la Marseillaise.fr - 4/04/2017

Mal logement : derrière les murs, y’a pas la plage


Écrit par Gérard Lanux

mardi 4 avril 2017 08:02

La fondation Abbé Pierre a consacré la journée de vendredi à cette question d’envergure nationale qu’est le mal logement. De nombreux témoignages attestent de la persistance d’une réalité qui empoisonne la vie quotidienne des citoyens.

 

On l’appellera Anaïs. Avec son compagnon, elle vit dans un appartement du centre-ville de Marseille. Pas dans un de ces quartiers oubliés des pouvoirs publics où les logements insalubres sont monnaie courante. Non, un quartier dit « bobo » où les mojitos coulent à flot dans les bars branchés jusqu’à tard dans la nuit. « Mon appartement, dans une rue perpendiculaire au cours Julien, est assimilé à un deux pièces, bien que rien ne distingue l’espace cuisine du salon et de la chambre à coucher. »

Il y a cinq ans, l’immeuble de cinq étages où vivent Anaïs et Thierry a été déclaré « en péril » pour cause d’effondrement partiel du palier de leur logement du premier étage. Un événement suffisamment inquiétant pour mobiliser pompiers et contraindre l’agence qui gère la location de la plupart des appartements à proposer un relogement temporaire aux heureux occupants. Anaïs et Thierry bénéficieront donc des délices d’un hôtel pas franchement glamour des environs, juste le temps qu’une entreprise vienne combler le trou et conforter avec des étais la stabilité de la bâtisse. Les autres locataires de l’immeuble étant priés de ne pas poser leurs pieds n’importe où avant de regagner leurs pénates.

Cette histoire ne s’est pas arrêtée là, loin s’en faut, mais elle vient compléter la longue liste dont dispose la fondation Abbé Pierre qui contribue, avec d’autres partenaires, à alerter l’opinion et les pouvoirs publics de la réalité des dramatiques conséquences de la persistance du mal logement en France et dans notre région.

Des incidences graves sur la santé

Et retrouvons Anaïs et Thierry, qui, leur bagage à la main, se font une joie de retrouver un cours de vie normal. Ils peuvent constater que le trou devant la porte de leur appartement a été comblé mais que les fuites d’eau à l’origine de cet « incident » persistent. Tant au niveau des escaliers que de leur propre logis. Dans la cuisine, leur salle de bains et s’écoulant tranquillement vers les étais qui maintiennent désormais l’immeuble debout. Menaçant l’équilibre de l’édifice, sans que cela inquiète pour autant la Ville de Marseille ni les propriétaires des logements. « D’accord, l’immeuble ne s’est pas écroulé, dit Sylvie, le médecin traitant d’Anaïs, mais l’état de santé de ma patiente, qui souffre d’asthme, ne cesse de se détériorer, vu le degré d’humidité de son appartement. Sans parler de ce que les gens ne voient pas, ses angoisses et ses cauchemars. »

Ce dernier point, bien des enquêtes l’avaient déjà mis en lumière. Maladies chroniques diverses, pour les adultes comme pour les enfants, trouvent leurs causes dans cet environnement insalubre qui est le quotidien de milliers de Marseillais. Cela ne préoccupe pas grand monde, en dehors des services sociaux et des organisations humanitaires ou des militants qui se battent pour le droit à un logement décent.

Et si d’autres, plus fortunés, ont préféré quitter leur immeuble, Anaïs et Thierry se sont accrochés et se sont battus. Des entreprises sont venues colmater quelques brèches, tandis que dans les escaliers et les étages supérieurs, la vétusté des lieux faisait apparaître ses plaies au grand jour. Plafonds imbibés et nouvelle mise en péril d’un autre appartement.

Jusqu’à aujourd’hui, il s’en est fallu peut-être de peu pour que cet immeuble d’une rue d’un quartier si agréable ne s’effondre comme un château de cartes. Anaïs et Thierry, faute de travaux conséquents, ont fait la grève du loyer, ont alerté le CIQ. Mais les autres propriétaires voient d’un très mauvais œil cette insoumission qui pourrait les éclabousser. Alors ils ont préféré porter plainte et réclamer l’expulsion de ces citoyens qui ne demandent cependant qu’à être traités avec dignité.

G.L.


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