Le Monde.fr - 16/05/2017

Logement : l’ambition centralisatrice d’Emmanuel Macron


Le nouveau président veut doper la construction. Quitte à bousculer les élus locaux.

LE MONDE |

15.05.2017 à 11h53

• Mis à jour le

15.05.2017 à 15h23

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Les propos du nouveau président de la République, tenus lorsqu’il était candidat, devant des cercles professionnels ou dans des revaues spécialisées, dessinent une politique du logement plutôt interventionniste et centralisatrice, quitte à bousculer les élus locaux.

L’une des mesures phares d’Emmanuel Macron est de créer, selon ses termes, « un choc d’offre » de logements neufs, c’est-à-dire construire beaucoup pour, espère-t-il, faire baisser le prix du logement et le rendre plus accessible. « Rien ne sert d’afficher un objectif de 500 000 logements construits par an, comme l’ont fait mes prédécesseurs, si on n’a pas les moyens de l’atteindre, plaidait le candidat, le 31 janvier, devant la Fondation Abbé Pierre. Il faut cibler les efforts sur les zones où il manque des logements. » Et d’en citer quelques-unes : le Grand Paris, la métropole lyonnaise, la région frontalière avec Genève et la Suisse et la région Aix-Marseille.

Choc de construction

Lorsque des maires renâclent à construire, comme c’est le cas dans de nombreuses communes d’Ile-de-France, M. Macron propose simplement de les court-circuiter, en créant des « opérations d’intérêt national ». Cette procédure, employée pour les grands chantiers comme la Défense (Hauts-de-Seine) ou Euroméditerranée, à Marseille, confie le pouvoir d’urbanisme et celui de délivrer les permis de construire à l’Etat et aux préfets, et en dépossède les élus locaux, parfois rétifs à de nouvelles constructions.

Beaucoup de maires invoquent volontiers l’absence de foncier pour justifier leur immobilisme, alors que, selon Thierry Lajoie, PDG de la société Grand Paris Aménagement, chargée de mener les chantiers autour des 68 gares qui jalonneront les 200 km de lignes de métro du Grand Paris Express, « des terrains pour bâtir, il y en a beaucoup en Ile-de-France, par exemple l’emprise des anciennes usines PSA, à Aulnay-sous-Bois, une mine de 63 hectares à elle seule, intégrée à un projet qui en couvrira 160 ».

Ce sont Thierry Lajoie et Roland Castro – l’architecte urbaniste qui avait, dès 1981, convaincu François Mitterrand de lancer le programme « Banlieue 89 » – qui ont d’ailleurs fait visiter à M. Macron des sites franciliens, comme, en octobre 2016, le quartier de la Coudray, à Poissy (Yvelines). « Mobiliser ces terrains est souvent lent et difficile et il faut adopter des procédures qui simplifient et accélèrent le démarrage des projets », suggère M. Lajoie.

Modèle lyonnais

Pour diviser par deux les délais d’instructions des opérations déclarées d’intérêt général, existe déjà la procédure intégrée pour le logement (PIL), créée par une ordonnance de 2013 et jusqu’ici peu utilisée. Ce dispositif dérogatoire permet de passer par-dessus tout autre document – et ils sont nombreux –, plan local d’urbanisme, schéma directeur, plan de déplacement, programme local de l’habitat… Des sites franciliens seraient déjà identifiés.

Un souhait de M. Macron est de confier la délivrance des permis de construire aux intercommunalités plutôt qu’aux communes, allant jusqu’au bout de la logique engagée par la loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové (ALUR) de 2014, qui avait bien instauré les plans locaux d’urbanisme intercommunaux (PLUI) mais échoué à retirer ce pouvoir aux maires. La volonté de créer un choc de construction pourrait se concrétiser, d’ici à l’automne, dans une loi mobilité et logement, comme annoncé, le 9 avril par le candidat, dans Le Journal du dimanche.

« Le choc de construction, on le réalise déjà en Ile-de-France, soutient Geoffroy Didier, conseiller régional (LR) en charge du logement. La région a même dépassé ses objectifs, avec 86 000 logements sortis de terre en 2016, bien au-delà des 70 000 inscrits dans le schéma directeur. » M. Didier préside l’établissement public foncier d’Ile-de-France, un autre outil légué par la gauche, aujourd’hui pleinement opérationnel et « qui va mettre sur la table 2 milliards d’euros, entre 2016 et 2020, pour acheter du foncier, afin que l’Ile-de-France devienne le laboratoire de la politique pragmatique que souhaite M. Macron ».

Mais le nouveau chef de l’Etat s’inspirerait plutôt du modèle lyonnais, qui a su, lui, simplifier le mille-feuille territorial en fusionnant la communauté urbaine du Grand Lyon et le département du Rhône en une vaste Métropole de Lyon présidée par Gérard Collomb, l’un de ses premiers soutiens. Ce n’est donc pas par hasard que le nom de Michel Le Faou, un de ses vice-présidents, en charge de l’urbanisme et du cadre de vie, circule comme futur ministre ou, plus probablement, secrétaire d’Etat au logement placé auprès d’un grand ministère qui pourrait y adjoindre l’écologie, l’énergie, voire le transport.

Le logement est un des enjeux cruciaux du Grand Paris, un sujet dont M. Macron fera « une grande priorité nationale », comme il l’a déclaré, en mars, à la revue Grand Paris Développement. Il souhaite reconfigurer la Métropole du Grand Paris (MGP) en l’étendant à l’ensemble de la zone dense urbaine, incluant les pôles majeurs comme les aéroports, Evry, Saclay, la Défense, et en faisant carrément disparaître les trois départements de petite couronne.

Ces propositions risquent de faire réagir, de Valérie Pécresse, présidente (LR) de région et opposante de toujours à la MGP – « une aberration, un contresens historique » – à Anne Hidalgo, maire (PS) de Paris qui voit d’un mauvais œil la concurrence d’une MGP trop puissante et craint l’ingérence du président de la République sur son territoire. Dès dimanche 14 mai, jour de son investiture, elle a, en le recevant à l’Hôtel de Ville, prévenu : « Vous l’avez compris, je suis une décentralisatrice. Je considère que la République ne s’affaiblit pas en donnant aux collectivités la liberté et les moyens d’agir. La République a besoin de ses élus locaux. »

 

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