement social des quartiers) concernent peu les quartiers des centres ville, pourtant 2 sont retenus à Marseille, Panier et Belsunce, avec l’idée de relier l’intervention sur le bâti et l’action sociale. Avec le DSQ, il fallait tout inventer (dans un contexte difficile où Marseille Sécurité stigmatisait la présence "arabe" en centre ville). La question de savoir de quelle Direction relèverait le DSQ, plurisectoriel par définition, a été tranchée en confiant le DSQ à la Direction de l’Habitat. Et le DSQ tout jeune a des difficultés à prendre sa place, et l’amorce du DSQ est un peu ratée.

 

  1. 1988-1995 : mandat de Robert Vigouroux

L’objectif est de moderniser le centre à partir de la Canebière. Il y a alors un appauvrissement de la pensée urbaine. Le Plan Canebière est décevant, il s’agit seulement de faire une vitrine. Et les 50 projets de RP Vigouroux tournent autour des quartiers de l’hyper centre sans vraiment les prendre en compte.

Le projet est d’inciter l’investissement privé, par l’investissement public, et l’incitation publique, en travaillant sur l’image.

Ariella Masboungi essaie d’attirer l’attention de la ville sur la question du centre.

On a fait un plan de référence, en préalable à toute enquête publique, afin de lancer une étude sur le PRI Thubaneau en particulier.

Le maire s’y intéresse peu d’autant que se profile en 1992 la mission Masson, préfiguration d’Euroméditerranée, ainsi que le Grand Projet Urbain décidé en 1991 et mis en place en 1993 sur les 15ème et 16ème arr. Et le centre ville fait les frais de ces 2 projets qui sont fortement dotés financièrement.

La réhabilitation incitative par le biais des OPAH (opération programmée d’amélioration de l’habitat) se poursuit à grande échelle. Même si Robert Vigouroux n’est pas convaincu par ces OPAH qui lui paraissent chères. On s’oriente dès lors vers le PRI (périmètre de restauration immobilière) - plus contraignant - combiné à l’OPAH qui est incitative. Mais la technique du PRI qui est une méthode, va devenir par la suite une véritable politique.

Dans le domaine de la politique de la ville, le DSQ est remplacé par le Contrat de Ville qui est plus global. Et Marseille qui est à la pointe du combat, récupère en 1991 l’un des 1ers Contrat de Ville, impliquant tous les services municipaux. M. Daniel Grande est placé auprès du secrétaire général de la Ville, mais les chefs de projet politique de la ville sont interdits de collaborer avec lui !!! De ce fait ce contrat de ville se met en place dans des conditions calamiteuses.

A sa nomination, la ministre des affaires sociales, Simone Veil, stoppe les contrats de ville en préparation , mais l’échéance du nouveau Contrat de Plan 1994-1998- dont le contrat de ville avait vocation à être l’un des volets -, oblige finalement à les signer dans une précipitation certaine ! Dans un tel contexte, le contrat de ville de Marseille est largement virtuel. Et les chemins divergent entre la politique de requalification urbaine (Canebière, Euroméditerranée, GPV) et la politique de la ville globale qui est finalement davantage thématique que territoriale.

 

 

  1. 1995-2008 : mandats de Jean-Claude Gaudin

Quel projet pour le centre ville ? rien.

En 1995, M. Chenoz, conseiller municipal délégué au Centre Ville, présente un dossier de presse intitulé : « Le projet centre ville : faire revenir la population en centre ville".

Il faut endiguer le phénomène d’appauvrissement de la population à l’américaine, avec 3 axes stratégiques : les résidents avec un effort pour faire venir une population plus jeune ; les semi-résidents (étudiants ou touristes) ; les non-résidents qui viennent chaque jour.

L’action coercitive est engagée avec le PRI, le projet Centre ville recouvre le périmètre d’Euroméditerrannée et le périmètre d’intervention Centre ville.

En 1997 est dressé le Schéma de cohérence Marseille 2015 (avec diagnostic et programme d’action) avec pour thème : "Marseille a radicalement changé, un cœur musclé pour une ville réunifiée".

