La Provence.com - 10/04/2017

Logement indigne à Marseille : en fait-on assez ?

 100 000 Marseillais(es) seraient concerné(e)s par un parc immobilier très dégradé. Pas une fatalité...

Un document accablant, comme un coup-de-poing décroché au plexus. En 2015, un rapport commandé au ministère du Logement sur l’état du patrimoine immobilier marseillais - dit rapport (Christian) Nicol - estimait que, parmi les 20 000 copropriétés de la ville, "6 000 d’entre elles sont fragiles". Plus explicite encore, qu’elles "présentent un risque pour la santé ou la sécurité de quelque 100 000 habitants". Au total, 40 400 logements privés "potentiellement indignes" étaient recensés. On parle de petites copropriétés construites avant 1949 et des grands ensembles des années 1950-1970, dans les quartiers Nord principalement. Une situation alarmante à laquelle ni les collectivités (Ville, État, MPM) ni les opérateurs (EPA Euroméditerranée, Agam...), ni les différentes opérations d’aménagement n’étaient parvenus à répondre, jusque-là, "en raison notamment de l’insuffisante coordination des acteurs" pointait le rapport. "L’État doit s’engager davantage", répliquait la municipalité par la voix de l’adjoint à l’habitat, Arlette Fructus (UDI).

La fondation Abbé-Pierre en campagne

Deux ans plus tard, un autre rapport, publié par la fondation Abbé-Pierre, vient confirmer que la cité phocéenne compte toujours 40 000 logements "qui peuvent porter atteinte à la santé des personnes : risques d’effondrement, saturnisme, moisissures", détaillait en février dernier Fathi Bouaroua, directeur de l’association. Pragmatique, l’homme reconnaissait toutefois que "le plan mené par la Ville depuis des années a une certaine efficacité", même si, tempérait-il aussitôt, "il n’a touché que 500 immeubles".

Pour l’instant tout du moins... En bonne coordination avec les services de l’État, cette fois, Arlette Fructus table désormais sur un programme de réhabilitation concernant onze copropriétés particulièrement touchées. Et évoque des interventions sur 28 000 logements. À plus ou moins long terme... Fathi Bouaroua et la fondation Abbé-Pierre, eux, sont en campagne pour interpeller les candidats à la présidentielle sur ce thème "fondamental" du mal logement, mais absent des débats. Pourtant, ici et ailleurs, l’heure est grave...


"Des conséquences extrêmement graves"

L’analyse de Fathi Bouaroua, directeur régional de la fondation Abbé-Pierre. "À ce jour, 60 000 logements sont insalubres dans le département dont 41 000 pour Marseille. Ce qui est énorme ! Dans cette ville, on les trouve principalement dans les copropriétés dégradées : à Kallisté, les Rosiers, Maison Blanche... Dans les communes alentours, elles sont surtout présentes dans les centres. Pour une raison simple : certains propriétaires ont perdu leur emploi ou vu leurs revenus considérablement chuter. Parfois, ils n’ont plus les moyens d’entretenir leurs biens depuis près de 10 ans. Et cette impossibilité fait que nombre d’entre eux font aussi, désormais, partis des mal logés. C’est un phénomène nouveau... Le deuxième glissement, concerne les sans-abri. À cause des centres d’hébergement qui débordent et du contexte social, nous avons aujourd’hui un grand nombre de gens qui sont accueillis par des tiers ou occupant, sans droit ni titre, des logements vides.

Le squat s’est beaucoup développé, en particulier dans Marseille. La dernière nouveauté, enfin, c’est qu’auparavant, on parlait de SDF qui n’avaient pas de boulot. Maintenant, on parle de plus en plus de travailleurs pauvres. Parmi les gens qui sont à la rue ou en centre d’hébergement, 30 % sont salariés... Globalement, les conséquences de l’insalubrité sont extrêmement graves. De nombreux cas de saturnisme. Des enfants malades... Je rappelle par ailleurs qu’à Marseille des gens sont décédés parce que leur logement s’est écroulé, ou bien leur escalier, à la rue d’Aubagne par exemple...

Le pouvoir municipal en fait-il assez ? On ne peut plus dire qu’ils ne veulent pas s’en occuper, pour preuve, encore ce jeudi, il a eu une discussion à la Métropole sur le sujet des copropriétés dégradées. Mais il aura fallu pour cela la publication du rapport Nicol. Un vrai brûlot où on montrait l’absence d’une politique, pour ne pas dire pire, la volonté d’ignorer cette question du mal logement et de l’insalubrité. Et c’est ce qui a obligé l’État à mettre la pression sur la municipalité...

Plus généralement, le problème, c’est qu’on est dans une cité à deux vitesses, qui met en concurrence deux logiques. La première, consiste à tout miser sur un développement économique, vers la Joliette, qui attirerait les actifs et les gens qui ont de l’argent. Mais à côté de ça, vous avez une deuxième partie du territoire à traiter d’urgence.

Personnellement, je ne suis pas sûr qu’avec une vraie politique sociale, qui consiste à répondre aux populations qui en ont besoin, à construire davantage pour elles, Marseille ait à y perdre. Bien au contraire : bien traiter ses pauvres, c’est souvent un signe de bonne santé."


"La Ville ne pouvait pas tout faire seule"

Arlette Fructus, adjoint (UDI) à l’habitat. "Sur le problème du logement indigne, on est essentiellement sur du privé. Il faut savoir que la partie de ce parc évaluée comme indécente à Marseille est de l’ordre de 11 %. Pour l’essentiel, ce sont des logements locatifs. Qu’est-ce qu’on fait, me direz-vous ? Des actions d’envergure, en impulsant des plans de redressement sur ce parc, à l’instar de ce qui a été réalisé à Bellevue. Plus largement, en partenariat avec L’État, nous avons signé plusieurs protocoles d’accord d’éradication de l’habitat indigne. Le premier en 2003, puis en 2008... Tout ça pour vous dire que la ville lutte depuis très longtemps contre ce problème.

Avec par exemple des expropriations, des démolitions, du renouvellement urbain dans le cadre de l’ANRU. Bien sûr, ce n’est pas suffisant. Tant le phénomène est considérable... En plus, l’intervention publique est très complexe dans le domaine car il faut à la fois intervenir sur le plan social, celui de la santé, de la sécurité, de la justice, patrimonial, foncier... Entre 2008 et 2014, 500 immeubles avaient été repérés comme les plus dégradés. Et dans le lot, près de 400 ont fait l’objet d’une action effective.

Sur le plan social, ça a été une réussite : 500 ménages ont été accompagnés et la moitié relogée... Alors oui, effectivement, le rapport Nicol, qui n’a fait que diagnostiquer ce que nous avions précédemment signalé au ministère, s’est révélé au vitriol. Mais pour tout le monde : l’État, la ville, les autres collectivités engagées... chacun en a pris pour son compte... Depuis, nous avons concentré nos énergies, ensemble, sur 11 copropriétés en situation d’urgence, qui vont bénéficier d’une intervention prioritaire : à Plombière, au parc Corot, Kallisté... Car on ne peut pas tout faire. Il a fallu rationaliser.

Au total, sur l’ensemble des zones concernées, au nord et au centre de la ville, nous allons intervenir sur près de 28 000 logements privés. Dans quels délais ? La décennie à venir... En tout cas, pour finir, j’aimerais dire que la prise de conscience a été manifeste. L’État a compris que la Ville seule ne pouvait pas tout résoudre. Et qu’on a besoin de mobiliser tout le monde sur cette question... Comme une task force, avec aussi la Caf et la justice impliquées, pour combattre les marchands de sommeil."

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