Compte-rendu du Rendez-vous de CVPT - 5/05/2014

"Quelle politique de requalification des espaces publics au centre ville de Marseille ?"

Le 6ème "Rendez-vous d’Un Centre Ville Pour Tous"

Pour l’année 2013-2014

 

Jeudi 10 avril 2014 

sur le thème :

 

"Quelle politique de requalification des espaces publics au centre ville de Marseille ?"

 

Avec :

Brigitte BERTONCELLO

urbaniste, enseignante et directrice de

l’Institut d’Urbanisme et d’Aménagement Régional/Aix-Marseille Université

 

Rappel du cadrage CVPT :

A coté du logement et des services, publics ou privés, qui s’ouvrent sur lui, l’espace public est l’autre élément essentiel de l’habitat. Autrement dit « habiter en ville », et en son centre tout particulièrement, c’est d’abord se loger mais aussi avoir accès à de nombreux espaces ouverts à tous : rues, places, squares, boulevards, passages, trottoirs, chaussées, quais, plages, jardins, parcs...

Ces « vides entre les immeubles », lieux d’une fondamentale liberté d’accès et de nombreux conflits d’usage, de libre circulation et d’encombrements, de régulation sociale et d’incivilités, de rencontres et d’affrontements, de festivités collectives et de déambulations solitaires sont l’objet d’enjeux multiples et d’abord celui de leur traitement par les politiques publiques et du rapport de celles-ci avec l’usage que fait la population des mêmes espaces publics.

A Marseille,

- alors que les requalifications prestigieuses (tramway, Vieux-Port) côtoient des espaces publics pauvres et à la maintenance pour le moins difficile ;

- alors que la communauté urbaine et la municipalité, via la SOLEAM, ont commandé au cabinet Desvigne un Plan guide des espaces publics du Centre Ville, qui peine à sortir (du secret) des cartons ;

- pendant que surgissent des initiatives d’habitants (du verdissement de rues à des propositions d’aménagement de places...) ;

Quelles leçons peut-on tirer de l’analyse des politiques des espaces publics au cours des dernières décennies ?

Le travail de recherche sur les « fragilités urbaines » du centre de Marseille, mené en partenariat avec Marseille Provence Métropole, le LIEU/CIRTA, IUAR (Aix-Marseille Université), a analysé plus spécifiquement les politiques (déclarées et/ou menées) à propos des espaces publics au cours des 40 dernières années et effectué une observation de terrain sur les espaces publics du quartier Belsunce.

 Brigitte Bertoncello

L’habiter en ville concerne le logement mais aussi l’environnement immédiat dont les espaces publics de proximité.

La question des espaces publics est vaste, il s’agit ici de questionner leur place dans les politiques publiques. On peut définir de plusieurs façons les espaces publics :

- support formel ou informel de la vie sociale

- accessibles aux habitants qu’ils résident ou non, avec le respect de la gratuité

- lieux de sociabilité majeure

Inscrite dans l’un des 5 thèmes du programme POPSU 2 de recherche pour le Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie (PUCA-recherche urbaine), la recherche s’intitule Marseille : les fragilités comme moteurs pour l’invention, d’une centralité métropolitaine originale (parue le 26 juillet 2013), elle s’est déroulé en partenariat avec la CUM (MPM) et selon 3 volets, dont les deux autres concernaient les politiques publiques de l’habitat depuis 40 ans (Philippe Méjean, cf. son exposé du 11 décembre 2013 dans le cadre du 3ème rendez-vous de CVPT) et celles des déplacements (Frédérique Hernandez).

Il y a aujourd’hui une visibilité des grands espaces publics à Marseille. Ces espaces sont des lieux d’expression des fragilités urbaines, ils sont des indicateurs d’une société et d’une gouvernance locale, ils sont objets d’attention, mais peuvent être objets de tension si les acteurs ne sont pas en capacité de coopérer et d’articuler les périmètres.

Depuis 40 ans des politiques sont engagées pour transformer l’image du centre ville et la forme urbaine. Il y a depuis peu une prise de conscience que ces espaces font partie des éléments de composition urbaine réinterrogés pour assoir une identité et montrer le dynamisme d’une ville (ex. Bordeaux et maintenant Marseille avec le Vieux-Port).

Jusqu’ici les espaces publics n’étaient pas au centre des programmations. Ils ne sont pris en compte qu’en dernier ressort, après le logement et les déplacements. L’urgence du traitement du logement dégradé a dominé les programmes, les projets se sont succédé remettant en question les programmations précédentes et les divers types d’interventions ne sont pas articulés.

Dans les documents des années 1990 qui mentionnent l’arrivée souhaitée d’une nouvelle population on travaillait sur une recomposition des espaces par le biais du renouvellement du stationnement et des équipements. Il faut attendre le Schéma Directeur des espaces publics du Centre-ville de Marseille de 2002 - 200 pages de diagnostic et de propositions- mis en place au moment où la CUM a été créée et jamais appliqué pour que soit mentionné la nécessité de s’attarder sur la dimension humaine des espaces publics.

