Marsactu.fr - 30/03/2017

Le préfet Hugues Parant fait ses premiers pas dans les souliers de patron d’Euromediterranée

Benoît Gilles

29 mars 2017 2

Depuis début mars, l’ancien préfet de région Hugues Parant s’est installé dans le fauteuil de directeur général de l’établissement public d’aménagement Euroméditerranée. Pour sa première sortie face à la presse, il passe en revue les enjeux et, notamment, les relations avec le port, autre établissement public d’État.

« Préfet un jour, préfet toujours. » Hugues Parant répond par cette formule aux journalistes qui lui demandent s’il faut toujours l’appeler par son titre. « Mais vous pouvez m’appeler monsieur », ajoute-t-il, sourire en coin. C’est donc un préfet en titre qui a pris les rênes de l’établissement public d’aménagement Euroméditerranée.

Nouvelle étape dans un parcours atypique, de l’ENA aux réseaux nord-américains de la Datar en passant par la direction nationale du tourisme, le Var, le Vaucluse et la région de 2010 à 2013… Hugues Parant aurait bien aimé une autre destination plus exotique. Cela sera ce sud qu’il côtoie depuis 13 ans.

Entre temps, il a dirigé l’Epadesa, l’établissement public en charge de la Défense, étrennant par la même une position d’« acteur » en lieu et place du rôle de « régulateur » qu’incarne le préfet. C’est aussi cet encombrant costume à feuilles de chêne dorées qui explique, selon lui, la lenteur de sa nomination plutôt que de quelconques réticences politiques de la part de sa ministre de tutelle, Emmanuelle Cosse, aussi bien à la Défense qu’à Euromed.

Le candidat de Gaudin

D’ailleurs, contrairement à ce que disait alors Le Parisien, son départ de la direction générale de l’opération d’aménagement parisien est de son propre chef : « Je n’ai pas demandé le renouvellement de mon mandat de 3 ans. J’étais en détachement, en attente d’autres missions. » Pour arriver à Marseille, Hugues Parant s’est laissé convaincre par Jean-Claude Gaudin qui a présenté sa candidature au nom des collectivités locales, validée au sommet de l’État.

Pourtant il a encore les yeux qui brillent quand il évoque les colossaux enjeux de l’extension du quartier d’affaires de l’ouest parisien et ce nouveau métier qu’il a appris « de zéro ». Et c’est à cette aune qu’il regarde les enjeux d’Euroméditerranée 2, de Bougainville à la Cabucelle, qu’il faut réussir dans la droite ligne de la « cohérence et la qualité de ce qui a été fait sur la première partie d’Euromed », du Vieux-Port à Arenc. « Si nous ne réussissons pas Euromed 2 alors cela aboutira à un simple quartier d’affaires, ce qui n’est ni le projet des collectivités, ni de l’État », ajoute-t-il.

Renouvellement de convention

Ce dernier acteur est un pivot essentiel de la réussite du second périmètre. Or, la négociation avec l’État pour le renouvellement de la convention de financement interviendra juste après les élections. Si l’apport de l’État n’est pas majoritaire dans le budget de l’opération, il est encore décisif. En effet, pour « pour équilibrer les opérations » et assurer une mixité d’aménagement avec différents types de logements, des activités tertiaires, des équipements publics, de loisirs et des espaces publics de qualité, l’opération d’intérêt national a encore besoin de financements publics.

« Si nous réussissions à vendre le foncier à des investisseurs sans avoir besoin d’argent public pour compenser, j’en serai le premier ravi, plaide-t-il. L’argent public n’est pas l’alpha et l’oméga mais aujourd’hui les terrains marseillais ne sont pas encore assez attractifs pour permettre de faire des bureaux, des logements mais aussi des espaces publics et des équipements. »

Pour doper cette attractivité, Hugues Parant a quelques pistes qui « soyons triviaux, sont tendance ». Il parle donc volontiers de mixer les usages, d’offrir des services en pied d’immeubles, penser les bureaux dans une logique de « coworking » et de « fin du salariat ». Ce package « tendance » est lustré d’une couche de développement durable via les deux boucles d’eau de mer et la logique d’ »Éco-cité », inscrite dans le cahier des charges du plan-guide conçu par François Leclercq, qui doit orienter les concepteurs de chaque îlot.