On fait comme si. C’est un morceau d’anthologie. Aucun dispositif ne se met en place, c’est du traitement magique, on considère comme acquis qu’il y a un projet pour le Centre ville, à côté des 2 autres projets : Euroméditerranée et le GPV.

1995-2008 sont des années très chahutées au niveau national : Contrat de ville 1994-1998, puis Pacte de relance 1996 avec ses zonages à l’intérieur des villes (ZUS, ZRU, ZFU). Il y a 2 registres différents de dialogue avec les maires, contractuel avec les contrats de ville et règlementaire avec les zonages . Et soudain revient un ministre de gauche, à la faveur de la dissolution surprise de 1997, et un gouvernement de cohabitation 1997-2002.

En 2002, le ministre délégué auprès de M. Fillon, M. Borloo, ne veut pas de contrat de ville, il veut de la rénovation urbaine. Marseille bénéficiera d’une opération ANRU (agence nationale de rénovation urbaine) dans la ZUS centre Nord.

L’impact est fort pour la ville, les esprits sont prêts pour cette dérive.

On a à nouveau une rupture claire entre les investissements lourds (le hard) et l’action sociale (le soft). Avec la loi Borloo de 2003, personne ne s’intéresse plus au Contrat de Ville.

En 2007 se mettent en place les CUCS (contrats urbains de cohésion sociale) avec deux équipes différentes, l’une dépendant du GIP (groupement d’intérêt public) politique de la ville, puis CUCS (les chefs de projet), l’autre dépendant du GIP GPV (grand projet de ville) avec des guerres quotidiennes. Frictions renforcées par le fait que les équipes duGPV, du CUCS et de Marseille aménagement ont chacune leur culture.

Que retenir de ces séquences successives : une grande difficulté pour le pouvoir politique de formuler un projet pour le Centre, de ce fait le débat ne s’installe pas ; un traitement séparé entre l’action en faveur de la population et l’intervention sur le bâti, les choses sont sectorisées, "tronçonnées" , avec des maîtrises d’ouvrage multiples, et une grande défaillance du côté de la gouvernance ; une panne complète de la participation et de la concertation.

 

En 2008-2009 qu’est-ce qui change ?

La délibération conjointe de février 2009 adoptée par la CUM et la Ville, concerne le document de l’AGAM sur le cœur de ville, elle abouti au projet de 2013 concernant le plan d’eau du Vieux-Port et son pourtour. Le changement de majorité à la CUM en 2008 a abouti à un accord de gouvernance qui n’est que technique et financier, mais si l’on lit avec attention les 2 délibérations, il n’y a pas tout à fait la même intention, le projet de ville est à renforcer pour l’un, mais à établir pour l’autre, et on crée un Comité de pilotage du Centre ville-Vieux-Port (qui ne s’est jamais réuni…).

On a un "projet" Grand Centre ville et un mode opératoire (avec des "patates") appuyées pour certaines sur l’ANRU, destinées à corriger les dysfonctionnements urbains qui perdurent. Mais la question qui se pose est de savoir comment ces patates incluses dans le périmètre ZUS feront, ensemble, un projet.

L’ANRU a choisit dans les patates de ce grand projet centre ville, ce qu’elle voulait bien.

Le chef de projet et l’AGAM ont fait une contribution pour le PLU en 2011 qui est resté confidentiel : une qualité de vie et une qualité résidentielle pour attirer les nouvelles populations plutôt que d’intensifier l’immobilier et l’attractivité.

Le GIP MRU (Marseille rénovation urbaine, qui a succédé au GIP GPV) a formulé une proposition dit Acte 2 du renouvellement urbain, en 2012, soulignant les précarités intenses, destinée à traiter en même temps le social et la revalorisation urbaine, suggérant pour la 1ère fois une vraie superposition des périmètres d’intervention : CUCS, ZUS, ANRU.