Avec les années 2000, un nouvel usager apparait le piéton : à partir du constat d’espaces publics dominés par la voiture, un ensemble de mesures sont envisagées pour en réduire la place, ce qui a donné un nouveau regard sur les espaces publics. Mais il y a toujours une difficulté à partir des populations (de leurs pratiques et de leurs attendus) pour appréhender les espaces publics.

Dans les années 1990, on voit apparaître diverses catégories d’habitants : immigrés, commerçants, résidents, puis étudiants et touristes, etc. des ensembles successifs d’usagers, sans que leurs attendus ne soient véritablement précisés pour être articulés et intégrés dans le projet. Le Schéma directeur de 2002 envisage des espaces publics en fonction des usagers (résidents, actifs, visiteurs…).

Plus récemment, les espaces publics apparaissent comme des outils de marketing urbain, avec la vertu de contribuer à une valorisation du territoire de Marseille Provence 2013, puisqu’ils vont être le lieu du déroulement de cette manifestation. Ces espaces trouvent leur place dans les projets urbains (cf. Euroméditerranée et le pôle de la Joliette) : dans ce cadre un schéma des espaces publics contribue à rendre la ville attractive vis-à-vis des promoteurs et à mettre en scène les nouvelles résidences construites et/ou envisagées par le secteur privé.

En matière de gouvernance, des difficultés d’identification des différents acteurs de la conception et de la gestion de ces espaces persistent. Dans l’organigramme de MPM par exemple deux directions générales adjointes interviennent sur les espaces publics. Par ailleurs il y a des difficultés, dans l’articulation des opérations privées et publiques, ainsi qu’un retard de la réflexion sur les espaces publics. Les grandes villes françaises possèdent des documents aux appellations diverses (guide, schéma, charte, etc.) qui posent un cadre de conception et de gestion : Lille se dote en 2007 d’une Charte des espaces publics de Lille Métropole issue de la réflexion de l’Atelier des espaces publics constitué en 2004 à la demande de Lille métropole Communauté urbaine. A Lyon, un Référentiel de conception et de gestion des espaces publics a été établie en 2003, puis en 2006, une « Charte de la qualité architecturale et urbaine de la ville de Lyon » en relations avec les divers partenaires (habitants, CCI, élus), elle concerne les aspects techniques mais aussi les usages de ces espaces. A Bordeaux, la CUB a établi en 2009 un guide de conception des espaces publics communautaires. Ces communes opèrent un passage de documents plutôt techniques vers des chartes plus qualitatives.

 

Belsunce est marqué par des fragilités sociales et économiques mais d’autres fragilités existent notamment liées à la gouvernance et aux transformations urbaines programmées. L’arrivée nouvelle de populations liées aux réhabilitations et aux nouvelles constructions s’accompagne de transformations physiques du quartier mais aussi de pratiques. 2 types d’espaces publics sont à mentionner : des espaces d’entrée de ville - des espaces sur le pourtour du quartier, avec vocation d’affichage - et des espaces de proximité constituant à l’intérieur du quartier des espaces de vie, du quotidien pour les population en place. Le petit nombre des espaces publics dans un secteur dense en centre-ville fait que la pression qui s’exerce sur eux est très forte. Dans un contexte de renouvellement urbain, les résidences d’habitation nouvelles ont tendance à être fermées et entretiennent ainsi un entre-soi.

 

La Porte d’Aix, devenue peu à peu parc public fréquenté par la population du pourtour –en cours de transformation-, la gare St Charles occupée aussi par la population alentour, le cours Belsunce, plutôt espace de consommation, la place des Capucines, requalifiée récemment, ou encore la place Longue des Capucins (près du bd Nedellec, jonction rue de la Fare - rue Longue des Capucins) constituent les principales entrées pour lesquelles sont privilégiés esthétique, patrimoine et symbolique.

Les espaces publics centraux, de proximité, la place de la Providence, Velten, place "Louise Michel", ces espaces sont gérés s’ils appartiennent à un projet urbain, ils constituent des espaces à enjeux, avec différents types de population, dont le traitement est très segmenté.

En termes d’action publique, investir les lieux de l’affichage et de la mise en scène, ne doit pas faire négliger l’articulation de ces espaces avec ceux du quotidien et de la proximité.

 

Questions et avis soulevés par la salle :

 * Il y a une tendance à confier au privé la gestion d’espaces publics pour résoudre le problème de leur gestion. La question se pose des contreparties qui sont demandées dans ces cas-là (cf. Barcelone)

 * Il y a un enjeu politique de la gestion des espaces qui bloque les choses, il y a une peur de l’appropriation ostentatoire et d’occupation gênantes d’espaces vitrines. Pourtant l’évolution des pratiques va vite, les espaces qui sont autour du lycée Victor Hugo en témoignent.

* Euroméditerranée fait du développement urbain avec de nombreux espaces publics mais sans se poser la question d’organiser le mélange des populations

* Au cours Julien, il n’y a pratiquement plus de pratiques possibles, l’appropriation de l’espace par des terrasses empêche toute appropriation spontanée par les habitants.

 

La séance est levée à 20h.

L’association Un Centre Ville Pour Tous remercie notre intervenante.

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