Attirer les grands fonds d’investissement

Pour cela, il faut aussi trouver les investisseurs internationaux susceptibles de faire des placements dans cet immobilier du futur marseillais. « Aujourd’hui, dans le monde, il n’y a que l’immobilier qui offre un rendement correct, assume Hugues Parant. Ils ne sont pas nombreux à pouvoir investir : il y a les fonds souverains des états, les grands fonds d’investissements et en Europe, les acteurs des assurances et des banques. » Ces gros porteurs semblent voler bien haut pour le modeste noyau villageois des Crottes dont le nom même prête à rire à qui ne parle pas provençal.

« Tout ceci doit se faire dans le respect des équilibres sociaux existant, assure-t-il. Il y a là un patrimoine qui n’est pas remarquable au titre du classement monuments historiques. Mais c’est un patrimoine signifiant car c’est l’histoire des gens. » Cette remarque répond aux alarmes de l’architecte des bâtiments de France, Hélène Corset, qui avait écrit en ce sens pour réclamer une préservation de cet habitat modeste que l’on trouve notamment autour de l’avenue de Lyon, symbole d’un monde qui a contribué à façonner la façade portuaire.

Le dos à dos avec le port

Le Port. C’est l’autre gros dossier sur le bureau d’Hugues Parant. En tant que préfet, il est à l’origine de la charte Ville-Port, censée réunir l’ensemble des acteurs publics autour d’un « état d’esprit » permettant le développement économique des bassins Est du grand port maritime et, par ailleurs, leur ouverture sur la ville. Depuis la création de l’établissement public d’aménagement qui longe le port, les deux institutions n’avaient jamais réussi à instituer ce dialogue structurant.

En 2013, la signature de la charte n’a pas donné un nouvel élan à cette volonté commune. Dans le récent rapport de la Cour des comptes sur le grand port maritime de Marseille (GPMM), les Sages fustigent « l’enlisement » de cet outil de dialogue entre la ville et le port, autant pour des raisons structurelles que conjoncturelles. « Le préfet a récemment réuni le comité de pilotage de la charte, intervient la présidente du conseil d’administration, Laure-Agnès Caradec. J’ai demandé à ce que ce comité de pilotage se réunisse plus fréquemment après la période électorale. »

Un casino à Arenc

Les deux établissements publics sont censés réfléchir ensemble au projet global de la « grande Joliette » dont une deuxième phase d’études est toujours en cours. Force est de constater qu’après avoir réussi le quartier du J4, le Port et la Ville continuent de se tourner le dos sur l’aménagement de la Joliette à Arenc, voire plus loin. « Il faut que nous trouvions une position d’équilibre », élude la présidente. Mais elle persiste à imaginer « un casino sur de l’emprise portuaire, au niveau d’Arenc par exemple, avec un fonctionnement totalement étanche avec l’activité du port ». Or, un tel équipement « d’attractivité » n’entre pas aujourd’hui dans les projets de Christine Cabau-Woehrel, la présidente du directoire du GPMM.

 

De même, Laure-Agnès Caradec plaide pour « une plus grande porosité ente le périmètre Euromed 2 et les bassins du port comme c’est le cas dans toutes les grandes villes portuaires européennes ». Dans la bouche du nouveau directeur général, cela donne : « Un port ne peut pas se construire avec une ville qui, derrière, regarde où est la mer. » En l’occurrence, depuis les hauteurs d’Euromed 2, les bassins du port sont séparés par un immense faisceau de voies ferrées et une bretelle d’autoroute. À l’époque, l’urbaniste François Leclercq avait imaginé une corniche permettant d’enchâsser l’autoroute et de proposer une nouvelle promenade aux Marseillais. De porosité, il n’était toutefois pas question.

Mais peut-être qu’en plus du port, Laure-Agnès Caradec et son nouveau directeur souhaitent entamer un nouveau dialogue structurant avec la SNCF, propriétaire du faisceau ferroviaire en contrebas du périmètre. Depuis des années, la négociation échoue sur le transfert des activités du faisceau d’Arenc pour réaliser le grand parc, élément central du projet. Il n’est pas sûr qu’ouvrir un nouveau front (de mer) assure la pérennité du projet.

Benoît Gilles
Journaliste

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