Pour demain ? La politique de la ville revue et corrigée devrait intégrer la requalification urbaine dans les contrats de ville, avec suppression des zonages. La nouvelle géographie prioritaire doit être annoncée en janvier 2014, elle sera fondée sur les revenus des habitants. Au-delà il y aura les élections municipales de 2014 (et ses conséquences sur la majorité au sein de la CUM), il y aura aussi la création de la métropole.

En attendant les 500 000 € d’études mises en place sur St-Charles, Belsunce et Noailles, devraient être l’occasion d’être un peu intelligent.

 

Questions et avis soulevés par la salle : 

-  Il y a une erreur d’analyse lorsqu’on rêve d’équipements publics fondés sur l’attractivité (come le projet de casino), ce sont plutôt les équipements publics sociaux qui sont nécessaires

- La connaissance de l’évolution de la population sur longue période manque un peu, il faut noter toutefois que l’étude effectuée par le Compas permettra de suivre l’évolution à l’ilot depuis 1990

- Il y a quelque danger à définir le centre ville par ses fragilités, il est très important de travailler aussi sur les forces et les opportunités ; dans la loi les conseils citoyens devraient être le lieu d’expression de ces forces

 

La séance est levée à 20h.

L’association Un Centre Ville Pour Tous remercie notre intervenant.

 

Annexe :

 

POLITIQUE DE LA VILLE

CONTRIBUTION EQUIPE GRAND CENTRE VILLE - AGAM

AUX TRAVAUX DE REVISION DU PLU DE MARSEILLE

Pour faire suite à la réunion partenariale associant les acteurs de la politique de la ville autour des travaux « armatures urbaines » et « projet municipal », l’équipe du territoire « Grand centre ville » du CUCS propose dans la présente note quelques éléments de réflexion concernant son territoire d’intervention. Précisons que celui-ci se compose de deux secteurs opérationnels : Saint Lazare-Saint Mauront-Belle de Mai (3ème arrondissement) et Centre ville (principalement le 1er arrondissement ainsi qu’une partie des 2ème, 5ème et 6ème)

 I - PREALABLE : FAVORISER DES INTERVENTIONS MULTITHEMATIQUES ET CONCERTEES

Dans un contexte de stratégie annoncée dans le projet municipal « Densification », donner la priorité à la qualité du cadre de vie, indispensable pour attirer de nouvelles populations plutôt qu’à l’intensification de la production de programmes immobiliers, soit :

- Procéder au ménagement de respirations en conservant et en produisant des espaces aménagés mais non bâti,

- Réserver des espaces à vocation d’équipements afin d’améliorer l’offre existante :

- dé-densifier les équipements scolaires et de produire une offre complémentaire qui fait ou fera défaut au regard des évolutions prévisibles de la population et des évolutions démographiques d’ores et déjà constatées sur le centre ville…

- Introduire ponctuellement une offre complémentaire de commerces et services

 1 - Articuler les projets urbains

Le grand centre ville fait l’objet de nombreuses interventions urbaines en cours ou programmées (ANRU, Euroméditerranée…). Il mobilise de la part des collectivités mais également de partenaires privés des investissements importants dont l’effet de levier devrait avoir un impact positif sur l’ensemble du territoire.

Toutefois, l’articulation territoriale et programmatique de ces interventions financièrement complémentaires, apparaît parfois incomplète. Il est particulièrement important dans le cadre du PLU de cibler les interstices entre ces projets afin de favoriser leur intégration dans l’existant (tissu urbain et social) et de développer une vision fédératrice de ces territoires. L’inscription de ces interventions dans le cadre du PLU confère à celui-ci sinon un rôle d’ensemblier tout du moins un point de vue global facilitant ainsi l’identification des articulations à développer.

Ces multiples interventions interrogent quant à la gestion des transitions durant les périodes précédant les interventions et durant les travaux. 

 2 - Définir et inscrire des orientations d’aménagement pour les territoires jusqu’alors ignorés des interventions urbaines

De nombreuses interventions ont été réalisées ou sont programmées dans le territoire du grand centre ville. Toutefois, certains quartiers en sont restés exclus ou ont été concernés par une programmation thématique qui n’a pas permis de réduire leurs dysfonctionnements.

