Le Monde.fr - 16/04/2017

Logement : le moral des ménages s’améliore

L’encadrement des loyers et les taux bas redonnent un peu de pouvoir d’achat aux Français après des années de hausse des prix.

LE MONDE ECONOMIE

15.04.2017 à 10h43

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Chrystelle, 52 ans, secrétaire, et Antoine, 56 ans, consultant, sont locataires dans la région d’Annecy : « Avec notre parcours professionnel heurté, nous n’avons pas réussi à acheter un logement et l’approche de la retraite nous angoisse », avouent-ils. « Nous ne sommes pas à plaindre mais, comparé à mes parents, mon niveau de vie est divisé par deux, observe Antoine. Au même âge, mon père, ingénieur chez EDF, et ma mère, qui n’a jamais travaillé, disposaient d’un bel appartement à Paris, d’une résidence secondaire et jouissaient d’un train de vie très confortable. »

En cinquante ans, tout a changé : la génération précédente bénéficiait d’emplois stables, d’un pouvoir d’achat en constante progression, de prix immobiliers abordables et pouvait compter sur des héritages avant la retraite ; aujourd’hui, Chrystelle et Antoine ont des emplois précaires, les prix de l’immobilier sont exorbitants, et l’allongement de l’espérance de vie, seule bonne nouvelle, diffère cependant le coup de pouce d’un héritage. «  Comment pourrons-nous nous loger, dans une région particulièrement chère, avec des ressources en baisse et pas de banque pour nous prêter, à notre âge ? », s’inquiète le couple.

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La difficulté à devenir propriétaire alimente, dans la partie des classes moyennes ni assez pauvres pour bénéficier des aides au logement, ni assez riches pour profiter des avantages fiscaux, un sentiment de déclassement. Selon un sondage (réalisé pour le Crédit foncier par le cabinet Elabe, sur un échantillon de 2 000 personnes, entre le 12 et le 17 janvier 2017), 71 % des répondants considèrent « difficile » ou « très difficile » de se constituer un patrimoine immobilier ; 65 % jugent que c’était plus simple pour leurs parents au même âge, tandis que 61 % craignent que ce soit plus compliqué pour leurs enfants.

Une charge qui devient insupportable

Les chiffres leur donnent raison : entre 2004 et 2016, les prix des logements progressaient, en moyenne, sur la France, de 36 % dans l’ancien et de 42 % dans le neuf. Les loyers, eux, bondissaient de 35 % sur la France entière (46 % à Paris et 35 % en banlieue), alors que le revenu disponible par personne n’augmentait, lui, que de 22 %. Et ce ne sont là que des moyennes.

Le taux d’effort en logement, c’est-à-dire la part de revenu qui y est consacrée et qui englobe, en outre, toutes les charges et la taxe d’habitation, est passée, en moyenne, quels que soient le statut d’occupation et le revenu, de 16,1 %, en 2001, à 18,3 %, en 2013 (selon l’enquête logement de l’Insee) : « Cette hausse de 2,2 points peut paraître faible mais correspond à une dépense supplémentaire de 190 euros par mois, ou 2 250 euros par an, soit deux smic », explique Alexandre Mirlicourtois, économiste chez Xerfi, dans une chronique du 27 mars.

Pour les plus modestes (premier quartile), ce taux d’effort est passé, dans la même période, de 24,9 % à 31,3 %, et même de 32,8 % à 40,7 % pour les seuls locataires de secteur libre. Le logement absorbe, en 2013, 48 % des ressources des accédants à la propriété les plus modestes, contre 34,6 %, en 2001. A de tels niveaux, la charge devient insupportable et obère tous les autres postes de dépenses, transport, éducation, loisirs. La proposition d’Emmanuel Macron, candidat d’En marche ! à la présidence de la République, d’exonérer de taxe d’habitation les ménages percevant moins de 5 000 euros par mois, soit 80 % des contribuables, peut, dans ce contexte, donner un peu d’air à leur pouvoir d’achat.

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Prix stables

« Face au logement cher, les Français s’adaptent et l’on voit se développer des formules comme la colocation, la cohabitation entre générations, la location d’une chambre de son appartement… », observe Radmila Datsenko, du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc). « Pour les jeunes, un emploi ne suffit pas pour trouver un logement, juge Sylvie Reysset, présidente de l’Union nationale des comités locaux pour le logement autonome des jeunes (UNCLLAJ). Le niveau des salaires et la stabilité toute relative de leur statut ne convaincront ni un propriétaire privé ni un bailleur social. Pas étonnant, ajoute-t-elle, qu’un jeune sur deux qui a un emploi vive encore chez ses parents. »

Petite lueur d’espoir dans cet océan de morosité : la dernière enquête du Crédoc (menée en janvier 2017, auprès d’un échantillon de 2 000 personnes) sur la conjoncture sociétale fait ressortir une toute récente amélioration du moral des ménages vis-à-vis du logement : 49 % des personnes interrogées estiment que leurs dépenses de logement sont « facilement supportables », soit 5 points de plus qu’en 2016.

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Ce regain d’optimisme est aussi perceptible chez les plus modestes, qui ne sont plus que 64 % à trouver ce poste « lourd » ou « très lourd », soit 6 points de moins que l’année précédente. « L’embellie est due aux conditions bancaires favorables et aux prix stables des logements qui augmentent le pouvoir d’achat immobilier des acquéreurs. Pour les locataires, les loyers, surtout là où ils sont désormais encadrés, ne flambent plus, voire baissent », conclut Mme Datsenko, du Crédoc. Avec ces données, les bons chiffres de la construction, un marché immobilier très dynamique, le quinquennat de François Hollande s’achève sur une tardive mais encourageante perspective.

Isabelle Rey-Lefebvre
Journaliste au Monde

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