la Marseillaise.fr - 25/04/2017

La ville du futur doit affronter la réalité des bidonvilles

Écrit par David Coquille

dimanche 23 avril 2017 17:52

Un concours sur l’habitat du futur récompense un projet d’Architectes sans frontières qui plaide pour la reconnaissance des bidonvilles afin de rompre le cycle des expulsions. « L’histoire nous enseigne que les bidonvilles ont moins été les problèmes de la ville que des solutions. » 

A l’origine de ce concours d’idées pas si utopique, Devenir, une association de soixante-dix architectes aixois et son atelier urbain Aix 2040 qui associe étudiants et professionnels pour hisser haut la créativité et l’imagination. En partenariat avec la fondation Vasarely, elle avait invité 32 architectes de moins de 40 ans à formuler des propositions sur l’habitat du futur sur la métropole Aix-Marseille.

« Nous partons du postulat que la ville du futur sera aussi une ville inégale et de pauvreté et qu’il faut reconnaître l’état de fait des bidonvilles pour y assurer les conditions minimum de survie aux familles le temps d’engager un processus d’insertion, faire qu’il ne se dégrade pas », explique l’architecte Léa Jeanjacques qui avec ses confrères Stéphane Herpin, Corentin Holvoet, Laetitia Hedon, Benjamin Abtouche et l’urbaniste Judith Cazas militent pour une reconnaissance des bidonvilles dans une ville accueillante et l’arrêt des expulsions.

« Nous voyons notre société aller vers de plus en plus d’ostracisme, d’inégalités, de non-fraternité et de non-liberté alors que nous avons, malgré tout, une devise républicaine qui dit le contraire. Si on tient pour fatal l’état de fait, on l’encourage », rappelle ce collectif qui œuvre à Marseille aux côtés de la Mission Bidonvilles de Médecins du Monde.

Partant du constat qu’en France 20 000 personnes vivent dans 429 bidonvilles, dont 1 000 sur une trentaine d’îlots de misère dénombrés sur la métropole Aix-Marseille, ces six lauréats, membres d’Architectes sans frontières, tous animés d’une conscience sociale forte, ont décliné une méthodologie d’action pour convaincre les autorités et l’opinion du bien fondé de leur credo, le « plaidoyer pour la stabilisation » une thèse défendue avec Médecins du Monde et Rencontres Tsiganes. L’idée phare est de « reconnaître les bidonvilles pour sortir des expulsions à répétition qui accroissent la précarité des habitants des bidonvilles et les éloignent de l’accès à leurs droits fondamentaux ».

« Stabiliser pour construire un parcours d’insertion »

« On ne prône pas l’idée qu’il faille soutenir et laisser en place les bidonvilles mais qu’il faut laisser du temps, deux ans, pour travailler réellement avec ces personnes sur un parcours d’insertion. C’est notre plaidoyer pour la stabilisation. Pourquoi deux ans car c’est le temps moyen d’accès à un logement social », analyse Léa Jeanjacques. Ils ont pris l’exemple d’un couple et de leur quatre enfants jetés durant 4 ans dans un parcours d’errance forcée, ballottés de bidonville en bidonville au gré des expulsions, avec des haltes en hôtel social, en squats. « Une fois de plus à la rue, une fois de plus humiliés, une fois de plus tout recommencer : trouver un endroit pour poser ses affaires, reconstruire un semblant de confort, recréer un chez-soi symbolique. (...) Comment aller à l’école quand on est à la rue ? Comment trouver un travail quand on n’a pas d’eau pour se laver ? Comment faire valoir ses droits quand on n’a pas d’adresse ? Comment améliorer son logement quand on sait que dans quelques mois tout sera détruit, une fois encore ? », interrogent-ils.

à leurs yeux, la ville de demain devra affronter la réalité, prononcer le mot tabou et reconnaître les bidonvilles car leur résorption ne passe pas par le déplacement forcé des personnes contraintes mais par leur inclusion dans la société française. « L’histoire nous enseigne que les bidonvilles ont moins été les "problèmes de la ville" que des solutions, ou début de solutions, au développement urbain. En terme de forme urbaine, les bidonvilles constituent un système urbain organique qui rappelle celui des centres historiques, vecteur de sociabilités », écrivent-ils. L’accroissement urbain dans les métropoles du Sud n’a-t-il pas été réalisé par les habitants eux-mêmes ? « Le village des Goudes où le parcellaire correspond à celui du bidonville des années 60 », soulignent-ils. L’après-guerre à Marseille est effet riche de ces enclos de misère. 2 500 familles soit 15 000 personnes vivaient encore à Marseille en 1969 dans des bidonvilles ou et des cités d’urgences très dégradées.

Certains lieux réunissent aujourd’hui toutes les conditions pour « se poser un moment », se stabiliser. Ainsi du bidonville du boulevard des Aciéries à la Capelette où 17 familles ont trouvé refuge depuis février 2017 dans un bâtiment abandonné. Tous les critères sont remplis pour s’y stabiliser : un propriétaire public, un édifice sans usage actuel ni prévu, pas de voisins et des conditions de sécurité acceptables. « Il suffit donc de poser les bases d’une occupation légale pour pouvoir activer l’eau et l’électricité et surtout, pouvoir voir devant et commencer avec chaque personne le travail de fond. » Architectes sans frontières étudie la faisabilité d’une stabilisation sur 5 sites pilotes avant d’engager le plaidoyer sur ces premiers bidonvilles et réaliser le diagnostic sur l’ensemble des sites. On applaudit.

David Coquille

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