Ces territoires doivent être intégrés au PLU sous la forme de projets urbains prenant en compte les différentes problématiques dont ils relèvent (habitat, commerces, espaces publics, desserte, sécurité et gestion, peuplement …)

L’enjeu est double ; il s’agit d’une part d’éviter le décrochage pour les quartiers déjà fortement dégradés et précarisés notamment avec les territoires concernés par des interventions de rénovation urbaine. Les territoires cibles sont en particulier Noailles, Montolieu Bon Pasteur, Belle de Mai-National.

D’autre part, il est nécessaire de prendre en compte la spécificité de ces territoires. La fonction d’accueil des populations les plus précaires qu’ils opèrent à l’échelle communale ne peut être ignorée dans l’évolution future de la ville.

 II - OBJECTIFS STRATEGIQUES POUR LE GRAND CENTRE VILLE

Les différentes échelles de fonctionnement de ce territoire se superposent sans réelle articulation. Ainsi, les centralités sont multiples et se télescopent. Dans ce contexte, les carences qualitatives des services de proximité (enseignement, commerces, transports…) et du cadre de vie nuisent à l’attractivité et au développement de la fonction métropolitaine de ce territoire.

Les orientations proposées préconisent des interventions sur l’échelon de la proximité, en particulier la fonction résidentielle. Il s’agit d’améliorer le confort de vie des habitants tout en renforçant l’attractivité d’ensemble du territoire, son unité et son positionnement dans la hiérarchie urbaine. L’objectif est également de « fidéliser » une population qui connaît actuellement un important turnover tant dans le locatif que chez les propriétaires.

 1 - Conforter les centralités de proximité

Pour apporter une réponse en adéquation avec les attentes des habitants (actuels ou futurs), les orientations du futur PLU devront permettre d’améliorer la qualité résidentielle du Grand centre ville.

Spatialement, la fonction résidentielle s’organise autour de nombreuses centralités de proximité chacune d’entre elles ayant ses propres caractéristiques urbaines, sociales, économiques, ses atouts et ses carences.

Au regard de la configuration du Grand centre ville, l’amélioration du cadre et des conditions de vie s’appuie sur le renforcement de la qualité des centralités de proximité. Cette orientation s’inscrit dans la mise en œuvre d’interventions globales sortant de la logique thématique et portant sur des échelles fines. Il s’agit de systématiser les interventions territorialement plus ciblées et multi thématiques :

- Mettre à niveau et compléter l’offre d’équipements,

- Créer et améliorer la qualité des espaces publics de proximité,

- Réduire les nuisances (sonores, encombrement de l’espace public, pollution…),

- Améliorer l’habitat,

- Structurer et améliorer l’offre commerciale et de services,

- Améliorer la gestion urbaine,

- Intervenir sur le stationnement et la circulation dans les quartiers

 2 - Aménager des transitions inter-quartiers

Le morcellement sociologique du centre s’accompagne d’une spécialisation des unités qui le compose. Pour partie les fonctions autres que résidentielle (économique, culturelle …) ont évolué en adéquation avec les caractéristiques de la population. Ainsi, la diversité de ce territoire qui fait sa richesse conduit à une spécialisation progressive des espaces au détriment de son unité.

Dans ce contexte, il s’agit de conforter et de favoriser les perméabilités et les échanges entre les différentes centralités de proximité :

- Pour le volet urbain, aménager et favoriser le développement de continuités urbaines et visuelles (par le traitement des espaces publics, les alignements, le mobilier urbain, l’architecture…). Pour ce faire, le PLU pourrait cibler des espaces « stratégiques » sur lesquels des normes de constructibilité et d’aménagement strictes pourraient être définies.

 Dans ce contexte, la Porte d’Aix apparaît stratégique comme une des principales entrées sur la ville. Elle sera en partie réaménagée dans le cadre des travaux de la ZAC Saint Charles. Le parc urbain en sera une composante majeure. Ce parc doit être un trait d’union entre les différents quartiers qui le bordent. Il faudra veiller à ce que son aménagement (barrières ?) ne constitue pas des frontières supplémentaires.

