Marsactu.fr - 30/03/2017

L’hôtel de luxe prend du retard mais Noailles prépare sa mue Reportage

Benoît Gilles
21 mars 2017  

Sujet à des aléas de chantier, l’hôtel des Feuillants sur la Canebière n’ouvrira pas avant le printemps 2019. En attendant, le marché des Capucins voisin se prépare à déménager le temps que la place soit rénovée.

 Prudemment, à l’onglet Pôle Canebière-Feuillants, la Soleam emploie sur son site internet le conditionnel pour annoncer la livraison de l’hôtel 4 étoiles « au printemps 2016 ». À voir le bâtiment éventré qui laisse apparaître des poutrelles rouillées, ce printemps-là est encore loin. De fait, la découpe du ruban ne devrait pas intervenir avant 2019, bien loin des dates annoncées, ni même de celles, putatives, qui avaient circulé par la suite. Le printemps 2019 est la nouvelle échéance sur laquelle table quand on l’interroge Agir Promotion, la filiale du groupe Fondeville en charge de la maîtrise d’ouvrage.

Après un long laps d’atonie, le chantier sort de la torpeur hivernale. Derrière les palissades, on entend dans le fond le bruit de gravats remués. « Le chantier ne s’est jamais arrêté, assure-t-on du côté d’Agir Promotion. Il connaît des périodes plus calmes et d’autres plus actives. Une phase plus intense doit commencer avec l’arrivée du printemps et se poursuivre durant deux ans. » 

Poutrelles porteuses

Le principal aléa tient à la structure même du bâtiment. Des éléments qui devaient être détruits se sont avérés porteurs. C’est le cas d’une partie des structures métalliques visibles depuis l’extérieur. « Les immeubles étant occupés jusqu’à très tard, les relevés n’avaient pas pu être exhaustifs, explique Emmanuel Dujardin, l’architecte du cabinet Tangram. Le curage du bâtiment et sa déconstruction ont fait apparaître des difficultés. Notamment des éléments qu’on croyait pouvoir démolir et qui étaient en fait porteurs, des structures métalliques non modifiables. Le projet a donc nécessité des reprises d’études ». Exit donc 2017, 2018 et bonjour 2019.

En attendant le vaisseau amiral de la reconquête du quartier Noailles entame lentement sa mue. La place des Capucins qui jouxte le futur hôtel Mercure (Accor) doit changer de peau à l’automne. Cette rénovation comme celle de la place Halles Delacroix doit impérativement démarrer en 2017 sous peine de perdre les crédits de politique de la ville qui permettent sa réalisation.

« Pas la révolution »

« Ça ne sera pas la révolution, prévient Marie-Louise Lota, l’élue municipale en charge des emplacements. Nous allons reprendre le sol pour le rendre plus attrayant, les parasols des maraîchers pour leur assurer des emplacements aux normes et améliorer la gestion quotidienne. Mais nous ne touchons ni à la vocation commerciale de marché permanent de fruits et légumes, ni aux commerçants eux-mêmes qui seront les mêmes avant et après la rénovation. »

Bien entendu, du côté des commerçants eux-mêmes, le son de cloche diffère un peu. Les rumeurs circulent et l’inquiétude grandit. Fils et petit fils de maraîchers, Pascal Siani et son frère font partie des permanents du marché. Le déménagement du marché pendant les travaux les préoccupent. « Nous sommes dans le flou le plus complet. On sait juste que la place doit être en travaux cette année mais c’est tout, explique-t-il. On sait aussi que nous serons installés devant la mairie des 1/7, au square Léon Blum, mais combien de temps ? Toute la journée ? »

Deux stands et 1 million de chiffre d’affaires

Le maraîcher revendique un million d’euros de chiffre d’affaires et six employés permanents avec les deux stands familiaux. Et se plaint activement de l’absence de considération. « Si on doit remballer à 13 heures ? Je fais comment ? Je licencie ? », peste-t-il. Pascal Siani accueille avec la même moue dubitative la possible mise aux normes des barnums – le petit nom des parasols à « double pente » qui délimitent les emplacements. « Il y a dix ans, on leur avait dit que c’était de la mauvaise qualité, va savoir ce qu’ils vont nous mettre à a place ».

En revanche, son voisin Jean-Jacques Saglietto vit la mue avec plus d’optimisme : « Ils nous ont dit que tout le monde serait à 4 mètres comme moi aujourd’hui. Cela va éviter les débordements avec des stands qui montent à six mètres et la Ville qui ne dit rien. »

« Les forains seront concertés »

Du côté de la mairie de secteur, on tire le frein à main. « Nous sommes très en amont du lancement du chantier qui devrait démarrer plutôt à la fin de l’année, prévient Sabine Bernasconi, la maire LR des 1/7. Toutes les informations qui circulent ne peuvent pas être exactes car rien n’est encore arrêté. Nous ferons tout cela en concertation avec les commerçants. Les forains seront consultés pour le choix du marché provisoire. Nous travaillerons sur plusieurs hypothèses avec eux, en fonction également des impératifs de sécurité. » En attendant, la gestion urbaine de proximité a pris un tour plus coercitif dont se félicite la maire de secteur qui en fait « une priorité pour le centre-ville ».

En effet, depuis janvier, les amendes pleuvent. « Nous leur avons rappelé qu’ils devaient remballer leurs emballages à la fin du marché. Les bennes de la métropole ne ramassent que les déchets alimentaires, explique Marie-Louise Lota. Tout le reste doit être ramassé par les forains qui l’ont apporté. »

Des amendes pour les déchets

Depuis, les commerçants interrogés assurent faire le nécessaire et dénoncent le manque de discernement dans l’application des amendes. « Ils ont quand même réussi à m’en mettre une pour ma terrasse alors que nous étions fermés, rigole Paule Prin-Derre, patronne du bar du même nom. Mais c’est bien qu’ils essaient de rétablir la discipline. On se demande juste pourquoi ils ne l’ont pas fait avant… »

Pour le reste, les travaux ne lui font pas peur. « Nous sommes restés ouverts il y a dix ans pour la première rénovation et nous sommes toujours là. Et ça dure depuis 1925 », se félicite-t-elle. Comme le reste du marché, sa terrasse devrait remonter de quelques mètres pour laisser un peu de respiration à l’hôtel et au Spa qui devraient ouvrir sur la rue Longue des Capucins, aujourd’hui encore bureau de tabac clandestin malgré les caméras et le commissariat non loin. Mais c’est encore une autre histoire…

Benoît Gilles

Journaliste


 

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