Lectures retrospectives (1860) - 1er/04/2005

A propos de la rue de la République

par Lionel de Coninck

LECTURES RÉTROSPECTIVES ( années 1860)


A PROPOS DE LA RUE DE LA RÉPUBLIQUE

Je relisais l’autre jour, " Grammaire d’une Ville" ( Essai sur la genèse des structures urbaines à Marseille) de Marcel RONCAYOLO * dont je recommande la lecture à tous les édiles au pouvoir à Marseille . Il me semblait que l’histoire se répétait quant à la responsabilité des sociétés immobilières ...!

"N’y a-t’il pas alors une responsabilité particulière de ces sociétés immobilières, lit-on page 458 et suivantes à propos de la rue de la République (ex rue Impériale), dans leur phase aventureuse.? Qu’il s’agisse de Jules Mirès ou des Perreire, ils s’estiment contraints, pour obtenir des résultats financiers et convaincre la Bourse, de réaliser un chiffre d’affaire élevé, assorti d’évaluations optimistes de l’actif - en un mot, de construire des immeubles prestigieux pour lancer leurs opérations et faire classer les emplacements.
Les Perreire mettent en oeuvre un système très artificiel de cession de terrains ; ils n’hésitent pas à accorder des avances aux entrepreneurs, à multiplier les ventes et les locations à des intermédiaires aux fonctions fictives, simplement pour améliorer les résultats et faire apprécier au plus haut le prix des actifs...

...Les entrepreneurs qui ont travaillé sur ces opérations, le conseil municipal, les détenteurs des obligations émises par la Société des ports et la Société elle même après le départ de Mirès, l’ont compris, peut-être trop tard. Il fallait construire pour une clientèle disponible, fut-elle modeste. Résultat : c’est une ségrégation inverse qui se produit. Les habitants qui ne se déplacent pas, pour valoriser ces nouveaux quartiers, ce sont les riches ou les plus aisés, peu convaincus par la proximité des ports ou même de la cathédrale..... (page 459)"

L’excès, l’anticipation exagérée ou trop décalée sont souvent présents dans les attitudes des acteurs économiques et des sociétés capitalistes, en milieu urbain. A jouer l’" homogénéité" et l’étalement des bonnes valeurs foncières et, tout à la fois, la concurrence entre les espaces, à multiplier les terrains disponibles et le souci de les valoriser, on risque la surproduction , ou le décalage avec le marché...la crise est ainsi inscrite dans la politique des sociétés immobilières, les engagements publics et privés contractés, l’excès d’investissement, l’inflation des coûts, les cumuls de l’endettement, Marseille en est, à la fin des années 1860, un étonnant exemple et l’histoire immobilière et foncière est alors faite d’effondrements spectaculaires."
Et Marcel Roncayolo de conclure : " l’ensemble grands travaux d’intervention publique/spéculation foncière/sociétés capitalistes bute sur ses propres contradictions et sa dépendance finale à l’égard d’un marché qui ne résume pas à la solvabilité mais qui touche aussi aux attentes de la clientèle...." (p 461)

Lionel de Coninck

* Éditeur : Editions de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Editions de l’EHESS) (21 octobre 1996)
Collection : Civilisations et sociétés
Format : Broché - 507 pages
ISBN : 2713211956
Dimensions (en cm) : 16 x 24

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