 - Pour le volet des usages et du fonctionnement, localiser stratégiquement l’implantation de commerces, de services et d’équipements à double vocation de proximité et de centralité présentant un certain niveau d’exception et d’attractivité.

 Les équipements sociaux qui maillent le territoire pourraient être un point d’ancrage de ces différentes « micro-centralités ». Pour cela il conviendrait de réfléchir au préalable à une meilleure répartition territoriale de ces équipements.

Ainsi, Le quartier du Panier dispose de deux centres sociaux alors qu’aucun équipement n’est présent sur le quartier de Joliette – Montolieu ou de Noailles.

Dans le 3ème arrondissement, les équipements culturels nombreux ne s’accompagnent pas de lieux conviviaux à proximité (restaurants, commerces…). Les équipements tendent à s’enfermer en créant en leur sein des lieux de convivialité ce qui limite largement leur ouverture sur le quartier.

Il est nécessaire de mener une réflexion sur la création de commerces conviviaux et attractifs en profitant des lieux où la fréquentation est importante (France Télécom dans le 3ème)

 Il s’agit également pour les aménagements à venir de veiller à ne pas enclaver ces opérations et de travailler les liens avec les quartiers environnants, prévoir les équipements indispensables et créer des lieux de vie.

 3 - Améliorer les espaces publics

Au sein de ce territoire densément bâti, les espaces publics jouent un rôle majeur. Les espaces publics du Grand centre ville présentent des insuffisances dans leurs modes de gestion et leurs aménagements :

En faible nombre, ils sont souvent mal entretenus, leurs destinations ne sont pas claires ce qui génère des conflits d’usages importants

- Aujourd’hui les aménagements qui y sont réalisés le sont en défiance des usages qui s’y déroulent ou pourraient s’y dérouler (cf. installation de palmiers en pots sur la Place des Moulins ou la Halle Puget pour empêcher les enfants d’y jouer au ballon). En outre, leur aménagement ne favorisent pas les regroupements conviviaux (quasiment aucun banc sur le centre ville pour empêcher le squat par des SDF et par conséquence aucun lieu extérieur convivial pour que les Chibanis de Belsunce se retrouvent).

- Les opérations nouvelles d’aménagement doivent être l’occasion de créer des lieux de vie (placettes, parc aménagés…)

 Dans le centre ville ces dysfonctionnements sont particulièrement marqués pour la Halle Puget, la Place des halles Delacroix, le Cours Julien, La Plaine, la Place des Moulins….

En outre, les problématiques de stationnement nuisent à la qualité générale des espaces publics.

Dans le centre ville, la question du stationnement anarchique et pléthorique est l’une des questions majeures. Quels remèdes ? (utilisation du plateau unique comme dans Belsunce ? Création de nouveaux parkings ? organisation d’un schéma de circulation préservant l’hyper centre, développement de mode de déplacements alternatifs : vélos taxis…)

Quid de l’impact de la semi piétonisation du Vieux Port et de la piétonisation du Panier sur les quartiers environnants ?

Dans le 3ème arrondissement, les problématiques de stationnement sont particulièrement fortes à Saint Mauront, sur le Bd National et à la Belle de Mai

En outre, pour ces lieux chargés d’histoire, le patrimoine bâti et la mémoire de ces quartiers restent à valoriser en particulier dans le 3ème arrondissement.

 4 - Compléter et améliorer l’offre d’équipements

Les équipements scolaires

Le grand centre ville connaît une croissance de la population soutenue. Elle se traduit par une présence croissante d’enfants. En 2007, ils sont près de 26 500 mineurs soit un quart de la population. Leur nombre a particulièrement augmenté ces dernières années (+ 600/an) du fait d’une natalité soutenue en particulier pour les ménages du 3ème arrondissement. Dans ce contexte, La question des équipements scolaires et plus largement des espaces à destination des enfants est centrale (agrandissement, réhabilitation, création), elle contribue largement à l’attractivité des territoires :

Dans le centre ville, les écoles actuelles sont saturées, la scolarisation des enfants de 3 ans souvent très difficile, les fratries sont parfois réparties sur plusieurs écoles, les cours sont souvent réduites à la portion congrue et il existe peu de salles polyvalentes.

