Visite Rue de la République - 8 mai 2004 - 11/11/2004

Rue de la République : l’endroit & l’envers du décor

Partis de la place Sadi Carnot, nous avons remonté la rue de la République jusqu’à la Joliette. Tout au long du parcours, nous avons écouté les témoignages des locataires et visité un certain nombre d’immeubles laissés dans un état de total abandon par leurs propriétaires.

Le constat dressé après cette visite laisse perplexe et amène de vives inquiétudes sur le devenir des habitants et le projet en cours.

Quelle redynamisation est entendue dans le projet Euroméditerranée ?

Le projet Euroméditerranée veut faire du quartier Joliette le futur "business center " de Marseille et incite les entreprises tertiaires à s’installer. La réhabilitation de la rue de la République, son classement en ZPPAUP (Zone de Protection Architectural Urbain et Paysager) et la Convention d’Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat (OPAH) s’inscrivent également dans cette perspective de "redynamisation et de relookage du centre ville".

Pourtant, nous avons pu constater la vacance des fonds de commerce et entendu les commerçants se plaindre du manque de concertation et d’information. Les baux commerciaux précaires très répandus dans la rue ne disent pas qu’une politique commerciale ambitieuse est souhaitée. Les locaux commerciaux fermés et abandonnés contribuent à la déliquescence de l’animation de la rue.

Le chantier du tramway qui vient juste de débuter, avec beaucoup de retard, n’arrange les choses. Depuis plusieurs mois maintenant, les habitants et commerçants de la rue subissent les désagréments du chantier du tramway et ce jusqu’en 2006 si le calendrier est respecté. Ce dont on peut douter... Si l’on en croit Marseille l’Hebdo du 14 avril, (« Quel avenir pour la rue de la République ? »), l’on prévoit un retard d’au moins 2 ans ! Le chantier a même été officiellement inauguré en avril alors que les travaux n’avaient pas commencé.

Des habitants inquiets et sous pression

A ce jour, derrière les rares façades ravalées, ce ne sont que cages d’escaliers insalubres, immeubles non entretenus, pressions pour le départ sans relogement des locataires, déshérence commerciale, etc... Ces quelques réfections de façades ne seraient-elles que de la poudre aux yeux ? Ou sont-elles le signe d’une accélération de l’opération ? Et qui va emménager dans les immeubles réhabilités ? Va-t’on assister au même processus de gentrification en cours dans le Panier ou à Belsunce ?

L’OPAH permet d’attribuer des subventions publiques aux propriétaires qui réhabiliteraient leurs biens immobiliers. Les 2 grands propriétaires de la rue de la République, P2C-Nexcity et Rue Impériale (ex-SIM), s’étaient engagés à réhabiliter en respectant les actuels locataires et sur la base d’un tiers de logement social, en contre-partie d’aides financières importantes. Qu’en sera-t-il désormais alors que Nexcity vient de vendre son patrimoine immobilier au fonds d’investissement international texan Lone Star ? La filiale de Lone Star, Marseille République qui va assurer la requalification et la gestion de ce patrimoine tiendra-t’elle les promesses sur le logement social ou fera-t’elle le "ménage par le vide" ?

- Au 43-45 de la rue de la République, le propriétaire tente de faire partir ses derniers locataires : parties communes abandonnées et sans entretien, appartements murés, intimidations et fausses accusations de dettes de loyers... Tous les moyens sont bons...

- Dans l’immeuble du 49, l’ex propriétaire Nexcity n’a pas remplit ses obligations. Des familles qui paient charges et loyers vivent depuis des mois dans un immeuble laissé à l’abandon : l’entretien n’est pas réalisé, les installations ne sont pas conformes, malgré des charges s’élevant jusqu’à 150 € par mois. Les locataires sont même prévenus qu’ils sont en danger de mort ! Et l’ascenseur étant en panne depuis des lustres, une famille avec un enfant handicapé habitant au 5° étage se voit dans l’obligation de le porter jusqu’à leur appartement !

- Au n° 53, comme dans bien d’autres immeubles, les conditions d’hygiène et de sécurité sont déplorables. L’escalier tient par des renforts métalliques depuis des années. Pour plus de 300 € pour un T3, les locataires vivent sans chauffage, sans eau chaude et l’installation électrique est tellement défectueuse que plusieurs incendies se sont déclenchés après des courts-circuits !

- Le passage de Lorette relève du domaine privé avec servitude de passage public, il fait ainsi le lien direct entre la rue de la République et le Panier. La Ville et les collectivités locales ont financé à grand frais sa réhabilitation il y a quelques années : cette réhabilitation a été accompagnée d’ un projet culturel qui consistait à un embellissement des murs, l’introduction d’ une sonorisation de bruits d’ oiseaux et d’éclairages ad hoc. Aujourd’hui, comme on peut le constater, il n’en reste rien... Difficile de concevoir des aménagements partiels alors que les immeubles environnants appartiennent à 4 ou 5 propriétaires différents et que la place intérieure n’est pas gérée par les propriétaires.
Certains immeubles de l’arrière-cour ont été rachetés pour en faire du logement social, d’autres appartenant à Nexcity vont faire l’objet d’une réhabilitation : des locataires ont déjà été informés du non-renouvelement de leur bail "pour motifs légitimes et sérieux"...

Où ces locataires aux faibles ressources vont-ils trouver à se reloger ? Vont-ils devoir rejoindre leurs voisins encore plus précaires acculés à squatter les appartements murés ?

Pourtant, nombre d’entre eux habitent ici depuis des années, voire des dizaines d’années. Malgré l’incurie des propriétaires, ils ont souvent réhabilité leurs appartements à leurs frais : aménagement de sanitaires, travaux d’électricité et de plomberie, entretien des embellissements, etc...

La mobilisation des habitants s’organise

De nombreux habitants commencent à recevoir des courriers les informant qu’à la fin de leur bail, celui-ci ne sera pas renouvelé et qu’ils devront quitter les lieux. Sans relogement, bien sûr !
D’autres reçoivent la visite de "médiateur" qui les encouragent à quitter les lieux et promettent des relogements, sans aucune garantie formelle.
Depuis quelques mois, des habitants tentent de se mobiliser et refusent d’être les victimes d’une réhabilitation spéculative.

Ils ont pris contact avec Centre Ville Pour Tous qui s’est alerté de la situation grave et violente qui se profile aujourd’hui sur la rue de la République.

A notre demande, les étudiants du DESS Développement local de l’Université de la Méditerranée ont mené une étude au printemps 2004 sur les logiques qui sous-tendent le projet de réhabilitation et la place laissée aux habitants.
Depuis cet été, à la demande de plus en plus de locataires menacés de départ, nous avons entamé une campagne d’information et lancé une pétition pour faire respecter le droit au logement.

Ce droit doit s’appliquer à tous, même si les plus pauvres ont souvent peur de représailles et de pressions qui les fragilisent davantage.

• Voir les témoignages photographiques sur la rue de la République.

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