Des locaux scolaires de qualité permettraient également de minorer la taille des équipements sociaux en optimisant leur utilisation pour les ALSH (principaux consommateurs d’espace dans les centres sociaux)

Concernant les équipements scolaires du secteur Saint Lazare-Saint Mauront-Belle de Mai, se pose la de l’absence de transition entre la sortie de l’équipement et la rue, ce qui pose des problèmes de sécurité.

Les pratiques sportives et récréatives

Les espaces de jeux pour les enfants et les espaces dédiés aux pratiques sportives sont peu présents ou inadaptés. Ce constat explique en partie les conflits d’usage au niveau de certains espaces publics.

Dans le centre ville, malgré un travail d’optimisation des équipements sportifs des collèges, cette offre fait défaut. A titre d’exemple, le club de foot de Belsunce emmène les enfants à la Rosière dans le 12e, mais n’accède jamais aux terrains d’Endoume.

Dans le 3ème arrondissement, ces équipements, souvent enfermés et mal signalés sont en partie localisés sous l’autoroute. Ainsi, les pratiques « de plein air » qui y sont associées se font dans un environnement bruyant et pollué. Il faut s’interroger sur la priorité recherchée dans la stratégie d’implantation de ces équipements.

La prise en compte des besoins nouveaux

Le Grand centre ville est largement concerné par des interventions urbaines s’accompagnant de la production d’opérations de logements neufs (près de 4 000 logements pourraient être réalisés dans le cadre d’opérations d’aménagement ces vingt prochaines années).

Dans ce contexte, il est nécessaire d’accompagner ces opérations de la réalisation des équipements indispensables à l’arrivée de nouvelles populations (écoles, équipements petite enfance, terrains de proximité …) et ce en veillant à ce qu’ils constituent des liens avec les quartiers environnants. (un groupe scolaire prévu mais avec quel secteur de recrutement ? Pour délester quelles écoles ?). Les nouveaux habitants seront par ailleurs peut-être plus exigeants sur les conditions d’accueil scolaire de leurs enfants. 

 5 - Améliorer la qualité de l’accessibilité et la desserte

Les problématiques d’accessibilité concernent plus spécifiquement le 3ème arrondissement. Ce point y apparaît comme un dysfonctionnement majeur nécessitant des interventions urbaines lourdes de désenclavement à l’échelle de l’ensemble du territoire et des quartiers le composant :

A l’échelle globale du secteur : réaménager les deux tunnels (National et Jobin)

A l’échelle des quartiers : travailler sur le contournement du secteur pour éviter l’accès au centre ville par la Belle de Mai, retravailler le calibrage et l’intersection des rues Belle de Mai et Loubon, à Sasaint- Mauront, conserver les réservations qui n’auront pas été réalisées dans le cadre des interventions de l’ANRU au bout de la voie nouvelle Auphan-Charpentier

Dans le centre ville, lieu de cumul de nombreux flux, il est nécessaire de s’interroger sur l’impact de la semi-piétonisation du Vieux Port et de la piétonisation du Panier.

L’accès au quartier du Panier est à améliorer (traitement des escalier Sud (Carnot), du passage de Lorette, desserte routière ainsi que la traversée piétonne de la Gare Saint Charles)

Concernant la desserte en transports en commun :

Le centre ville est globalement très bien desservi par le réseau de TC (bus, tram, métro). Toutefois, notamment en raison de topographies difficiles, l’accessibilité de certains secteurs est à revoir (Panier, Montolieu).

Le 3ème arrondissement compte quant à lui des territoires pour lesquels la desserte est à améliorer, en particulier la butte de Saint- Mauront. La fréquence du bus 88 est à améliorer et l’accès à la Friche de la Belle de Mai gagnerait à être plus directe (trajet du bus 520)

En outre, l’axe de chemin de fer qui coupe la Belle de Mai pourrait être utilisé pour la desserte de ce quartier.

Outre le rattrapage, il est également nécessaire d’anticiper l’augmentation prévisible du trafic lié à l’augmentation du nombre d’habitants sur ce territoire.

Au sein de ce territoire, la motorisation des ménages est faible. Les déplacements piétons occupent une place importante dans les déplacements des habitants. Ainsi, la qualité et la sécurisation des cheminements piétons est à conforter. Beaucoup de trottoirs ne permettent pas de se déplacer avec une poussette. De nouveaux axes « modes doux » sont à envisager (notamment à travers La Friche). Se pose également la problématique spécifique de l’aménagement et de la sécurisation des itinéraires piétons empruntés par les scolaires (notamment avec le déplacement du collège Arenc-Bachas et des enfants de Noailles scolarisés dans les écoles Chabanon et Bergers).

Concernant l’accessibilité, se pose également la question des parkings, de leur sécurisation ainsi que de leurs tarifs, élevés au regard de la précarité des habitants.

III - REPERAGE CARTOGRAPHIQUE, LES PRINCIPAUX TERRITOIRES STRATEGIQUES D’INTERVENTION

Ce chapitre fait état du détail cartographié des éléments indiqués dans la partie précédente. Il n’a pas vocation à être exhaustif et doit être considéré comme des propositions.

 

 

Les lieux de vie à conforter (carte pastilles rouges) :

  1. St Mauront : Pôle d’équipements sportifs Pyat-Auphan
  2. St Mauront : Place Arzial-Toursky

Réaménagement de la place programmé ainsi qu’au niveau de Kléber d’un équipement sportif

Réflexion à conduire sur l’aménagement du foncier sous l’autoroute

  1. La Villette : Fonscolombes

Un réaménagement de cette place est programmé

  1. Belle de Mai : Place Cadenat
  2. Belle de Mai : Caserne du Muy
  3. Belle de Mai : Friche
  4. Belsunce : Fac des sciences économiques, Halle Puget

ouvrir ce lieu sur son environnement

Problématique de conflits d’usage et d’insécurité qui freine une ouverture souhaitable de la fac sur le quartier. La halle apparait également à réhabiliter et à valoriser.

  1. Noailles : Halles Delacroix

Un réaménagement de cette place serait profitable au quartier en particulier s’il est assorti d’une suppression de la circulation automobile, d’une gestion des espaces et horaires de livraisons ainsi que du stockage de denrées sur la place

Notre Dame du Mont : Place Jean Jaurès

La destination de ce lieu est à définir. Le plan de circulation est également à revoir

Noailles : rue longue des capucins

Conforter le marché et améliorer les locaux commerciaux

Notre Dame du Mont : Cours julien

Réaménagement du Cours

Panier : les places

Définir un usage guidant l’aménagement des places

Conforter les Interactions de la programmation des équipements culturels avec le quartier

Améliorer la desserte interne

Quartier Grands Carmes : La butte des Carmes. Accès à revoir. Travailler à l’amélioration des circulations internes et au réaménagement des espaces extérieurs

Place de la Joliette

Les espaces de transition inter quartier à aménager, les porosités et articulations (carte : cercles pointillés oranges)

Les principales zones d’articulation inter quartier :

  1. Saint Lazare / Montolieu : Porte d’Aix
  2. Chapitre : place Léon Blum-Joseph Thierry

Espace d’articulation ou des interactions sont à créer avec les quartiers et équipements avoisinants (Noailles, Cours Julien…). La circulation automobile dans cet espace apparait être un élément nuisant.

  1. Thiers : place Carli-Cours Julien
  2. Ouest du Panier

Les articulations avec les opérations en cours

  • Créer des interfaces Est-Ouest avec la ZAC CIMED en particulier avec le quartier du Panier et ses équipements culturels et sociaux
  • Organiser des porosités entre le boulevard des Dames et la butte des Carmes (voie de circulation nouvelle, cheminements piétons…)
  • Organiser la perméabilité entre le nouveau pôle hospitalier et son environnement (voies de raccordement, lieux de vie ouverts sur l’extérieur du pôle, connexions piétonnes…)
  • Travailler sur l’ouverture des Casernes sur leur environnement dans le cadre de leur réaménagement

Les cheminements piétons à aménager :

  • Cheminements piétons au niveau de la gare St Charles, les cheminements piétons devraient permettre une connexion directe et sécurisée Est-Ouest et Nord-Sud afin que la gare ne soit pas une coupure mais un lieu de vie ;
  • Cheminements piétons à créer à travers la Friche vers le noyau villageois de la Belle de Mai, l’ancienne maternité et la place Cadenat

Les secteurs nécessitant des interventions globales (carte : trame rouge)

Les quartiers pour lesquels des interventions « globales » et la définition de leur positionnement stratégique sont à programmer

  • Noailles : traitement de l’habitat, des espaces publics, des équipements, du tissu commercial, de la sécurité …
  • Camille Pelletan : conforter l’offre et l’attractivité commerciale de cette rue,
  • Montolieu : coordination des différentes interventions urbaines en cours (ANRU, Euroméditerranée) et raccordement de ce territoire à son environnement,
  • Centre Bourse-cours Belsunce : repenser l’aménagement du centre bourse et des espaces périphériques, des connexions avec le reste du centre ville,
  • Belle de Mai : dans l’optique de l’aménagement des Casernes et de la création d’un espace vert (couvent) le fonctionnement de ce quartier pourrait être totalement repensé
  • Plombière : confortement de la qualité de ce secteur au regard de son attractivité commerciale, passerelle, gestion de la dégradation du bâti, amélioration des perméabilités vers le 3ème en lien avec le métro Bougainville

Les axes de circulation à réaménager, (carte : jaune)

  • Tunnel national : blocages de la circulation qui pourraient s’intensifier avec l’arrivée de nouveaux habitants, réaménagement du tunnel
  • Boulevard National
  • Rue Jobin, réaménagement du tunnel
  • Rue Belle de Mai et rue Loubon, requalibrage de ces deux rues et de leur intersection
  • Maintien de la réservation du bout de la nouvelle voie Auphan-Charpentier non réalisée dans le cadre de l’ANRU
  • Rue d’Aubagne

Les réservations pour équipements à prévoir

  • Noailles : un équipement social fait défaut dans ce quartier, réservation à prévoir (800 m2)

Il pourrait être implanté sur domaine Ventre (foncier ville mais problématique de l’accès) mais aurait un impact plus important sur le fonctionnement du quartier s’il pouvait être implanté place des halles Delacroix

  • Belle de Mai : réservation pour espace vert à conserver sur la parcelle du couvent,
  • Montolieu : envisager une réservation pour la création (ou relocalisation d’un équipement situé actuellement sur le Panier) d’un équipement social (800 m2) et une réservation pour relocalisation de l’ADJ (400 m2)

Les parcelles valorisables

  • Parcelles dont l’occupation et à modifier et la gestion à rationaliser
  1. Belsunce : parcelle en friche, petit espace de respiration à aménager
  2. Belsunce : ancien parking du commissariat

Parking « informel », source d’insécurité. Réaménagement nécessaire.

  1. Belsunce : parking rue National

Lieu de stationnement « informel », posant des problèmes de sécurité, générant des dysfonctionnements (embouteillages dans la rue)

  1. Belsunce : foncier à l’arrière de la BMVR

une partie reste à aménager et des problématiques de stationnement sont à gérer en lien avec la rue National et la parking Providence

  1. Belsunce : Hôpital psychiatrique MDS : aménagement de l’espace devant la MDS et l’hôpital de jour

Catherine Minard, Emmanuel Viennot, CUCS Grand Centre Ville,

Peggy Rousselot AGAM 

19/04/11

 

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